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ENCYCLOPÉDIE DU CINÉMA FRANÇAIS

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Encyclopédie des longs métrages, vol. 7
Encyclopédie des longs métrages, vol. 6
Le Cinéma de Sacha Guitry et ses interprètes, vol. 2
Encyclopédie des longs métrages, vol. 5
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Le Cinéma de Sacha Guitry et ses interprètes, vol. 1
Encyclopédie des longs métrages, vol. 2
Encyclopédie des longs métrages, vol. 1
Encyclopédie des comédiens, vol. 1

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BDFF : Base de Données de Films Français

Le Blog de Monsieur Bier

Le site Marcel Carné

 
 

« On a vraiment l’impression qu'une fois qu’on vous a lu, c’est presque comme si on avait vu le film. Car on va trouver, de ces films français, non seulement le générique détaillé, tous les techniciens, tous les interprètes, y compris ceux qui ouvrent une porte [...], mais également un point de vue, qui est le vôtre ou celui de vos collaborateurs, sur ces films. Il y a un résumé, et il y a un point de vue : c’est quelque chose qui n’existait pas, quoi que vous en disiez, jusqu’à présent. » 

Olivier Barrot, Un livre, un jour…, 22 mars 2013.

Notre inventaire des films français dont le titre commence par la lettre C touche à sa fin, et le 10ème volume de l’Encyclopédie des Longs Métrages 1929-1979 paraîtra comme de juste – on est superstitieux, au sens le plus heureux du terme, ou on ne l’est pas – un vendredi 13. Rendez-vous donc dans moins d’une semaine pour ce nouvel opus, qui comportera, en plus d’un corpus alphabétique, allant du (pénible) Crabe-tambour (Pierre Schœndœrffer, 1977) au (picaresque) Cyrano et d’Artagnan (Abel Gance & Nelly Kaplan, 1962), une surprise de taille. Nous n’en dirons pas plus : dans le cas contraire, ce ne serait plus tout à fait une surprise.

Fiers et heureux, le plus légitimement du monde, et la modestie la plus élémentaire dût-elle en souffrir, d’avoir poursuivi notre inventaire plus « cavaliers solitaires » que jamais, pas mécontents au demeurant d’avoir réussi à cinq ou six ce qu’aucune cinémathèque ou structure à caractère institutionnel n’est à ce jour véritablement parvenue à entreprendre, nous nous réjouissons surtout d’être – enfin – passés d’un rythme de publication biannuel à une fréquence de parution désormais trimestrielle : tel est le cap que nous entendons garder tout au long de l’année 2014, qui nous permettra de traiter d’un nouveau corpus de film couvrant les – copieuses, elles aussi – lettres D et E. En attendant, fidèles à nos habitudes, nous publierons sur ce site de courtes et illustrées accroches relatives aux titres les plus importants du volume en instance de parution, et dont le bon de commande est d’ores et déjà accessible ici.

À l’heure de clore très provisoirement cet inventaire, destiné à reprendre au printemps, qu’il nous soit permis de remercier tout particulièrement de leur soutien jamais démenti Élodie Gilbert (Bibliothèque des Archives du Film du CNC), Grégory Alexandre (Unifrance) et Jean-Pierre Mattéi, ex-cheville ouvrière de la Cinémathèque de Porto-Vecchio, auxquels la poursuite de notre projet éditorial doit beaucoup, et même plus. Et nos lecteurs, en nombre croissant, dont la fidélité depuis le commencement de cette aventure nous aura dispensés – merci pour cela aussi – d’aller solliciter ça et là de quelconques subventions. Comme tous les véritables luxes, la liberté éditoriale n’a, on le sait depuis longtemps, pas de prix.

Pour L’@ide-Mémoire

Armel De Lorme.

Encyclopédie des Longs Métrages français 1929-1979 – Volume 10  (Du Crabe-tambour à Cyrano et d’Artagnan), par Armel De Lorme, Christophe Bier, Stéphane Boudin, Raymond Chirat, Alan Deprez & Jean-Pierre Pecqueriaux, L’@ide-Mémoire, 210 pages, 51 €, ISBN n° 979-10-92784-02-2. Sortie nationale le vendredi 13 décembre 2013.

La Croix du Sud

Où il sera encore question de La Croix du Sud (André Hugon, 1931), curiosité touchante des balbutiements du Parlant. Orphelin targui, l’héroïque Aftan (Charles de Rochefort, ex-« Ramsès » de la version muette des Dix Commandements) a fait carrière dans l’armée française d’Algérie. Conduit par les méandres d’une action riche en rebondissements divers et variés à porter secours à une jeune et jolie Européenne (Suzanne Christy, ravissante actrice mais comédienne passable) menacée de mort par le chef d’une tribu rebelle, il songe très sérieusement, entre deux combats au sabre, à épouser sa protégée, dont le vieux mari (Alexandre Mihalesco, impeccable et poignant, jamais caricatural) a eu la bonne idée de mourir de chagrin et d’épuisement dans l’intervalle, mais finit néanmoins par revenir à ses anciennes amours, personnifiées par Dâssine (Kaïssa-Robba, météore de l'écran), vibrante poétesse du Hoggar prête à l’attendre le temps qu’il faudra. Happy end de rigueur, photographie exquise et interprétation au cordeau : 82 ans plus tard, la magie continue d’opérer en plein.

Croisières sidérales

Où il sera également question des Croisières sidérales d’André Zwobada (1941), ex-assistant de Jean Renoir passé lui-même à la réalisation au début de l’Occupation. Les décors sentent un peu (beaucoup) le carton-pâte, mais le charme naïf de ce premier film opère encore 72 ans plus tard, grâce à la magie du « Simplifilm » – procédé cinématographique éphémère qui surprendra beaucoup mais ne fera pas long feu – et une affiche plus qu’attractive réunissant Madeleine Sologne et Robert Arnoux, Jean Dasté et Jean Marchat, Paul Ollivier et Paul Frankeur, Suzanne Dantès et Suzanne Dehelly, l’ineffable (toujours) Carette et le futur Bourvil, pour l’heure âgé de 23 ou 24 ans. Et maintenant, embarquez !!

Crime au Concert Mayol

Onzième place de notre classement à un polar fauché mais croquignolet comme tout. Crime au Concert Mayol (Pierre Méré, 1954) offre les honneurs de sa tête d'affiche à l’ex-première Dauphine de Miss France 1952 (et future belle-mère de Gérard de Villiers), Claude Godard. Faisant plutôt bien le show, elle y donne notamment la réplique à Robert Berri, Jean Daurand, Jean Tissier, René Havard, Paul Demange, Gina Manès et Betty Beckers, ce qui prouve que Pierre Méré, prototype du metteur en scène jetable, savait tout de même très bien s'entourer. De Jean-Pierre Kérien et de Daniel Clérice, en revanche, nous ne dirons rien : c’est pas beau de faire feu sur l’ambulance !

Les Crimes de l’amour...

Douzième place du podium au diptyque Les Crimes de l’amour... (1951-1952). Avec le premier volet, Le Rideau cramoisi, Alexandre Astruc invente sans en avoir l’air le concept de caméra-stylo, et confirme au passage la promesse du fait que le cinéma français devra désormais compter avec une nouvelle venue (ou presque), révélée par Jacques Prévert quelques années auparavant, en photo ci-contre. Le volet additionnel – Mina de Vanghel – n’aura, en revanche, pas laissé de trace durable dans les annales, et c’est un peu dommage : les éclairages subtils d’Eugène Schüftan comme les prestations, face caméra, de Marie Sabouret, Yvonne Yma, Alain Cuny et Jean Servais méritaient largement plus que l’indifférence polie avec laquelle la critique, en son temps, traita ce volet additionnel.

Le Curé de St Amour

Treizième place de notre classement au jubilatoire, parfaitement déjanté et délicieusement cornichonnesque Curé de St Amour (Émile Couzinet, 1952). Où la peu commode marquise Solange de Saint-Ange (Jeanne Fusier-Gir, en roue libre et c’est très bien ainsi) croit mourir de stupéfaction en découvrant que sa petite-fille de deux mois a quelque chose entre les jambes que les filles, petites ou grandes, n’ont d'ordinaire pas, tandis que sa vitupérante cuisinière (Maryse Martin) rêve à haute voix, accent morvandeau en berne, de devenir une petite femme de Paris. C’est cucul, c’est concon, et c’est plutôt bath à l’arivée. Ci-contre, aux côtés du vétéran Frédéric Duvallès et du sémillant Jacques Torrens, Yorick Royan, jeune première jetable aisément reconnaissable à ses faux airs de Magalie Madison 1950 et à ses sempiternels macarons, qui constituaient sa marche de fabrique capillaire, un peu comme la calvitie avec Pascal Obispo. Émile Couzinet : on a ri, on ira !!

Grilles de lecture

Le volume 10 de notre Encyclopédie des Longs Métrages 1929-1979 (Du Crabe-tambour à Cyrano et d’Artagnan), à paraître au plus tard le 12 décembre, est en cours de finalisation, et nous planchons déjà sur le suivant. Trois titres manquent encore à l’appel, dont nous n’avons pas encore pu nous procurer copie : la version Fédor Ozep de La Dame de pique (1937), programmée pour la dernière fois sur les écrans fin 1992, l’étonnant D’homme à hommes, hagiographie fraco-suisse d’Henri Dunant portant l’estampille de Christian-Jaque (1948), et enfin Delphine (1968), atypique premier long métrage d’Éric Le Hung diffusé il y a un an ou deux sur l’une des chaînes du bouquet Orange Cinéma. Notre encyclopédie étant une encyclopédie participative, toutes les bonnes volontés sont requises, et toute mise à disposition de copies DVD sera – forcément – récompensée en conséquence, avec notre reconnaissance sincère en prime.

Courrier Sud

J + 2

Belle surprise encore que la revision-revisite de l’émouvant Courrier Sud (Pierre Billon, 1936). D’un scénario un rien convenu portant la griffe de Saint-Exupéry, par ailleurs épaulé par Robert Bresson pour le découpage, Billon tire un mélodrame brillant lorgnant volontiers vers Ophuls et Grémillon, rehaussé de bout en bout, et cela ne gâte rien, par une affiche exceptionnelle.

La magnétique Jany Holt y trouve son meilleur rôle à l’écran ex æquo avec la Thérèse des Anges du péché (Robert Bresson, 1943) et Vanel y est d’autant plus impressionnant qu’il s'abstient de tout cabotinage, tandis que Marguerite Pierry se montre remarquable de bout en bout, passant quasiment sans transition, mais forte d’un métier éprouvé, de l’absolue cocasserie à la douleur rentrée. Tous et toutes dans leurs marques, les uns comme les autres judicieusement utilisés, Aimos, Baumer, Pauline Carton, Gabrielle Dorziat, Alexandre Rignault complètent admirablement la distribution et, par la simple conjugaison de leurs talents respectifs, rehaussent de plusieurs crans le niveau, déjà très élevé, de l’ensemble. Verdict : Médaille d’Argent.

ADL

Le Couple idéal ou

Voyage au pays des Loufoques

J – 2 (II)

Médaille de bronze à une absolue rareté, invisible depuis sa sortie (mais pas pour nous, merci les collectionneurs). Film parfaitement frappadingue et déjanté, Le Couple Idéal ou Voyage au pays des Loufoques (Bernard-Roland, 1943) reste l’une des rares vraies comédies « à l’américaine » jamais produites en France, enlevée de bout en bout et portée par un casting de très haut vol, comme l'affiche – aux tons un peu passés, hélas - en témoigne. Le tandem Raymond Rouleau/Hélène Perdrière fonctionne du tonnerre de Dieu, l’accumulation de comparses tous fort bien choisis rehausse encore le niveau de plusieurs crans, et, très accessoirement, c’est le dernier film tourné par Simone Signoret avant son accession au vedettariat. Voilà, tout est dit, ou presque : la suite dans la version papier.

ADL

Le Couple Témoin

J – 2 (I)

Médaille de chocolat – mais il n’est rien de déshonorant à cela : le chocolat peut être aussi un produit de luxe, et venant de nous, c’est un compliment – à l’indémodable Couple Témoin (William Klein, 1975). Où il est longuement question de téléréalité d’avant la téléréalité – c’est le propos même du film qui le veut -, mais aussi de la première vraie tête d’affiche au grand écran de l’ébouriffante Anémone, mais surtout d’une performance inoubliable de Zouc, magistrale ô combien. Et la confirmation du fait que si les années 2010-et-après lorgnent volontiers vers le passé, les Trente Glorieuses finissantes, elles, savaient encore regarder droit devant elles. Morale de l’histoire : pour Anémone, tapez 1, pour André Dussollier, tapez 2, et dans tous les cas de figure, ressortez le DVD de toute urgence !

ADL

Coup de tête

 J – 3 (II)

 

Histoire de faire mentir le double lieu commun selon lequel le monde du football ne donnerait lieu qu’à des films ratés et Jean-Jacques Annaud ne tournerait que d’épouvantables quoique très dispendieux nanars, Alan Deprez a remis pour nous le zoom sur le très enlevé Coup de tête (Jean-Jacques Annaud, 1978). Présence subjugante de Patrick Dewaere, qui n’aura jamais été aussi magnétique qu’ici (et peut-être même plus que dans Série noire), beauté à couper le souffle d’une Corinne Marchand ultra-classieuse sachant manier l’arrière-plan, le non-dit et les regards entendus comme personne, preuve par neuf, enfin, qu’un dosage parfait entre le cynisme et l’élégance donne souvent lieu, à l’arrivée, à un film au plus-que-parfait. Excellent cru.

ADL

Encyclopédie des Longs Métrages français 1929-1979 – Volume 9  (Des Copains à Cover Girls), par Armel De Lorme, Stéphane Boudin, Raymond Chirat, Alan Deprez & Jean-Pierre Pecqueriaux, L’@ide-Mémoire, 236 pages, 48 €. Sortie nationale le 21 septembre 2013.  

Corps à cœur

J - 3 (I)

 

Sixième place du podium à Corps à cœur (Paul Vecchiali, 1978), œuvre plus qu’essentielle, en dépit des longueurs, des lourdeurs (il y en a) et des maladresses d'usage. Mais il est des films entiers que l’on donnerait pour la seule scène de Louis Lyonnet avouant – non sans balourdise – ses sentiments à Nicolas Silberg, ou le plan final de la merveilleuse Denise Farchy incitant Silberg à rejoindre sans plus attendre le monde des vivants.

Subtile composition, pour ne pas changer, de la magnétique Myriam Mézières, et prestation de très haut vol d’Hélène Surgère, jouant en plein la carte de l’hédonisme décomplexé comme pour mieux masquer le drame sous-jacent. Belle, tragique, insurpassable, elle catapulte un à un tous les stéréotypes liés aux femmes de cinquante ans éprises de fringants trentenaires pour mieux dévoiler, sur la dernière ligne droite, des blessures qu’elle aurait assurément souhaité garder secrètes jusqu’au bout : mieux que du grand art.

ADL

Coplan ouvre le feu à Mexico

J - 4 (II)

Cela aurait pu être un film d’action raisonnablement honnête, passablement fauché et vaguement exotique, parmi tant d’autres, mais non… : nettement plus efficace et rythmé que les quatre opus précédents, Coplan ouvre le feu à Mexico constitue bel et bien à l’arrivée une authentique réussite, qui doit beaucoup au maniérisme bien connu – et fort probant – de son coréalisateur italien, et peut-être plus encore à l’effet miroir opposant la faussement méchante Sabine Sun, sculpturale et touchante, à la faussement gentille Silvia Solar, l’une et l’autre au sommet de leur beauté.

Pris en tenailles entre ces deux impératrices de la série B., Lang Jeffries sait faire oublier, sur la longueur, la pénible composition passée de Dominique Paturel dans le rôle-titre (Coplan prend des risques, Maurice Labro, 1963), et ne démérite, ce faisant, pas l’ombre d’un instant. Semblant pour leur part convoquer pêle-mêle Mario Bava « période Ubaldo Terzano » et le meilleur d’Edward Hopper, les cinq dernières minutes – du pur Freda – rehaussent encore le tout de plusieurs crans, comme la troisième et dernière demi-heure de Coplan sauve sa peau (1967) tirera, un an plus tard, Yves Boisset cinéaste vers des sommets formels qu’il peinera, notoirement, à réatteindre par la suite.

ADL

Encyclopédie des Longs Métrages français 1929-1979 – Volume 9  (Des Copains à Cover Girls), par Armel De Lorme, Stéphane Boudin, Raymond Chirat, Alan Deprez & Jean-Pierre Pecqueriaux, L’@ide-Mémoire, 236 pages, 48 €. Sortie nationale le 21 septembre 2013.

Les Couples du bois de Boulogne

 J - 4 (I)

L’intrigue-prétexte des Couples du bois de Boulogne (1973), qui promène ses protagonistes des roseraies en fleurs de Bagatelle en plages des Caraïbes annonçant David Hamilton – dépaysement garanti – en bien mieux, est avant tout prétexte à une succession de scènes soft à deux, trois, quatre ou plus pas nécessairement très excitantes mais élégamment filmées. Ce à grand renfort de piscines géantes et de peaux de bêtes 100 % synthétique accueillant les ébats, aquatiques ou non, de Barbara, Bernard, Dana, Maurice, Claudine et consorts. Bernard Legrand (en fait Christian Gion, signant ici sous pseudo son deuxième long métrage après le pré-soixante-huitard et quasi inédit Les Encerclés) s’en tire mieux qu’honorablement, qui parvient à assaisonner son propos (!) d’une dose d’humour salutaire, servi par un casting aussi hétéroclite que passionnant.

Trublion impressionnant, génial et facétieux, l'inoxydable Michel Delahaye, échappé de chez Godard, Rivette et… Rollin, y croise Philippe Gasté et Claudine Beccarie en attente de Jean-François Davy, l’éphémère Nanic Gordana, archétype du fantasme hétérosexuel de base de la Scandinave blonde et déshinibée, et surtout la divine Anne Libert, impeccablement photographiée, par ailleurs (et comme toujours) au top de la spontanité et de la candeur : qui mieux qu’elle pourrait avec autant d’ingénuité (vraie ou fausse) raconter sa vie tout en tricotant à vingt centimètres d’un couple de partouzards en pleine action ? La suite dans la version papier : c'est très joli, le tout-Internet, mais il faut bien que les intellectuels gagnent leur croûte de temps à autre...

ADL

Encyclopédie des Longs Métrages français 1929-1979 – Volume 9  (Des Copains à Cover Girls), par Armel De Lorme, Stéphane Boudin, Raymond Chirat, Alan Deprez & Jean-Pierre Pecqueriaux, L’@ide-Mémoire, 236 pages, 48 €. Sortie nationale le 21 septembre 2013.

La Guerre de Syrie aura-t-elle ou n’aura-t-elle pas lieu ? Le président normal, ou ce qu’il en reste, comblera-t-il les vœux secrets de la première dame en suivant l’exemple récemment fourni par un dictateur nord-coréen passé maître dans l’art d’expédier d’encombrantes ex d’une simple balle dans la tête ? La reprise sera-t-elle pour 2045, pour 2075 ou pour jamais ? Schnock – la revue autoproclamée des vieux de 7 à 77 ans – accordera-t-elle les honneurs de sa prochaine une à Brigitte Fossey et Victor Lanoux plutôt qu’à Marlène Jobert Bernard Menez, ou l’inverse ? Et surtout (le plus important) : le candidat Vincent peut-il encore raisonnablement envisager de remporter la finale de Secret Story 7 après avoir traité au vu et au su de la France entière la candidate Alexia, son disgracieux duvet et les restes fossilisés de son jumeau parasite comme les Anglais en personne n’osèrent pas, en leur temps, traiter Jeanne d’Arc ? Au milieu de cette déferlante de questions non tranchées et autres interrogations en tout genre dont certaines pourraient bien demeurer sans réponse un certain temps, l’équipe de L’@ide-Mémoire garde le cap, qui s’apprête à sortir, comme prévu, le neuvième opus de son Encyclopédie des Longs Métrages français & francophones 1929-1979.

L’inventaire entrepris par Armel De Lorme, Stéphane Boudin, Raymond Chirat, Alan Deprez et Jean-Pierre Pecqueriaux se poursuit, qui égrenne les titres un à un, des Copains (Yves Robert, 1964) à Cover Girls (José Benazeraf, 1963) et remet abondamment le zoom sur quelques incunables (Le Corbeau, Henri-Georges Clouzot, 1943 ; Le Couple Témoin, William Klein, 1975 ; Corps à cœur, Paul Vecchiali, 1978), mais ne néglige pour autant ni l’oublié Bernard-Roland (Le Couple idéal ou Voyage au pays des Loufoques, 1945) ni les promesses – non tenues – d’un Jean-Jacques Annaud « première période », du temps qu’il savait faire dans la simplicité et l’effacité (Coup de tête, 1978).

Dix ou douze œuvres, parmi les plus emblématiques que comporte ce nouvel opus feront l’objet de brèves notules ici même, entre ce soir et les jours qui suivront sa parution, laquelle – histoire de ne pas déroger à la règle – coïncidera exactement avec l’équinoxe d’automne. En vertu de quoi, avec la mise en ligne du traditionnel bon de commande, nous avons l’honneur de déclarer le compte à rebours officiellement lancé…

Équipe éditoriale reconduite à l'identique, le 8ème opus de son Encyclopédie des Longs Métrages 1929-1979 est sorti le 21 juin 2013. 

Le corpus de ce nouveau volume fait la part belle à 119 longs métrages - de Cocagne à Convoi de femmes -, vus, revus, épluchés, chroniqués et critiqués. Comme d'habitude, vous pouvez vous le procurer en nous renvoyant le bon de commande.

Rock and Roll Suicide

Bilan des courses un peu plus d’un mois après la sortie du premier livre de Kristov Leroy : un microbuzz qui aura fait long feu, quelques posts outrés sur la Toile remettant en cause des propos tenus non pas dans l’ouvrage concerné – le niveau de réflexion et le style des Internautes concernés confirmant qu’ils n’achètent jamais de livres, pas même le Bécherelle – mais lors d’interviews en ligne, et que l’on pourrait résumer à « on ne touche pas à Soan/Saison 7, il a vraiment chanté dans le métro, c’est méchant de prétendre le contraire, vilain, jaloux, aigri (bla-bla-bla) ». Autant dire que la visibilité de Dans la secte « Nouvelle Star », sorti fin mars, aura duré ce que dure l’intérêt des masses face à la soixantième tentative de come-back ratée de Mallaury Nataf ou au scoop d’une nouvelle hospitalisation de Loana/mise en garde à vue de Samy Naceri. (lire la suite)

Le Congrès des Belles-mères

Neuvième place du podium à l'inoxydable Congrès des Belles-mères  (Émile Couzinet, 1954), film que Jean-Pierre Bouyxou comme moi moi-même plaçons très haut dans notre panthéon personnel. Pour l'improbable numéro (mal) chanté-dansé de Gloria Vélasquez, sorte de sous-Jayne Mansfield du Bordelais (qui n'aura jamais l'honneur d'une bio romancée par Simon Liberati, et c'est dommage) et pour cette réplique à jamais gravée dans les annales : « Je vous l’ai dit cent fois : très peu m’ont crue, et maintenant, vous êtes cuites. »

Confidences érotiques d'un lit trop accueillant

Dixième place du top aux Confidences érotiques d'un lit trop accueillant (Michel Lemoine, 1973), polissonnerie chic et néanmoins jubilatoire, impeccablement défendue par une brochette de nymphettes et de starlettes joliment dénudées dont seul le réalisateur des Week-ends du comte Zaroff avait le secret : les sculpturales Olga Georges-Picot et Marie-Hélène Règne, les so exquises Anne Libert et Monique Vita, les délicieuses Chantal Arondel, Martine Azencot, Magda Mundari, Marie-George Pascal et Nathalie Zeiger, les éphémères Émilie Mathis et Nadèce Monceau, l'indéboulonnable Janine Reynaud, et même, sous pseudo, la future Bunny Godillot en personne.

Les Compagnons de la Marguerite

Onzième place du top 15 aux Compagnons de la Marguerite (Jean-Pierre Mocky, 1966), Mocky éminemment réussi conciliant poésie (merci Claude Rich), sens aigu de l'absurde et casting de haute tenue : Blanche, Chauffard, Dubillard, Remoleux, Paola Pitagora, Catherine Rich, Andrée Servilange... Cerise sur le gâteau : les beuglement de Marcel Pérès, flic décati dévalant une pente tout en raideur aux commandes d'une bicyclette sans freins et hurlant à la cantonade trois ou quatre jubilatoires : "Arrêtez-moi !!".

Le Comte de Monte-Cristo

Douzième et très méritée place de notre classement à la version Autant-Lara du Comte de Monte-Cristo (1961), portée par une interprétation de haut vol et des éclairages nocturnes chiadés rappelant le meilleur du cinéma fantastique italien des années 60. Louis Jourdan s'impose, à la suite de Pierre Richard-Willm, comte l'un des Edmond Dantès les plus crédibles et les plus touchants de toute l'histoire du Septième Art, et ne serait la présence conjointe à l'affiche de Bernard Dhéran et d'Yves Rénier, le générique foisonnant, rassemblant Yvonne Furneaux, Pierre Mondy, Jean-Claude Michel, Jean Martinelli, Marthe Marty, Marie Mergey, Claudine Coster, Henri Guisol, Henri Vilbert toucherait au plus-que-parfait. Une réussite, malgré (ou grâce à) la trahison du roman de Dumas Père et le parti-pris d'une fin ouverte débouchant sur un happy end probable.

Cœurs joyeux

À la 13ème place de notre classement, une rareté Pathé-Natan des débuts du Parlant. Porté haut la main par le couple (délicieux) Jean Gabin/Josseline Gaël, une partition entraînante et les éclairages, subtils et élégants, d’Eugen Schüftan, Cœurs joyeux (Hans Schwartz/Hanns Schwarz & Max de Vaucorbeil, 1931) respire la santé, conjugue avec brio pétulance et sensibilité, et constitue, plus de huit décennies après son tournage, une des plus belles surprise du volume à paraître de notre Encyclopédie des Longs Métrages 1929-1979. La suite du classement demain. 

Comtesse Haschisch

Encyclopédie des Longs Métrages 1929-1979 – Volume 8 : J - 12. À la 14ème place de notre classement, un film à la fois culte et mystérieux, exhumé par la Cinémathèque française au milieu des années 90, et dont on ne sait pas vraiment grand chose, si ce n'est que son titre est Comtesse Haschisch, qu'il aurait été produit en 1935 et que les extérieurs ont été tournés sur la Côte d'Azur, du côté du Cap d'Antibes. L'identité du réalisateur comme celles des interprètes (non professionnels ?) demeure encore une énigme à ce jour. Nanarland aime beaucoup ce film. Nous aussi. La suite, demain.

Le Congrès s'amuse

Encyclopédie des Longs Métrages 1929-1979 – Volume 8 : J - 13. À un peu moins de deux semaines de la parution de notre huitième opus sobrement intitulé De Cocagne à Convoi de femmes, il est plus que temps de dévoiler dans son intégralité le Top 15 de la rédaction.

15ème du classement, Le Congrès s'amuse (Erik Charell et Jean Boyer, 1931) est l'un des deux films ayant ouvert en fanfare,à l'orée du Parlant, la comédie musicale franco-allemande. Vienne chante et danse, l'exquise Lilian Harvey illumine l'écran, Henry Garat s'amuse comme un petit fou en œuvrant, devant la caméra, à un interminable canevas, Lil Dagover joue avec brio les beautés vénéneuses, et les comparses habituels, de Jean Périer à Jean Sinoël en passant par le sec Armand Bernard, le replet Robert Arnoux et la volumineuse Odette Talazac y exécutent leur partition à la perfection, entre maestria et fantaisie. La suite du top ce soir...

Des livres, toujours

Suite à une demande de plus en plus conséquente, les références (provisoirement) épuisées de L’@ide-Mémoire seront rééditées d’ici début mai. Les personnes le désirant pourront de nouveau se procurer les volumes 2, 3 et 4 de l’Encyclopédie des Longs Métrages français 1929-1979, ainsi que l’ouvrage « collector » (Encyclopédie des Comédiens français & francophones de Cinéma, Théâtre & Télévision – Volume 1) qui initia nos publications il y a exactement sept ans de cela et se vit, en son temps, gratifié d’une mention spéciale à l’unanimité du Prix du Syndicat de la Critique.

Piqûre de rappel : il y était longuement question de 260 artistes, passés et présents, en activité ou retirés, l’inventaire faisant la part belle à Anouk Aimée comme à Odette Talazac, à Jean-Claude Remoleux comme à Jean-Paul Rouve, à Gina Manès comme à Judith Magre, à Elvire Popesco comme à Claude Gensac, à Enrique de Rivero comme à Kiki de Montparnasse, à Mila Parely comme à Howard Vernon… Ce premier livre en a généré neuf autres, bientôt dix, il méritait bien, lui, aussi, sa réédition, et nous sommes heureux de le voir réexister, quelques années plus tard, dans sa version d’origine.

Armel De Lorme, Christophe Bier, Stéphane Boudin, Raymond Chirat, Alan Deprez, Thabory Fernatos, Italo Manzi, Jean-Pierre Pecqueriaux.

The Last Empress

Figure glamour et inclassable de l’industrie cinématographique nippone, Lady Miwa a célébré, l’an dernier, ses « cinq décennies plus une » de carrière : cela méritait bien l’hommage en couleur et en 3D rendu, courant  2010, à la dernière véritable grande dame de la scène et des écrans japonais par le cinéaste (français) Pascal-Alex Vincent, découvert à la faveur d’une récente diffusion sur une chaîne multithématique cinéma bien connue et enfin édité au format DVD.

Ce n’est un secret pour personne, la sulfureuse/vénéneuse héroïne du cultissime Lézard noir (Kinji Fukasaku, 1968 - voir l'extrait) est interprété par un homme, Akihiro Miwa, dont le 52 mn à lui (elle ?) consacré par Pascal-Alex Vincent il y aura bientôt trois ans retrace l’itinéraire de façon à la fois circonstanciée, érudite et respectueuse, sur fond d’allers-retours incessants entre l’adolescent androgyne reprenant avec succès – ou l’inverse – un tube planétaire de Gilbert Bécaud et la dame plus toute jeune en robe lamé or et chevelure du plus beau jaune, pour autant infiniment classieuse, digne de respect et jamais ridicule, l’actrice cinéma rompue à tous les impératifs du septième art venant jouer les guests stars chez Takeshi Kitano (Takeshis, 2005) et la comédienne de doublage finement chaussée et arborant le béret de travers comme les stars hollywoodiennes du temps jadis (Bette Davis, sortez de ce corps !), débarquant au studio pour doubler la louve de Princesse Mononoké, l’égérie de Yukio Mishima comme de Shuji Terayama et l’équivalent japonais d’Edwige Feuillère reprenant indistinctement sur les planches, entre deux tours de chant, le rôle de Marguerite Gautier ou celui de reine de L’Aigle à deux têtes. Au fond, le parcours éminemment atypique-éclectique de Miwa n’est pas sans rappeler, à bien des égards, celui de la Française Marie France : toutes deux ont fait leurs classes dans les salles de quartier et les cinémathèques, flirté jusqu’à outrance avec l’Underground, appris à (ré)concilier excellence et populaire, et su redonner un nouveau souffle aux répertoires chantés de Marie Dubas ou d’Édith Piaf. On peut concevoir pire en terme de références.

Assise au bar d’un hôtel chic, une dame en jaune, souriante, sereine, posée, déroule le fil(m) de ses mille et une vies face à un jeune réalisateur capable de faire la part des choses et de trouver la juste distance entre le respect et l’admiration, la discrétion et la fascination, l’humour délicat – son interlocutrice, elle non plus, n’en manque pas – et le refus de la complaisance, du voyeurisme ou, même, de la connivence facile. Ce documentaire est un pur joyau, l’artiste hors norme – en terme d’engagement politique et social aussi – qui l’a inspiré, pareillement, le DVD qui en découle un modèle du genre. Action. Moteur. Bienvenue chez l’impératrice Miwa.

Jess Franco

1930-2013

Quelques mois à peine après la disparition de José Benazeraf, c’est une des dernières voix européennes du « Bis » qui vient de s’éteindre : Jess Franco a rejoint sa muse Lina Romay, disparue l’an dernier, mais nous laisse des trésors par dizaine. Le joyeux Célestine….. bonne à tout faire (1974) a eu les honneurs du Volume 6 de notre Encyclopédie des Longs Métrages, Christina, princesse de l’érotisme (1971) vient de faire l’objet d’une critique circonstanciée dans le Tome 7, Les Croqueuses – titre de référence de La Comtesse perverse (1973) – aura, tout naturellement, les honneurs du 9, à paraître en septembre 2013. À suivre…

Ouvert en fanfare sur un porno réservé aux seuls initiés (Check-up à la suédoise) pour mieux trouver sa conclusion sur une pécasserie-polissonnerie érotico-jubilatoire excessivement drôle et défendue au mieux par une exquise Denyse Roland (Club privé), ce septième tome de L'Encyclopédie des Longs Métrages français 1929-1979 reste, en attendant le prochain, celui de tous les coups de cœur. Notre plaisir a été vif de repiquer aux charmes un peu surannés mais bien réels pour autant de Ciboulette (Claude Autant-Lara, 1933) comme à ceux, forcément plus capiteux, de Clarisse (Burd Tranbaree/Claude Bernard-Aubert, 1979), et bien plus vif encore de repasser pour la vingtième fois en dix ou douze ans un cinq à sept léger et déchirant en compagnie de la blonde Cléo (Agnès Varda, 1961). Les surprises se sont suivies et ne se sont pas pour autant ressemblé : vus et revus avec plaisir, et parfois même délectation, Le Chemin du Paradis (Wilhelm Thiele et Max de Vaucorbeil, 1930) et Le Chemineau (Fernand Rivers, 1935), La Chienne (Jean Renoir, 1931) et La Chinoise (Jean-Luc Godard, 1967), Le ciel est à vous (Jean Grémillon, 1943) et Le Clair de terre (Guy Gilles, 1969) constituent et constitueront, du moins l’espérons-nous, autant de balises de choix sur cette carte de Tendre cinématographique que nous nous efforçons, Christophe Bier, Raymond Chirat, Alan Deprez, Jean-Pierre Pecqueriaux et moi de tracer, tome après tome, sous l’œil scrutateur mais bienveillant de Stéphane Boudin, une fois de plus l’indispensable et attentive cheville ouvrière de notre projet éditorial.

Or donc le printemps qui se profile sera beau, puisque son arrivée coïncidera jour pour jour avec celle de ce septième opus, dont vous trouverez la couverture ici, le bon de commande ici, l'index alphabétique et le lien Facebook, sésame de toutes nos galeries d'affiches et trombinoscopes divers, en cliquant au bon endroit. Reparlons-en dès le jeudi 21, gardons un œil – si possible le bon – sur les programmes télé de la fin de la semaine et gardons le cap, rédacteurs et lecteurs, sur la parution du Volume 8 (De Cocagne à La Coqueluche de ces dames), d'ores et déjà annoncée pour le 21 juin prochain.

Anne Caprile

Annonce de la disparition d’Anne Caprile (1920-2013), artiste protéiforme, attachante et douée que le septième art aura successivement connue actrice, productrice, scénariste et cinéaste. Passée tardivement à la mise en scène, ses réalisations – mal ou pas du tout distribuées – n’auront connu que le succès d’estime, mais on se rappellera qu’elle composa avec brio une des deux filles du couple Louis de Funès-Annie Roudier dans le dernier volet du film à sketch Escalier de service (Carlo Rim, 1954) comme une bourgeoise avisée, autoritaire et raisonnablement décalée tout au long de La Proie pour l’ombre, drame sentimental croqué à la caméra-stylo par un Alexandre Astruc en petite forme (1960). Une réédition des deux téléfilms qu’elle tourna, de l’autre côté des Alpes, sous la direction de Roberto Rossellini, ne serait peut-être pas du luxe…

Marie Mansart

C’est en une demi-seconde montre en main, lors de la dernière – et un peu ennuyeuse – édition de la Nuit des César, qu’a été rendue publique la disparition, passée totalement inaperçue l’an dernier, de l’exquise Marie Mansart (1925-2012). Jeune première « de routine » révélée par deux prestations irréprochables et sensibles dans La neige était sale (Luis Saslavsky, 1952) et Le Grand Pavois (Jack Pinoteau, 1953), revue presque en catimini dans deux fresques historiques de Sacha Guitry (Si Versailles m’était conté…, 1953 ; Napoléon, 1954) sur les affiches – foisonnantes – desquelles son patronyme s’étalait en toutes lettres, elle restera, de moitié avec Irène Tunc, l’un des deux atouts charmes de Deux Anglaises et le Continent (François Truffaut, 1971), où l’une et l’autre volaient haut la main la vedette féminine aux fatigantes et anticinégéniques s’il en fût Kika Markham et Stacey Tendeter. Le cinéma français mériterait des gifles pour avoir à ce point négligé cette élégante – à la scène comme à la ville – artiste passées les portes de Mado (Claude Sautet, 1976), où son rôle fut quasi intégralement coupé au montage. Regrets éternels, donc, et souvenirs entrecroisés d’un épisode des Brigades du Tigre (Le Village maudit, 1978), où Marie Mansart composait une inquiétante châtelaine, d’une captation télé de Vous ne l’emporterez pas avec vous (Pierre Sabbagh, id.) dans laquelle elle croquait, l'espace de deux ou trois scènes, une actrice délicieusement foldingue, et d’un après-midi de printemps passé en sa compagnie dans un salon de thé jouxtant le Musée Grévin, au milieu des années 2000.

2013

C’est décidé, tranché, validé : 2013 sera l’année de tous les succès, à commencer par celui du Volume 6 de L’Encyclopédie des Longs Métrages, écoulé à ce jour mieux et surtout plus vite que des petits pains : moins de trois semaines à peine après parution, le stock ne compte plus qu’une vingtaine d’exemplaires, pour notre plus grand bonheur, à Stéphane Boudin, à Raymond Chirat, à Alan Deprez, et à moi-même.

Le tome 7, quant à lui, avance lentement mais sûrement : plus qu’une vingtaine de films à voir ou à revoir, parfois à reculons, mais en tablant plus que jamais sur les heureuses surprises, comme la découverte des premières vingt minutes – après, c’est nettement moins bien – de Clara et les méchants (Raoul André, 1957) ou la redécouverte de l’exquis et bluffant Ciboulette (Claude Autant-Lara, 1933). Les films coups de cœur s’empilent dans nos play lists, qui feront la part belle au Chemin du Paradis (Wilhelm Thiele & Max de Vaucorbeil, 1930) et au Ciel est à vous (Jean Grémillon, 1943), ne négligeront pas plus la Chienne (Jean Renoir, 1931) que la Chinoise (Jean-Luc Godard, 1967) et sauront mettre à l’honneur les Cinq Gentlemen maudits (Julien Duvivier, 1931) comme les Cinq Sous de Lavarède (Maurice Cammage, 1938), avec, parfois, les Circonstances atténuantes (Jean Boyer, 1939), qui s’imposent, pour peu que l’on s’aventure sur les Chemins sans lois (Guillaume Radot, 1946). Dans tous les cas, il sera temps d’en parler d’ici la dernière semaine de mars, qui coïncidera, sauf accident, avec la sortie de ce septième et nouvel opus.

C’est dire si l’année nouvelle devrait être pour nous celle de tous les défis, tant notre désir est vif de publier désormais quatre ouvrages par an, au lieu de deux – comme cela a été le cas de 2009 à 2011 – ou de trois pour la seule année 2012. Défis de théâtre, aussi, mais c’est une autre histoire, quand bien même les choses auraient-elles l’air d’enfin se dessiner avec précision…

Belle et faste année à qui nous lira, et une pensée en douce pour les artistes qui, moins heureux que nous, ne verront jamais 2013 : Georges Bellec, Gilbert Beugniot, Paul Crauchet, Jacques Legré, Jean-Henri Roger, Jean Topart… L’aventure éditoriale de L’@ide-Mémoire, elle, continue quoi qu’il advienne, gageons qu’elle a encore de beaux jours devant elle, et continuons de croiser les doigts comme nous savons si bien le faire depuis quatre ans.

Amitiés.

Armel De Lorme

Le Plat du Jour

Afin de célébrer dignement la fin du monde annoncée par nos amis mayas voici quelques millénaires de cela, le court métrage sera à la fête dans toute la France, et sur tous les écrans. En vertu de quoi la Maison du Film Court organisera deux programmes à 18 heures et 20 heures au cinéma Le Desperado.

La séance de 18 heures permettra notamment, à qui y assistera, de voir ou de revoir le multiprogrammé, multiprimé et désormais culte Le Plat du jour (Georges Spicas, 1972). Hommage déclaré de son metteur en scène au cinéma selon Jacques Tati, mais plus proche, dans l’esprit et la réalisation, du meilleur de Pierre Étaix, Le Plat du jour constituera en outre l’occasion rêvée de (re)faire connaissance avec Max Dunand, comédien insolite, transfuge des premières années du Parlant en France et ex-pensionnaire quasi-attitré des films de Léon Mathot, ici promu sur le tard « grand premier rôle ». À en juger le parti éminemment ingénieux tiré par Georges Spicas de sa cocasse silhouette comme de son visage étonnant, l’une et l’autre mis au service d’un garçon de restaurant confronté au traditionnel – le film, lui, ne l’est pas, et c’est tant mieux – « coup de feu midi-14 heures », on ne pourra que regretter que ce troisième couteau à la fois solide, efficace et attachant n’ait pas été plus souvent utilisé en quelques trente ans d’activité ininterrompue à l’écran.

Le film : Le Plat du jour, Georges Spicas, 1972, 13 mn, avec Max Dunand (le serveur), Jacques Point, Jean Sercand, Paul Contry, Jean Sourdin, Madeleine Spicas, Philippe Borgella…

La date : vendredi 21 décembre 2012, à 18 heures.

Le lieu : Cinéma Le Desperado, 23, rue des Écoles, 75 005 Paris, M° Maubert Mutualité ou Cardinal Lemoine.

Chose promise, chose due : notre sixième opus consacré à l’intégralité de la production cinématographique française de longs métrages entre 1929 et 1979 débarquera dans les bacs, comme prévu, demain mercredi 12 décembre, et ce n’est pas peu dire, après la sortie du Guitry # 2 différée de quelques semaines, en octobre dernier, que mes contributeurs et moi sommes fiers, et heureux, d’avoir tenu fermement, cette fois, le délai que nous nous étions impartis.

Où il sera question de 159 longs métrages, résumés, chroniqués, commentés, parfois éreintés, ou a contrario portés au pinacle. Melville (Le Cercle rouge, 1970) comme Vecchiali (Change pas de main, 1975) ont bénéficié des faveurs d’Alan Deprez, et Maurice Cloche (Ces dames aux chapeaux verts, 1937) de celles du « taulier » Raymond Chirat, Don Luis Buñuel, ici décliné en trois titres (Cela s’appelle l’aurore, 1955 ; Le Charme discret de la bourgeoisie, 1972 ; Cet obscur objet du désir, 1977) a fait, comme de juste, le consensus, et notre plaisir a été vif, sachez-le, de pouvoir faire, une fois de plus, la part belle à Pierre Colombier (Ces messieurs de la Santé, 1933) et Jess Franco (Célestine…. Bonne à tout faire, 1974), à Anatole Litvak (La Chanson d’une nuit, 1932 ; Cette vieille canaille, 1933) et Stanley Donen (Charade), à Julien Duvivier (La Chambre ardente, 1961) et Alain Cavalier (La Chamade, 1968). Comme dans un rap mou de MC Solaar, et une fois n’étant pas coutume, Émile Couzinet (Ce coquin d’Anatole, 1951) rimera avec Claude Sautet (César et Rosalie, 1972), Jean Epstein (La Châtelaine du Liban, 1933) et Denise Tual (Ce siècle a cinquante ans, 1949), Adolfo Arrieta (Le Château de Pointilly, 1971) et Frank Cassenti (La Chanson de Roland, 1977) seront, eux aussi, du voyage, et si tribut (circonstancié mais nuancé) sera rendu aux mânes de César (Marcel Pagnol, 1936), ce sera pour mieux célébrer, in fine, l’attrait bien plus vif procuré par La Chaleur du sein (Jean Boyer, 1938) ou La Chaste Suzanne (André Berthomieu, 1937).

As usual, l’index alphabétique des 159 longs métrages présentés, de Ce cher Victor (Robin Davis, 1974) à La Chauve-souris (Carl Lamac & Pierre Billon, 1931) est ici, le bon de commande se trouve , les première et quatrième de couverture ne sont pas loin, et pour rejoindre la communauté virtuelle de l’auteur de ce qui a précédé, historien du cinéma heureux, éditeur comblé et, aux dernières nouvelles, dramaturge en pleine ascension, il suffira d’un click au bon endroit. Post scriptum : le volume 7 (De Check-up à la Suédoise à Club privé) est déjà sur le feu, il paraîtra au printemps 2013.

Bon livre !!

Armel De Lorme

Guitry

Depuis trente ans, le cinéma, ô combien passionnant, ô combien novateur, ô combien moderne, même, par-delà le côté Vieille France (voire), de Sacha Guitry, a été traité, bien ou mal, sous à peu près tous les angles. Restait à l'envisager – à le revisiter – sous celui, nettement plus inattendu, des acteurs. En deux volumes et 330 portraits, riches, fournis, circonstanciés, tracés d'une plume experte et avec une méticulosité exemplaire, Armel De Lorme et Raymond Chirat les ont replacés au cœur du dispositif cinématographique indémodable et génial que l'on sait : il était temps !

Quentin B. Shapiro, Kino.

Or donc merci, et pas qu’un peu, à l’équipe de la nouvelle revue alternative en ligne Kino de nous avoir fait, depuis New York (si !), les honneurs de son « numéro zéro » – preuve d’intelligence comme de goût – et d’avoir, ce faisant, anticipé de quelques jours, la sortie commerciale pour nous ouvrir ses colonnes. Les Cahiers, les Inrocks, Télérama savent désormais ce qu’il leur reste à faire…

Merci à Stéphane Boudin d’avoir, une fois de plus, accompagné ce livre à bon port, merci à Raymond Chirat de m’avoir offert cinq portraits inédits parmi les 174 que comporte le présent volume, merci à René Chateau de m’avoir, avec une infinie générosité, permis de réaliser le portfolio dont je rêvais, merci aux « guitryens », hélas disparus pour la plupart, d’avoir ravivé lors d’interviews souvent passionnantes, les feux de la mémoire autrefois chers à Edwige Feuillère, merci, au passage, à mon dernier éditeur en date de bien vouloir cesser de faire l’autruche et se rappeler, lorsqu’il en aura le temps, qu’avec ce qu’il me doit encore pour certaine anthologie érotico-cinématographique bien connue (ou pas), je devrais pouvoir financer plus que largement mes quatre ou cinq publications à venir au moins. Merci au regretté Philippe Arnaud d’avoir, il y a dix-neuf ans de cela, initié – le premier – une approche l’œuvre de cinéma guitryenne au prisme des acteurs, éternels sacrifiés de la critique universitaire (et pan). Merci tout particulièrement de leur présence inoubliable, dans ma vie comme à l’écran, à Mila Parely et Howard Vernon, anges tutélaires de ce projet, et dont l’amitié exquise me manque. Merci à Micheline Dax du délicieux et long entretien qu’elle m’a consacré l’an dernier. Merci à Jean-Marc Cozic, Arielle De Hugo, Alan Deprez, Christian Léciagueçahar, Myriam Mézières, Frédéric Pieretti, Rosine Young et quelques autres de leurs encouragements réitérés via Facebook, tout au long du bouclage. Merci enfin à Daniel Fresnais, Jeanne Hoffstetter et Yves Uro d’avoir été les trois premiers à avoir retourné leur bon de commande dûment rempli, et merci, bien évidemment, à toutes celles et à tous ceux qui, la chose semble désormais acquise, les imiteront dans les jours et les semaines à venir.

Le Volume 6 de L’Encyclopédie des Long Métrages (De Ce cher Victor à La Chauve-souris) paraîtra, comme prévu, le 12 décembre 2012, et gageons que nous aurons rapidement le loisir d’en reparler, par mail, par téléphone ou, même, de visu.

Amicalement,

Armel De Lorme, octobre 2012.

Some Fresh News

Reportée de deux semaines, la sortie de notre second opus consacré aux Interprètes de Sacha Guitry à l’écran l’aura été, somme toute, pour d’excellentes raisons : nous attendions pour en livrer la version définitive à l’imprimeur le feu vert de l’actuel ayant-droit d’un tiers de la production guitryenne. En vertu de quoi, fort de l’accord et du soutien de René Chateau, auquel cet ouvrage devra censément beaucoup, un cahier photos de 24 pages sur papier glacé a pu être réalisé, qui nous aura permis de renouer avec la politique éditoriale du premier tome de L’Encyclopédie des Comédiens et accompagner les notules critiques d’une cinquantaine de visuels, ici entièrement effectués sur copie.

Ce choix de dernière minute aura eu une incidence sur le coût de fabrication de ce nouvel hommage aux « guitryens », qu’il nous a fallu – partiellement, du moins – répercuter sur le prix de vente. C’est donc à un bon de commande légèrement remanié que vous pourrez accéder en cliquant ici. Pour ce qui est du « corpus » des 174 comédiens portraiturés dans ce second volume, dont la première moitié a été diffusée voici quelques semaines, il inclura également les artistes suivants : Maurice Maillot, Sophie Mallet, Pierre Massimi, Milly Mathis, Maximilienne, Maria Meriko, Albert Michel, Sandra Milowanoff, Pierre Mingand, Max Montavon, Marguerite de Morlaye, Philippe Nicaud, José Noguero, André Numès Fils, Laure Paillette, Jean-Claude Pascal, Patachou, Marcel Pérès, Jean Périer, Édith Piaf, Jean Piat, Roger Pigaut, Ludmilla Pitoëff, Thérèse Quentin, Simone Renant, Fernand René, Germaine Reuver, Émile Riandreys, Jean Rigaux, Rivers Cadet, Renée Saint-Cyr, Marthe Sarbel, Robert Seller, Barbara Shaw, Marcel Simon, Madeleine Suffel, Georges Tourreil, Pierre-Jean Vaillard, Marcel Vallée, Jacques Varennes, Elmire Vautier, Jeanne Véniat, Henri Vidal, Paul Villé, Charles Vissières, Didier d’Yd, Yvonne Yma…

Afin de vous permettre de patienter, d’autres portraits de comédiens déclinés dans leur version cursive seront régulièrement mis en ligne jusqu’au mardi 30 octobre, date de la sortie officielle. Et même, probablement, un peu après…

Avec notre plus vive sympathie,

Les auteurs : Armel De Lorme, Raymond Chirat & Stéphane Boudin

La Fin du Monde…

… comme un avant-goût de ce qui nous attend tous (ou pas) le 21 décembre de la présente année, le Ciné-Club de France 2 diffusera ce soir, aux alentours de Minuit Trente, le premier, très lyrique et très barré long métrage parlant d’Abel Gance.

Redondant souvent, sincère toujours, constituant dans tous les cas de figure une véritable passerelle entre la France d’après le krach boursier de 1929 et celle – bien moins folle quant à l’état d’esprit – des années 2010, ce premier essai sonore du réalisateur de J’accuse et de Napoléon peut se prévaloir d’une affiche réunissant une douzaine d’artistes sombrés corps et biens dans l’oubli. Côté dames : la troublante Colette Darfeuil, l’hallucinante Sylvie Grenade, la vétérante Jeanne Brindeau, les débutantes Vanda Vangen – future Wanda Gréville – et Monique Rolland. Versant messieurs : Victor Francen, Abel Gance en personne, Philippe Hersent, Jean d’Yd, Georges Colin, Major Heitner et, cerise sur le gâteau, le poète, écrivain et chanteur russe Alexandre Vertinski (1889-1957), dans ce qui reste probablement son unique incursion au grand écran.

La Fin du monde, Abel Gance, 1929-1930, cette nuit sur France 2, vers 00 H 30. Et en photos ici et ici.

Un Monde Fou # 15

Jacques Butin

Abonné aux jeunes premiers comiques de routine, façon Christian Gérard, par le Parlant naissant (Atout cœur, Henry Roussell ; Arlette et ses papas, Henry Roussell, 1934), Jacques Butin (1910-1971) glissa insensiblement vers les troisièmes couteaux, à partir de l’aube des années 40. Guitry le vit directeur d’un théâtre britannique (La Malibran, 1943), Robert Darène l’engagea le temps d’un film (Le Chevalier de la Nuit, 1953) ou deux (Les Chiffonniers d’Emmaüs, 1954), et pour ses quasi-adieux au grand écran, il se faufilait encore, entre Tsilla Chelton, Claude Mansard et Jean-Marc Tennberg, parmi les cinquante ou soixante petits rôles traversant l’intrigue de La Colère (Sylvain Dhomme, 1961), revue et corrigée par Eugène Ionesco, l’espace d’un sketch des 7 Péchés capitaux burlesque et apocalyptique à souhait.

Un Monde Fou # 14

 Albert Broquin

Gargouille gouailleuse et volontiers débonnaire, Albert Broquin (1881-1949) aura cumulé près de quatre décennies de bons et loyaux services auprès du Dieu Cinéma, guitryen occasionnel mais pilier longtemps incontournable de la « famille René Clair » : croisé, à l’aube du Parlant, dans À nous la liberté (1931) et Quatorze Juillet (1932), il s’affairait encore, aux côtés de Jean Daurand, d’Albert Michel, de Frédéric Mariotti et de l’indispensable Édouard Francomme, comparse discret et efficace, parmi les machinos hantant les couloirs des studios du Silence est d’or (1946). Apprécié de G.W. Pabst (L’Opéra de Quat’Sous, 1930), comme d’André Berthomieu (Dédé La Musique, 1939 ; Le Cœur sur la main, 1948), Broquin aura personnifié mieux et plus souvent qu’un autre, ce jusqu’à un âge raisonnablement avancé, le « titi » prolongé n’ayant, malgré le temps qui passe, rien perdu de sa verve toute parisienne comme de sa bonhomie, qu’il était juste, pour cette seule et unique raison de faire figurer dans notre inventaire.

Un Monde Fou # 13

Geori Boué

Actrice d’un seul film, la cantatrice Geori Boué (1918-) aura illuminé de sa présence, à la fois singulière et sensible, vibrante et pleine de retenue, l’heure et demie que dure La Malibran, chef-d’œuvre méconnu. Guitry, en souvenir de l’amitié désintéressée que son ex-interprète n’eut de cesse de lui témoigner à la Libération et même après, envisagea un temps de lui distribuer un rôle chanté dans une de ses fresques historiques, probablement Si Paris nous était conté… !, et les choses ne se firent pas. Nous le regrettons, comme nous regrettons le peu de cas que firent les autres cinéastes des années 40 et 50 de son talent, qui était grand, et de sa voix, qui était magnifique. La preuve en sons et images ici.

Les Amours de minuit

Difficile de parler d’un film jamais réédité depuis 1931, sauf quand on a la chance de s’appeler Paul Vecchiali et de l’avoir vu au moment de sa première sortie en salles, ou de se nommer Italo Manzi et d’avoir eu la possibilité de le visionner dans un ciné-club argentin. Autant dire que Les Amours de minuit (Augusto Genina et Marc Allégret, 1930), dernier film du cycle consacré depuis près de deux mois par Patrick Brion – merci à lui – au cinéma français des années 30 et 40, constitue une absolue rareté, en même temps que le prétexte idoine de revoir la captivante Danièle Parola (1905-1998) et l’à peine pubère Josseline Gaël (1917-1995), âgée de treize ans au moment du tournage, en paraissant trois de plus et se faisant violer au cours de l’intrigue, si l’on s’en rapporte au souvenir pérenne qu’Italo Manzi a conservé de cet incunable. (lire la suite)

Un Monde Fou # 12

 Georges Bever

 

Guitry, on le sait, aimait par-dessus tout les comédiens venus des planches, qu’ils se soient illustrés au sein de compagnies illustres – Théâtre Français ou Odéon – ou sur des scènes un peu moins prestigieuses. C’est au Boulevard qu’il a emprunté, pour ne plus jamais les lui rendre, Pauline Carton et Robert Seller, c’est au cabaret qu’il a dégoté Marguerite Pierry, c’est au Théâtre-Dejazet qu’il est allé chercher Georges Bever, grand « premier comique » attitré du boulevard du Temple où il a longtemps promené sa silhouette de coucou trop maigre à la pomme d’Adam saillante et fonctionnant quelque peu, comme Raymond Chirat s’est plu à le rappeler, à la manière d’un ascenseur. Titi parisien pur jus – fruit des amours d’un tourneur et d’une mécanicienne – très tôt formé à l’impitoyable école du music-hall, Georges Maurice Van Bever se sera illustré dans quelques-unes des réalisations les plus emblématiques de Sacha, au choix apothicaire manipulant le clystère et la poire à lavement (Remontons les Champs-Élysées, 1938), cabot aigri ruminant son fiel (Deburau, 1950), pharmacien de province rivé à son livre d’ordonnances (La Poison, 1951) ou visiteur de musée essuyant sa larmichette à la seule vue du fantôme de Clemenceau (Si Versailles m’était conté…, 1953).

La Chaleur du sein

Auteur de livrets volontiers surinspiré, Jean Boyer, cinéaste s’est volontiers laissé accommoder à toutes les sauces. Revisionné il y a quelques mois pour les besoins du sixième tome de L’Encyclopédie des Longs Métrages 1929-1970 (sortie fin décembre), La Chaleur du sein (1938) compte assurément parmi ses œuvres les plus drôles, les plus enlevées et, pour tout dire, les plus étincelantes de son réalisateur. La comédie de boulevard adaptée était déjà délicieuse en soi, Boyer l’amène encore plus loin, fort d’une écriture mi-fluide, mi-ciselée, et d’une distribution atteignant de véritables sommets, Arletty, Gabrielle Dorziat, Marguerite Moreno, Jane Lory, Jeanne Lion, Michel Simon et Pierre Larquey en tête. Bon, il y a aussi François Périer première période, pas encore devenu l’immense acteur que l’on sait, et le ni charismatique ni inspiré Jean Paqui, mais pas de quoi bouder son plaisir au regard de tout le reste, des tentatives désespérées de Michel Simon d’échapper au grappin que Moreno entend à tout prix lui mettre dessus à celles, nettement plus souriantes, de la so chic Arletty visant à transformer en espace fumeurs la moindre pièce dans laquelle elle pose le bout de son escarpin. À vos graveurs toute, c’est un ordre !!

Un Monde Fou # 11

Fernand Bellan

Compagnon de route de Jean-Claude Drouot/Thierry La Fronde, quatre saisons et 52 épisodes durant, le probe et efficace Fernand Bellan (1912-1992) avait, en son jeune temps, effectué ses classes chez Jouvet (Électre, 1937), Renoir (La Marseillaise, id.) et Duvivier (Un carnet de bal, id.), avant de cumuler quatre rôles, tous impeccablement tenus, dans les trois dernières réalisations de Sacha Guitry, cinéaste, qui l’aura imaginé tour à tour conseiller de Louis XI et accusateur public sous la Terreur (Si Paris nous était conté…, 1955), gérant de palace gourmé (Assassins et Voleurs, 1956), puis enfin, fonctionnaire de police zélé et – même – un peu obtus (Les trois font la paire,1957). Dans les quatre cas, il était impeccable.

Un Monde Fou #10

 Léon Bélières

Dans son bestiaire de celluloïd bien connu, Raymond Chirat hésite, au moment de le portraiturer, entre le faisan que l’on suspend par les pattes afin de le laisser lentement pourrir – il n’en sera que meilleur une fois accommodé – et la chauve-souris, animal semblant lui-même hésiter entre la terre et la voie des airs. Le cinéma des années 30 et après aura connu Léon Bélières (1880-1952) curé de village débonnaire proposant en toute innocence son bonbon à une petite fille croisée en chemin (L’Abbé Constantin, Jean-Paul Paulin, 1933), producteur mi-sympathique, mi-vicelard (Le Schpountz, Marcel Pagnol, 1937) et même coprotagoniste – face à un irrésistible Charles Lamy, mort quelques années plus tard au cours des bombardements de l’été 40 – de la saga en quatre volets consacrée par l’efficient André Hugon aux péripéties réjouissantes de « Moïse et Salomon ». Guitry, plus modestement, lui octroiera le directeur de théâtre de la version cinéma du Comédien (1947), qui le verra essuyer, imperturbable et souriant dans les deux cas, les doléances de l’auteur dramatique Maurice Teynac comme les caprices à répétition de la grande vedette Marguerite Pierry.

Un Monde Fou #9

Charles Bayard

L’ex-militaire de carrière Charles Bayard (1892-1985) remplaça au pied levé l'ex-comique de serials Marcel Lévesque dans le rôle du vieil aliéné d’Assassins et Voleurs (Sacha Guitry, 1956) disputant invariablement des parties d’échecs contre lui-même, en utilisant pour ce faire les moyens du bord, les verres et couverts comme les salières... Ce en attendant de se faufiler dans les distributions de Ni vu... ni connu... (L’Affaire Blaireau) (Yves Robert, 1957), du Doulos (Jean-Pierre Melville, 1962), de Fantômas (André Hunebelle, 1964), de Madame Claude (Just Jaeckin, 1976) et même du très hautement improbable – et très authentiquement fauché – Clodo et les vicieuses (Georges Clair, 1970).

Ramon Pipin Is Alive and Well and Living in Paris

Quatre ans après la reformation miraculeuse, le temps d’un concert unique au Théâtre du Rond-Point, de « Odeurs », rock band mythique s’il en fût de la seconde moitié des années 70, l’inoxydable Ramon Pipin, plus unplugged et superunplugged que jamais, fête ses quarante ans de carrière en réinvestissant pour deux soirs consécutifs la scène du Café de la Danse. Entouré pour l’occasion d’une formation flambant neuve, il revisitera en une trentaine de titres son propre répertoire « solo » comme ceux d’Au Bonheur des Dames et d’Odeurs, étrennera au passage sept ou huit chansons parfaitement inédites (créationnitude pas morte !), et pourra légitimement se prévaloir, le temps d’un morceau ou deux, de la présence intermittente à ses côtés des incontournables Eddick Ritchell, Sharon Glory et Shitty « Nouvelle Star » Télaouine. Exactement les mêmes (ou à peu près) en compagnie desquels il composait, voilà plus de trente-cinq ans, l’orchestre de baloche * accompagnant de ses accords rock and folk le strip-tease pathétique de Je t’aime moi non plus (Serge Gainsbourg, 1975), prélude à d’innombrables autres incursions au grand écran dans le sillage d’Antoine de Caunes ou d’Albert Dupontel. Sinon, comme le principal intéressé le rappelle lui-même très obligeamment, y’a toujours Charlotte Gainsbourg et Yannick Noah…

Ramon Pipin Band, « Encore ! », les lundi 24 et mardi 25 septembre 2012, à 20 heures, au Café de la Danse, 5 passage Louis-Philippe, 75 011 Paris, M° Bastille. Location Fnac / Carrefour au 08 92 68 36 22 (0,34 € / mn).

* Baloche : équivalent de « bal » en jargon argotique. Ce terme peut également servir à désigner certains fruits, du type « prune », « quetsche » ou « groseille à maquereaux », voire tenir lieu de synonyme du mot « testicule ».

Divine

Quand l’univers de Colette rencontre celui du réalisateur de Liebelei, cela donne un Ophuls quelque peu mineur au regard du Plaisir ou de Madame de..., mais pas moins passionnant pour autant, reflet lucide et touchant d’une de à quoi pouvait ressembler l’envers du music-hall du temps des folles années Trente. La distribution, elle, se passe de tout commentaire : Simone Berriau surprend dans un semi-contre emploi, le so sexy Georges Rigaud y effectue, haut la main sa meilleure prestation à l’écran, la toujours sublime Gina Manès remplace avec la grande sûreté de jeu qui la caractérise sa camarade Édith Méra, morte peu avant le tournage d’un furoncle à la lèvre mal soigné, l’ex-vedette du Muet Sylvette Fillacier croque, l’espace de trois scènes une tendre Gitanette, le futur académicien-français Philippe Hériat démontre en deux temps trois mouvements qu’il peut y avoir une vie après le Napoléon d’Abel Gance, et - respect du spectateur oblige - le moindre rôle secondaire échoie à une valeur sûre du cinéma de l’entre-deux-guerres. En moins d’une heure et quart vont ainsi défiler à l’écran Thérèse Dorny et Catherine Fonteney, Nane Germon et Yvette Lebon, Jeanne Fusier-Gir et Jeanne Véniat, Paul Azaïs et Marcel Vallée, André Gabriello et Roger Gaillard, Lucien Callamand et Pierre Juvenet, toutes et tous impeccables, souvent meilleurs qu’ailleurs, ce qui en dit long sur l’excellence de leur jeu. Superficiel et détaché en apparence, Ophuls semble, par moments, se contenter d’effleurer son sujet, mais il le fait avec grâce, humour, intelligence et sensibilité – c’est bien là l’essentiel -, comme conscient du fait que c’est parfois en en disant le moins (ou en faisant semblant de…) que l’on en dit, finalement, le plus. On appelle ça un paradoxe, et le paradoxe, ici, fonctionne en plein.

C’est ce soir, aux alentours de minuit, que démarre la projection sur les écrans de France 3. Pour les retardataires, pas de problème : le DVD vient de paraître aux Éditions René Chateau.

Un Monde Fou # 8

 Lucien Baroux

Il était plus que temps de joindre à cet inventaire le Toulousain Lucien Baroux (1888-1968), comédien exquis. Le cinéma français de l’après-guerre l'aura cantonné aux seconds rôles, mais il fut, tout au long des années 30, une tête d’affiche prisée, en même temps que le comédien mascotte d’Yves Mirande : Baccara, Derrière la façade, Paris-New York – tous ces titres réédités par René Chateau – conservent la trace, sur DVD, de sa bonhommie comme de sa faconde. Guitry, pour sa part, le sacra successivement compagnon de débauche – heureux homme – du bien-aimé Louis XV (Remontons les Champs-Élysées, 1938), roi de France hydropique revenant d’exil (Napoléon, 1954), puis directeur d’une singulière maison de repos où, entre deux promenades, l’inoxydable Pauline Carton violait Pierre-Jean Vaillard, légitimement horrifié (Assassins et Voleurs, 1956). Cela méritait bien un hommage, sans doute. Dans notre volume en cours de publication, c’est Raymond Chirat, et personne d’autre, qui le lui rendra de façon plus circonstanciée.

Un Monde Fou #7

 Laurence Badie

Contrairement aux idées toutes faites, l’impeccable Laurence Badie (1928-) n’aura pas interprété à l’écran, avec un courage rien moins que méritoire, que la glapissante Tante Marthe du Miel et les Abeilles, pénible souvenir. Le septième art l’aura connue tour à tour paysanne bornée (Jeux interdits), héritière cupide (La Vie d’un honnête homme), Bretonne bretonnante (L’Amour d’une femme), dealeuse mutique (Razzia sur la chnouf), manucure volubile (Muriel ou le Temps d'un retour), putain dessalée (Sept Fois femme), veuve pragmatique (Cannabis), bonniche fruste que l’on trousse entre deux portes (Les Volets clos), lesbienne assumée tenant la caisse d’un salon de massage (Va voir Maman... Papa travaille) et agricultrice joviale racontant par le menu ses exploits amoureux en compagnie de Michel Galabru (Tranches de vie). Qui d’autre qu’elle aurait pu aligner un tel palmarès ??

Un Monde Fou #6

 Germaine Aussey

Des salons de la prestigieuse maison Hermès, où elle débuta comme mannequin-cabine, aux fresques historiques de la maison Guitry, Germaine Aussey (1909-1979) aura incarné mieux qu’une autre, un peu plus d’une décennie durant, une certaine idée de l’élégance à la française. Capable d’endosser à la demande le frais minois et les boucles blondes de l’ingénue comme les arrières-plans de l’aventurière et la lippe dédaigneuse de la femme du monde richement entretenue, elle se sera prodiguée aussi bien chez René Clair (À nous la liberté, 1931) que chez Gréville (Princesse Tam-Tam, 1935), aura hérité de rôles conséquents chez Duvivier (Le Golem, id.) comme chez Siodmak (La Vie parisienne, id.) et saura composer, l’espace d’une courte scène en deux temps des Perles de la Couronne (Sacha Guitry et Christian-Jaque, 1937), une Gabrielle d’Estrées tour à tour superficielle et émue.

Champagne !

Cocktail cinématographique explosif et exquis, Battement de cœur (Henri Decoin, 1939) repasse cette nuit sur France 2, aux alentours de 01 H 30. À voir ou à revoir en boucle, pour les 22 printemps de Danielle Darrieux et le plaisir incommensurable de la réentendre fredonner sa « Charade », pour la somptuosité de l’affiche réunie autour d’elle (Claude Dauphin, André Luguet, Julien Carette, Charles Dechamps, Saturnin Fabre, Jean Tissier, Roland Armontel, Junie Astor, Marcelle Monthil, Jean Joffre, Jean Hébey, Sylvain Itkine, Robert Ozanne, Jean Sylvain, Jacqueline – future Sophie – Desmarets, Dora Doll, Geneviève Morel... et tous les autres), et pour ce déluge ininterrompu de bulles de Champagne servi à la température ad hoc, qui ont si bien pétillé dans le cinéma français d’avant la catastrophe... Si vous le ratez, c’est votre droit, mais ne venez pas prétendre après que vous n’étiez pas prévenus !!

Un Monde Fou #5

Jacques Ary

Flic ou voyou, cow-boy ou journaliste, Jacques Ary s’est imposé en une cinquantaine de titres comme un des troisièmes couteaux les plus incontournables du cinéma familial des années 50. Lorsqu’il ne se promenait pas sa bouille de « next door guy » devant la caméra, il réglait volontiers les numéros dansés de semi-comédies musicales (Branquignol, Robert Dhéry, 1949) ou de films de cabaret (Rafles sur la ville, Pierre Chenal, 1957), le tout entre deux petits tours aux côtés de Louis de Funès. Pour mémoire, c’est lui qui, sous le complet bon marché d’un inspecteur de police frontalier, assénait au trafiquant véreux que l’on sait du Corniaud (Gérard Oury, 1964) un « « Ta gueule, écrase et barre-toi ! » aussi péremptoire que réjouissant.

Un Monde Fou #4

 Marcelle Arnold

La fantaisie, bien réelle, de Marcelle Arnold, s’est longtemps déployée au grand écran, régulièrement mise au service de dames patronnesses austères, de vieilles filles revêches, de secrétaires de direction dévouées ou de petites et grandes bourgeoises plus ou moins rancies, qu’elle savait mieux qu’une autre croquer haut la main sans pour autant sombrer dans une caricature de mauvais aloi. La putain anversoise de Dédée d’Anvers nourrissant son perroquet, la spectatrice offusquée d’Occupe-toi d’Amélie… ! fulminant au spectacle des (bien sages) galipettes de Danielle Darrieux et de Jean Desailly, la villageoise indiscrète de La Poison faisant couple avec Louis de Funès, sont à l’actif de cette actrice discrète et efficace, revue plus tard chez Georges Lautner (Est-ce bien raisonnable ? …) comme chez Jacques Martin (Na… !). 

Un Monde Fou #3

Antoine Arnaudy

Son unique tête d’affiche (ou presque) au grand écran n’aura guère réussi à Antoine Arnaudy, Cigalon de bazar, ni drôle ni réjouissant. Trop occupé à se délecter de ses bons mots, Pagnol ne vit pas venir le désastre, et le résultat ne se révéla pas spécialement beau à regarder. Les seconds rôles et les troisièmes couteaux seyaient bien mieux à Arnaudy, qui sut se fondre dans la distribution d’Ils étaient neuf célibataires (Sacha Guitry, 1939) et composer bien plus tard un paysan endeuillé, buté mais touchant, tout au long de La Table-aux-Crevés (Henri Verneuil, 1951).

Un Monde Fou #2

Nicolas Amato

Marseillais « de Paris », l’ex-chanteur de charme à fine moustache Nicolas Amato (1893-1976) bifurqua, dès l’aube du Parlant et pour trois décennies entières, vers les troisièmes couteaux, croquant indistinctement patrons de bistrot (L’Étrange Monsieur Victor, Jean Grémillon, 1937) et brigadiers de gendarmerie (Maigret tend un piège, Jean Delannoy, 1957). Valeur sûre de la maison Jean Boyer (Mademoiselle s’amuse, 1947 ; Garou-Garou le Passe-muraille, 1950) comme de la tribu Berthomieu (Le Roi Pandore, 1949 ; Quatre Jours à Paris, 1955), il se sera au passage faufilé à deux reprises dans la galaxie Guitry, tour à tour gérant volubile d’un restaurant parisien bien fréquenté (Ils étaient neuf célibataires, 1939) et villageois assistant au procès d’Assises clôturant La Poison (1951). Abel Gance, en souvenir de son passé déjà lointain d’ancienne vedette du microsillon, l’invita à pousser la chansonnette lors de la séquence d’ouverture de Paradis perdu (1938), mais c’est au très pittoresque invité transalpin traversant imperturbablement, moustache plus affirmée que jamais, les méandres de La Règle du jeu (Jean Renoir 1939) qu’il doit, au final, de n’avoir pas sombré corps et biens dans l’oubli finissant toujours par rattraper tôt ou tard, on le sait depuis Rostand, les petits, les obscurs et les sans-grades.

Un Monde Fou #1

Raymonde Allain

Afin d’accompagner jusqu’à sa sortie, d’ici un mois, notre second volume consacré aux interprètes de Sacha Guitry à l’écran, sans pour autant courir le risque de voir certains spécialistes du copié-collé (Philippe Pelletier, si vous nous lisez, ça tombe bien, c’est pour vous !!) se réapproprier nos textes avant publication, ou même après, nous avons décidé de vous présenter cet ouvrage sous forme d’une trentaine de portraits cursifs, spécialement rédigés pour l’occasion et agrémentés d’autant de photos, réservant la primeur des textes d’origine, comme des filmographies revisitées les complétant, aux seuls lecteurs de la version papier.

Ordre alphabétique oblige, c’est l’ex-Miss France Raymonde Allain (1910-?), reine de beauté au regard un peu triste, qui ouvrira le bal, exceptionnellement dépouillée, sur le cliché visible ici, du diadème impérial et des robes à panier d’Eugénie de Montijo, qu’elle aura plus qu’une autre déclinée à l’infini, tant au cinéma (Les Perles de la Couronne, 1937 ; Remontons les Champs-Élysées, 1938 ; La Valse de Paris, 1949) que sur les planches (Violettes impériales), après avoir successivement donné la réplique à Jean Gabin et Madeleine Renaud dans Le Tunnel (Kurt Bernhardt, 1933) et prêté son frais minois à Henriette Perrichon telle que l’imaginèrent en leur temps Eugène Labiche et Édouard Martin (Le Voyage de Monsieur Perrichon, Jean Tarride, 1934).

Guitry le Retour

Vous en rêviez, Dieu – dans sa déclinaison presque parfaite Raymond Chirat-Armel De Lorme – l’a fait. Parution, sous cinq semaines, et en attendant la sortie du Volume Six de L’Encyclopédie des Longs Métrages français de fiction 1929-1979, du second opus consacré au Cinéma de Sacha Guitry et ses Interprètes. Sobrement intitulé Un monde fou, il fera la part belle à cent-soixante comédiens des deux sexes, connus, moins connus, parfois oubliés, et dont voici un (premier) aperçu succinct :

Marcelle Arnold, Germaine Aussey, Laurence Badie, Lucien Baroux, Charles Bayard, Georges Bever, Geori Boué, Albert Broquin, Julien Carette, Jean Cocteau, Annie Cordy, Darry Cowl, Robert Dalban, Damia, Micheline Dax, Charles Dechamps, Paul Demange, Rosine Deréan, Paul Dullac, Frédéric Duvallès, Jacques Eyser, Luce Fabiole, Robert Favart, Louis de Funès, Raymond Galle, Renée Gardès, René Génin, Claude Gensac, Denise Grey, Georges Grey, Yvette Guilbert, Jacques Jansen, Pierre Labry, Lisette Lanvin, Pierre Larquey, Roger Legris, Michel Lemoine, Marcel Lévesque, Armand Lurville…

Un peu patience, la seconde moitié de l’alphabet ne devrait pas tarder à arriver… Et pour la date de sortie officielle, c’est le mercredi 10 octobre.

Photo : Darry Cowl, Émile Genevois et Gilbert Bokanowski dans Les trois font la paire (Sacha Guitry et Clément Duhour, 1957), D.R. Éditions René Chateau/La Mémoire du Cinéma.

Mauvaise graine, grande actrice

1933. Jugé indésirable en Allemagne, racines israélites obligent, le scénariste d'origine polonaise Billy Wilder (27 ans, et, pour l'heure, zéro réalisation au compteur), vient s'installer en France, où il fréquente assidûment d'autres expatriés plus ou moins célèbres, au premier rang desquels Friedrich Hollender et Peter Lorre. La même année, il cosigne avec Alexandre Esway Mauvaise Graine, que Patrick Brion s'est montré très inspiré de reprogrammer, ce soir vers 00 H 20, au Cinéma de Minuit.

Égérie d'une bande de voleurs de voitures et entôleuse à temps complet, Jeannette/Danielle Darrieux (16 ans au moment du tournage) chipe sans état d'âme les coupés sport de ses nombreux flirts, mais se fait piquer son cœur, sans même s'en être rendu compte, par le fort séduisant Henri Forestier/Pierre Mingand, fils de famille en rupture de ban avec sa parentèle. Le dénouement, très (trop ?) politiquement correct, n'ôte rien au charme pérenne de l'ensemble, dû en très grande partie à la présence sidérante de DD, à la beauté incroyable loin du studio des extérieurs parisiens, au flirt permanent qu'entretiennent, 80 mn durant, comédie pure et drame sous-jacent, enfin, à la sympathie, déclarée et assumée, de Wilder pour "ses" personnages les plus décalés, qu'ils soient carrément ambigus (Raymond Galle, collectionneur complulsif de cravates et gay placardisé plus que probable) ou simplement insolites (Paul Velsa, escogriffe famélique et hyperlordosé qui faufilera son mètre quatre-vingt-quinze dans une trentaine de films, avant de disparaître, connement, dans un camp de concentration, victime, comme beaucoup d'autres en leur temps, de l'imbécillité des lois nazies et de l'incommensurable lâcheté vichyssoise). En prime, le minuscule Marcel Maupi y effectue, furtivement, une de ses premières escapades hors de la galaxie Pagnol. À voir ou à revoir, c'est selon.

Grilles de lecture

En vue du bouclage (imminent) du volume 6 (déjà) de L’Encyclopédie des Longs Métrages français de fiction 1929-1979, l’équipe de l’@ide-Mémoire se met à l’heure wikipédienne, reprend à son compte le principe du dictionnaire participatif et informe en conséquence lecteurs réguliers et visiteurs occasionnels de son besoin impérieux de revisionner sur copie deux titres manquants : Ce soir ou jamais (Michel Deville, 1960), diffusé sur Cinéclassics au début des années 2000, et Ces messieurs de la gâchette (Raoul André, 1969), diffusé à deux reprises sur la chaîne « Comédie ! » vers 1998/1999. Transfert sur DVD vivement souhaité et conditions à débattre, avec pour unique mot d’ordre la possibilité de rendre notre projet éditorial un peu plus exhaustif volume après volume.

Merci donc, à qui aura l’un ou l’autre de ces deux titres – ou les deux – en sa possession de nous le faire savoir par mail à l’adresse suivante : aide-memoire@club-internet.fr

Cagliostro

Diffusé ce soir sur France 3 dans le cadre du Cinéma de Minuit de Patrick Brion, le franco-allemand Cagliostro (Richard Oswald, 1928) revisite en Muet et en une heure montre en main la rocambolesque s'il en fût Affaire du Collier de la Reine, le tout servi par une affiche de très haut vol réunissant - entre autres - l'immense Charles Dullin, Edmond Van Daële (ex-Robespierre du Napoléon d'Abel Gance), Suzanne Bianchetti (rempilant pour la énième fois dans le rôle de Marie-Antoinette) et la future "comtesse de la gestapo" Illa Meery, ici parée du titre ronronnant et des atours froufroutants de la fameuse ô combien comtesse de La Motte, en attendant de devenir à la ville l'épouse d'Henry Garat et de se reconvertir non sans succès dans le Marché noir aux pires heures de l'Occupation. Le tout produit par la firme Albatros, dont on ne dira jamais assez la place et l’importance dans l’histoire du Cinéma muet en France, et qui, entre autres talents, avait celui de faire volontiers appel aux affichistes les plus monstrueusement doués du moment.

Gaby Morlay  vs. Audrey Tautou

Heureuse initiative de Patrick Brion que la programmation, dimanche prochain, du premier en date des trois longs métrages tournés sous l’Occupation par le futur réalisateur de Si Versailles m’était conté… et prétexte rêvé pour annoncer au passage, avec quelques mois d’avance, la sortie de notre deuxième opus – Un monde fou : De Louis de Funès à Louis Gauthier – consacré aux Interprètes de Sacha Guitry à l’écran. (lire la suite)

Et de sept ! !

Il n’y a pas que le Pôle Nord qui fond… : le stock du 5ème Volume de l’Encyclopédie des Longs Métrages 1929-1979 (Du C… de Marilyne aux Caves du « Majestic »), aussi, livré jeudi dernier et que les premiers souscripteurs et lecteurs ont, semble-t-il, mis un point d’honneur à s’arracher, pas tout à fait comme des petits pains, mais presque. Chaplin, toujours...

Histoire de varier un peu les plaisirs, ce ne seront pas, pour une fois, les fiches et résumés des premiers films qui seront mises en ligne sur notre site, mais trois notules critiques choisies parmi celles composant ledit Volume 5. Où Raymond Chirat apporte un regard nouveau sur Casque d’Or (Jacques Becker, 1951) soixante ans exactement après l’avoir découvert en salles et dont nous avons exhumé, pour l’occasion, l’affiche d’exploitation japonaise. Où notre benjamin Alan Deprez revient sur Les Carabiniers (JLG, 1962), chef-d’œuvre de cinémathèque et chef-d’œuvre tout court. Où l’auteur de ce qui précède, enfin, s’exprime sur le très oublié mais très enlevé Ça… c’est du sport (René Pujol, 1938) vu et même revu deux fois, avant bouclage, par la magie de la vidéo, qui a parfois du bon.

Pour connaître tout le bien, ou tout le mal, selon les cas, que l’équipe rédactionnelle, aura pensé de Café de Paris (Mirande-Lacombe, 1938) et du Camion blanc (Léo Joannon, 1942), de Candy (Christian Marquand, 1967) et de Cannabis (Pierre Koralnik, 1969), de Caroline chérie (Richard Pottier, 1950) et du Carrosse d’or (Jean Renoir, 1952), de Cartes sur table (Jess Franco, 1965) et de Cartouche (Philippe de Broca, 1961), de La Cavalcade des heures (Yvan Noé, 1943) et du Cavaleur (De Broca, 1978), il vous faudra, bien sûr, faire l’effort de vous procurer la version papier, mais ce sera pour la bonne cause, puisque grâce à vous, L’@ide-Mémoire – sept volumes déjà publiés, dont trois en cours de réédition, deux autres sur le feu, les Cassandre(s) de tout poil, et il y en eut quelques-unes, n’ont plus qu’à aller se rhabiller – ne cesse de progresser, livre après livre, dans sa volonté double d’offrir une seconde vie aux films et de rendre hommage à ceux qui les ont faits.

Merci donc, en mon nom propre, aux coauteurs, passés, futurs et présents. Merci en notre nom à tous aux lecteurs de la première heure, restés – comme ils ont raison, les bougres – fidèles à nos publications depuis 2006. Et bienvenue, naturellement, à tous ceux qui se montreront – qui en douterait ? – particulièrement avisés en prenant le train en marche. Parce que ce projet, on l’aura compris, s’inscrit et s’inscrira dans la durée. Et surtout parce que le Cinéma français mérite bien, tous les vingt ou trente ans, une revisite de fond en comble. C’est, encore une fois, ce que volume après volume, nous nous efforçons de faire. Heureuse et agréable lecture !!

PS: comme d'habitude, le bon de commande vous permettra de vous procurer l'ouvrage.  

La présidentielle 2012 a confirmé – qui en douterait ? – la grande utilité de changer les équipes qui perdent, surtout quand elles ont pendant des années, et c’est foutrement long, cinq ans de François Fillon, Frédéric Mitterrand et/ou Nadine Morano, fait perdre les autres en toute impunité.

A contrario, l’évolution depuis deux ans du projet éditorial de L’@ide-Mémoire nous a conforté dans le désir de reconduire absolument à l’identique l’équipe gagnante du précédent opus. On prend les mêmes, on recommence, et on se réjouit, au passage, de l’investissement croissant des uns et des autres, du vétéran Raymond Chirat – le même âge que Liliane Bettencourt mais des facultés intellectuelles bien plus bluffante – au désormais indispensable Alan Deprez. Plus accrocheur que jamais, Jean-Pierre Pecqueriaux poursuit quant à lui d’arrache-pied son exploration méthodique des « queues de générique » et autres crédits voxographiques, avec le zèle, l’opiniâtreté et la persévérance hors du commun qui le caractérisent, depuis qu’il a pris le vaisseau en marche, à la veille de la sortie du volume 2.

On parle de plus en plus de L’Encyclopédie des Longs Métrages, on en parlera assurément plus encore, à la faveur de ce premier tome consacré à la lettre « C » , qui devrait nous mener, lentement mais sûrement jusqu’à l’horizon du printemps 2014.  

C’est qu’avec ses neuf cents et quelques entrées la troisième lettre de l’alphabet – « C » comme Carné, Cavalier, Clair, Clouzot, Cocteau… C comme Carette, Carton, Casarès, Cassel, Clémenti, Coëdel, Constantine, Courcel… « C » comme Cinéma, tout simplement – est une lettre fort copieuse, Christophe Bier et moi avions pu le constater au moment de l’élaboration du Dictionnaire des Films français pornographiques & érotiques 16 et 35 mm, qui devrait représenter au bas mot le sixième de notre collection, de Ça… c’est du sport à Ça va ça vient, de Candy à Cannabis, de Cartacalha à Cartouche, de Casque d’Or à Cavalcade d’amour, de César « sans Rosalie » à César à Rosalie, des Cinq Gentlemen Maudits aux Cinq Sous de Lavarède, de La Course à l’échalote à La Cuisine au beurre.

L’inauguration de ce long chapitre décliné sur plusieurs tomes et courant, alphabétiquement parlant, du C… de Marilyne (Jean Luret, 1979) à Cyrano et d’Artagnan (Abel Gance, 1962), s’est accompagnée d’une remise en plat de la ligne éditoriale de L’@ide-Mémoire, toujours fidèle au sacro-saint principe des génériques exhaustifs vérifiés autant que faire se peut sur copie comme à celui des résumés « long drink », mais qu’il nous a paru important de faire évoluer à la faveur de ce nouveau chapitre. Entre les lignes : moins de publicité gratuite pour les éditeurs pas forcément toujours généreux, mais, dans le même temps, davantage de notules critiques, que nous souhaitons, plus que jamais, en rupture avec le mieux-disant culturel. Plutôt l’insolite et irréprochable Campement 13 (Jacques Constant, 1939), vrai film « coup de cœur » du volume à paraître, que le cuit, recuit et archicuit Carrosse d’or (Jean Renoir, 1952), plutôt le succulentissime Candy (Christian Marquand, 1967), le déroutant – et si beau – Cannabis (Pierre Koralnik, 1969) ou l’inclassable Ça va ça vient (Pierre Barouh, 1970) que le parfaitement insupportable Calmos (Bertrand Blier, 1975) ou la pénible et archidiffusée Carapate (Gérard Oury, 1978). Mais toujours, et plus que jamais, les – justement – indéboulonnables Casque d’Or (Jacques Becker, 1951), Cartouche (Philippe de Broca, 1961), Les Carabiniers (Jean-Luc Godard, 1962), La Cage aux folles (Édouard Molinaro, 1978), voulus comme autant de jalons immédiatement reconnaissables à cette promenade foutraque et méthodique où il sera aussi – et peut-être avant tout – question de cinéastes peu ou prou tombés dans l’oubli : René Pujol (Ça… c’est du sport, 1938), Yvan Noé (La Cavalcade des heures, 1943), Georges Péclet (Casabianca, 1950) et donc, encore une fois, Jacques Constant (Campement 13, 1939).

Le cinquième volume de L’Encyclopédie des Longs Métrages français & francophones 1929-1979 paraîtra le jeudi 14 juin 2012, toujours accessible via le site de L’@ide-Mémoire, sur priceminister, et le cas échéant, par l’intermédiaire de quelques libraires de bonne volonté (entre les lignes : étrangers au diktat du « 40 % de remise ou rien » et respectueux des éditeurs indépendants). Le bon de commande est déjà accessible en ligne ici, l’index alphabétique des films présentés se trouve , les PDF des huit premières fiches suivent incessamment sous peu, et les pré commandes sont d’ores et déjà ouvertes au tarif préférentiel de 48 euro TTC par exemplaire, hors frais de port *.

Avec nos compliments cinéphiliques et même, parfois, cinéphagiens,

Armel De Lorme, Christophe Bier, Stéphane Boudin,

Raymond Chirat, Alan Deprez, Jean-Pierre Pecqueriaux.

* Offre valable jusqu’au jeudi 14 juin inclus.

Erotic Saturday

Si les meilleures choses (au hasard : le retour de la gauche au pouvoir à l’horizon du printemps 2012 ou la disparition – somme toute inéluctable, suffit de patienter encore trente ou quarante ans – de Michel Drucker du PAF) sont réellement celles qui se font attendre le plus et le plus longtemps, alors le premier vrai come-back parisien d’Anne Pigalle, dont il était question à mots couverts depuis plusieurs mois, sera assurément une très bonne chose. En toute logique, c’est rue Véron, en plein cœur du quartier qui lui a fourni son pseudonyme, que l’auteure et interprète – culte ô combien – des Dieux s’ennuient et de La Valse aux mille couleurs viendra présenter samedi prochain, un set durant, les titres de son très passionnant diptyque L’Âme érotique. Ni concert privé, ni happening branché, plutôt les deux à la fois au vu du parcours, atypique et étonnant, de la Dame, ce retour fort attendu d’Anne Pigalle à Pigalle est de toute évidence de ceux qui feront dire, dans dix, vingt ou trente ans, aux happy few qui y auront pris part quelque chose de l’ordre du « vous savez, j’y étais ! ». Et donc, pour en être, il suffira d’aller traîner ses guêtres, le samedi 24 mars vers 20 heures, du côté de Chez Ammad, 9, rue Véron, métros Abbesse, Blanche ou Pigalle au choix, en ayant soin de venir un chouia à l’avance quand même, parce qu’aux dernières nouvelles, il se pourrait que ce concert très attendu soit, aussi, un concert très blindé. Qu’on se le dise…

20.000/50

Un trombinoscope

La rédaction du volume 5 de l’Encyclopédie des Longs Métrages français 1929-1979 (du C… de Marilyne aux Caves du « Majestic ») touche à son terme, voici venir le temps des relectures, des corrections et, même, des questions existentielles…

Afin de célébrer de dignement la chose -  et aussi, très accessoirement de varier les plaisirs –, c’est à un autre projet, à caractère encyclopédique, lui aussi, que s’est attelé l’auteur de ces lignes, renouant par la même occasion avec le principe de sa dernière réalisation cinéma (67/50 – Un trombinoscope filmé, 2007), et fort du double soutien, efficace dans les deux cas, de Jean-Pierre Pecqueriaux, contributeur permanent des publications de « L’@ide-Mémoire », et du comédien et cinéphile Jean-Marc Cozic.

Le défi : réaliser le plus vaste et le plus exhaustif trombinoscope en Noir et Blanc jamais consacré aux comédiens français et francophones, vivants, disparus, vintage, contemporains, en exercice, retraités… 126 portraits sont déjà en ligne, rangés (on est méthodique ou on ne l’est pas) par ordre alphabétique et raisonnablement rares dans leur majorité. Et ce n’est qu’un début : avec l’aide des uns et des autres, nous espérons atteindre les 20.000.

Vos contributions en images sont les bienvenues via l’adresse habituelle (aide-memoire@club-internet.fr), et pour le reste, c’est sur Facebook que cela se passe… Il suffit de cliquer d’abord sur ce qui suit : fr-fr.facebook.com/armel.delorme, puis sur « ajouter », et – comme chez les frères Prévert en leur temps – l’affaire sera dans le sac !! À très vite, donc.

And the winner is...

« Wouaou ! Putain ! Génial ! Merci ! »

Jean Dujardin, Los Angeles, 26 février 2012 (heure américaine).

En vertu de quoi, on se lève tous pour Jean Dujardin, et on clique au passage sur la filmo qui suit, ici, maintenant, tout de suite…

L’Ennui des César

En bref, dans les grandes lignes… Carton presque plein pour The Artist (un Oscar, ça se prépare un peu à l’avance), carton pas plein du tout pour La guerre est déclarée (on le regrette), carton presque pas plein pour Polisse (meilleur montage et meilleure demi-révélation féminine, voilà qui sent un poil le lot de consolation) et L’Apollonide – Souvenirs de la maison close, toujours pas de César d’honneur pour les artistes français et francophones – pas assez chics probablement – et c’est à franchement parler honteux, mais une belle ouverture (enfin !) à la diversité (ce qui est bien), en l’occurrence doublée d’une prime au talent (ce qui est mieux) : Omar Sy. De toute façon, et à dix contre un, Jean Dujardin se rattrapera sur l’Oscar. Là encore, c’est mieux. (lire la suite).

Lina Romay

Annonce de la disparition, dans sa 56ème année, de l’exquise Lina Romay (Rosa María Almirall, 1954-2012), compagne et égérie de Jess Franco depuis le premier tiers des années 70. Revue récemment dans le très jouissif et très jouissant Célestine….. bonne à tout faire (Clifford Brown/Jess Franco, 1974), revisite plus que réussie du Journal d’une femme de chambre de Mirbeau, où, trônant de bout en bout sur un aéropage made in Eurociné (Pamela Stanford, Olivier Mathot, Richard Bigotini…), elle n’y déméritait pas un instant, soubrette dessalée et bien dans ses bottines, face à l’immense Howard Vernon, lui-même transformé en octogénaire lubrique et bandant mou par un scénario mi-leste, mi-enlevé. Lina Romay était, de toute évidence, faite pour le rôle de la Conchita de La Femme et le Pantin, et c’est bien le seul qui manque à l’appel lorsqu’on reparcourt sa filmographie étonnamment longue et fournie. À défaut resteront les hommages légitiomes, qui commencent à affleurer un peu partout sur la Toile, et le parfum persistant laissé derrière elles par de troublantes Silvia (La Comtesse perverse, Jess Franco, 1973), Irina (Les Avaleuses, Franco, id.), Alba (Les Gloutonnes, Franco, id.), Linda (Les Possédées du diable, Franco, 1974), Pina (Les petites vicieuses font les grandes emmerdeuses, Franco, id.) et autres María (Femmes en cage, 1975), grandes et petites sœurs en cinéma « bis » de la jolie Célestine, qui professait si bien vouloir « faire l’amour avec l’humanité tout entière, de manière à rendre le monde meilleur ».

Pola Illéry

Annonce en léger « différé » de la disparition, le même jour exactement que Sophie Desmarets, de l’ex-interprète d’Alberto Cavalcanti (Le Capitaine Fracasse, 1928 ; Le Petit Chaperon rouge, 1929), René Clair (Sous les toits de Paris, 1930 ; Quatorze Juillet, 1932) et Pierre Chenal (La Rue sans nom, 1933), revue ensuite dans la rarissime – mais visonnée tout de même – version française du diptyque Le Tigre du Bengale / Le Tombeau hindou (Richard Eichberg, 1937) et décédée il y a quelques jours en Pennsylvanie, dans sa 104ème année. Née en Roumanie à l’aube du siècle dernier, rapidement spécialisée à l’écran dans les emplois de coquettes, d’« autres femmes » et de de Parigottes que rien n’effarouche (dans Quatorze Juillet, elle piquait sans état d’âme le sculptural Georges Rigaud à la tendre et candide Annabella), Pola Illéry retirait ses bas noirs comme personne et comptait jusqu’à il y a une dizaine de jours, avec Danielle Darrieux, Suzy Delair et Monique Mélinand, parmi les dernières artistes vivantes ayant connu la fin du Muet et/ou les balbutiements du Parlant en France. Pour l’une et l’autre de ces raisons, infini respect. (lire la suite)

Exquise Marquise

Plutôt qu’une nécro d’usage, L’@ide-Mémoire a choisi de publier « en l’état » le portrait de Sophie Desmarets, disparue dans sa 90ème année, le lundi 13 février, tel qu’il parut, il n’y a pas si longtemps, dans Ceux de chez lui ou le Cinéma de Sacha Guitry et ses interprètes. Ce en souvenir d’une comédienne classieuse, magnifique et admirée, tutoyeuse mais jamais vulgaire, pétillante, surtout, comme le champagne que nous avions bu, une après-midi durant – passée à évoquer Sacha, Danielle, Jacqueline, Jean et beaucoup d’autres – dans son très accueillant appartement des environs de l’Étoile, tout entier peuplé de potiches chinoises et de vases de même provenance. C’est que Sophie Desmarets chinait beaucoup, qui avait su faire de sa « passion pour l’antiquaille » une authentique profession de foi, presque aussi agréable à ses yeux – sinon plus - que le théâtre. Traqueuse à l’extrême, par ailleurs atteinte d’une très dommageable surdité, elle avait renoncé sans regret excessif aux planches, consciente de leur avoir beaucoup donné, et même plus. Le temps passe, la roue tourne, et les bonheurs de Sophie, exquise marquise, avec, mais les images restent, pétulantes, élégantes, et les mots pareillement : il y a dix ans paraissaient ses souvenirs, à découvrir ou à redécouvrir, une décennie étant passé par là, avec délectation…

Franca Maï

Bad times for the Rollin’s girls. Un an après la magnifique Louise Dhour, c’est une autre muse – à titre ponctuel – de l’auteur-réalisateur de L’Itinéraire marin qui vient de s’absenter. Relayée par un ami de Jean-Pierre Bouyxou, qui nous a aussitôt transmis (« c’était une personne d'une gentillesse et d'une bonté hors du commun, aux talents artistiques multiples, alliés à une beauté qu'elle a su préserver avec acharnement jusqu'au bout du chemin »), confirmée par Les Gens du Cinéma et Wikipédia, l’annonce de la disparition prématurée, dans sa 52ème année, de la comédienne, réalisatrice, productrice et romancière Franca Maï n’aura pas étonné outre mesure ceux qui la savait atteinte depuis plusieurs années d’une maladie incurable. Ceux qui l’ont aimée dans Fascination (Jean Rollin, 1979) aux côtés de Brigitte Lahaie et de Fanny Magier, reconnue dans Zig Zag Story (Patrick Schulmann, 1982) ou découverte par l’intermédiaire du livre, pourront au choix renouer en diagonale avec son formidable parcours artistique et humain ici, retrouver sa filmographie cinéma en cliquant , l’explorer de façon plus approfondie en allant musarder son son site personnel et se consoler vaille que vivre – show must go on !! – de son récent départ via l’annonce de la parution prochaine d’un roman posthume au titre à la fois clinquant et d’une élégance folle : Divino sacrum, carnet de bord d’une vieille cancéreuse fripée. Franca Maï ou l’Humour plus fort que la Mort ? Pas impossible. (lire la suite)

Étoile avec lumière

Troisième et (provisoirement) dernier hommage rendu par l’équipe – bien triste pour le coup – de L’@ide-Mémoire, à l’exquise Mila Parely, disparue il y a quelques heures, et dont nous reproduisons ici le portrait, à peine retouché, et la filmographie rédigés pour les besoins de l’ouvrage collectif Ceux de chez lui ou le Cinéma de Sacha Guitry et ses interprètes – Volume 1 (L’@ide-Mémoire Éditeur, 2010), par ailleurs toujours disponible à la vente via le site. Ni vraiment star ni tout à fait second rôle, Mila Parely avait, deux décennies durant, imposer à l’écran une personnalité unique, mêlant séduction troublante et fantaisie à fleur de peau, et gagner haut la main ses galons de vedette appréciée tant auprès du public que des professionnels.

Jean Marais – son grand amour platonique – lui voua jusqu’à la fin de sa vie une amitié indéfectible, Nathalie Nattier la citait spontanément, ex-æquo avec Danielle Darrieux et Sophie Desmarets, parmi les comédiennes de sa génération qu’elle admirait le plus, et Robert Hossein, du temps où il ne s’occupait pas à temps complet de bondieuseries mi-lourdaises, mi-lourdingues, exprimait volontiers la fascination qu’exerçait sur lui, encore adolescent, l’interprète de Liliom, de Remontons les Champs-Élysées, de La Règle du jeu et du deuxième volet du Plaisir. Ce qui constitue, de la part du metteur en scène (bon…) de Jésus était son nom et d’Une femme nommée Marie, une marque de bon goût assez inhabituelle pour être mentionnée, et dans le cas de notre adorable Mila, une preuve, si besoin était encore, de sa grande capacité à marquer d’une empreinte profonde le spectateur, professionnel ou non, des années après son départ volontaire, des studios, consécutif au grave accident automobile dont son mari avait été la victime au début des années 50. Lors de l’édition 1993 du Festival de Locarno, ou, l’année suivante, des IXèmes Rencontres Cinématogaphiques de Vichy, dont elle fut longtemps l’animatrice infatigable, la « magie Mila » opérait encore en plein, et c’est peu dire que la mondaine blasée qui tenait si bien son rang parmi les invités des deux sexes de La Collinière et la Sphinge alanguie tirant les cartes, sensuelle mais impavide, aux habitués de La Maison Tellier, nous manquent déjà. Parmi tant d’autres. AdL

Rosy Varte

 

 

Il y a des dimanches, décidément, qu’on ferait mieux de passer couché, téléphone débranché et accès Internet en vacances. Annonce de la disparition, consécutive à une bronchite ayant dégénéré en infection pulmonaire, de la comédienne de théâtre, cinéma et télévision d’origine arménienne Rosy Varte, née exactement le même jour que Piéral et décédée exactement le même jour que Mila Parely. Sa filmographie exhaustive permettra de rappeler, à qui la parcourra, qu’elle ne fut pas seulement, huit années durant, l’effervescente Maguy de la sitcom du même nom (qui elle, ne l’était pas des masses, effervescente), mais surtout, et avant tout, la Normande haineuse de Manon (Henri-Georges Clouzot, 1948), la buveuse d’absinthe blasée de French Cancan (Jean Renoir, 1954), la tenancière pragmatique du Petit Prof (Carlo Rim, 1958), la réfugiée juive de Fortunat (Alex Joffé, 1960), la mère hospitalière d’Antoine et Colette (François Truffaut, 1961), l’indiscrète infirmière bénévole de Thomas l’Imposteur (Georges Franju, 1964), la bistrote lyonnaise du Voyage du père (Denys de La Patellière, 1966), la grande sœur énergique de Mon oncle Benjamin (Édouard Molinaro, 1969), l’héritière cupide du Viager (Pierre Tchernia, 1971), l’aubergiste vitupérante du Bar de La Fourche (Alain Levent, 1972), la quinquagénaire encore séduisante de Peur sur la ville (Henri Verneuil, 1974), la (jeune) grand-mère endeuillée de L’Amour en fuite (François Truffaut, 1978), ou encore l’ex-compagne demeurée la meilleure amie malgré les années écoulées du protagoniste mâle de Garçon ! (Claude Sautet, 1983). (lire la suite).

Journal de Lady M (la suite)

Il est, musicalement parlant, des années qui démarrent en fanfare : alors que la blonde et électrique Marie France s’apprête à sortir et à promouvoir la version CD de son très attendu deuxième opus Jacques Duvall-Benjamin Schoss, la rousse-flamboyante et non moins électrique Myriam Mézières, invitée d’honneur du festival Españolas en Paris, prépare d’arrache-pied, huit mois après un premier concert sold out à Bobigny en mai dernier, ses retrouvailles avec les publics parisien et francilien. Rentrée chargée mais bien réelle, et prometteuse, donc, pour l’ex-interprète de Jérôme Savary, d’Alain Tanner, de Copi et de pas mal d’autres, qui, lorsqu’elle ne répète pas son prochain set avec ses musiciens, finalise l’écriture de son troisième long métrage et s’investit de plus en plus dans la promotion des textes d’un jeune auteur dramatique impertinent, moderne et subversif dont – refus de toute forme de népotisme oblige – nous préférons, pour l’instant, taire le nom et les qualités, a priori nombreuses et percutantes.

En vertu que quoi, et en attendant de revenir sur ce concert muy caliente du jeudi 26 janvier (voir le flyer) de façon plus circonstanciée, nous nous bornerons à rappeler que Myriam Mézières vient de faire l’objet d’un portait-hommage dans le dernier opus – pas reçu, pas lu, pas chroniqué, c’est désormais la règle – de Serge Regourd (Acteurs de caractère, Éditions Gremese, 2011), qui partage avec sa jumelle « copiesque » Liliane Rovère le privilège insigne d’être la seule comédienne dont la photo figure en première de couverture (bon choix), que son site Internet personnel est toujours accessible d’un simple clic ici, et qu’il sera incessamment sous peu possible de la demander en amie virtuelle (ou pas) via Facebook en cliquant . ADL  

Informations pratiques :

Myriam Mézières «Droit dans les yeux»

Jeudi 26 janvier 2012 à 21 h - Cinéma Le Chaplin, 6 rue Péclet, 75015 Paris (Métro Vaugirard ou Félix-Faure)

Tarif : 12 € ; réservation sur www.billetreduc.com ou www.fnac.com

Françoise Christophe

Dans La Gloire du vaurien, roman aussi sublime qu’inclassable, René Ehni mettait en parallèle le beau regard myope de Françoise Christophe, disparue il y a quelques jours dans sa 89ème année, avec ceux de Marilyn Monroe et de James Dean, ce qui est un beau compliment en soi. On regrettera le maigre parti que six ou sept décennies ininterrompues de cinéma français auront au final tiré – ou plutôt non tiré – de l’actrice, prototype de la comédienne brillante ayant, sa carrière durant, oscillé entre la tête d’affiche de séries B vite oubliées et les grands seconds rôles impeccablement alignés dans une dizaine de productions à gros budget, pour mieux se rappeler, une à une, la Sonia azimutée de Fantômas (Jean Sacha, 1946), la Galswinthe dolente de Mademoiselle de La Ferté (Roger Dallier et Georges Lacombe, 1949), la Judith amoureuse de Nez de Cuir, gentilhomme d’amour (Yves Allégret, 1951), l’Alberte souffreteuse des Amours finissent à l’aube (Henri Calef, 1952), la Blanche humiliée de La Rue des Bouches-Peintes (Robert Vernay, 1955), la Jacqueline sensible des Grandes Familles (Denys de La Patellière, 1958), l’infirmière paniquée du Testament d’Orphée (Jean Cocteau, 1959), l’Anne d’Autriche hiératique des Trois Mousquetaires (Bernard Borderie, 1961), la duchesse primesautière du Roi de cœur (Philippe de Broca, id.), la Dorothy charmeuse de Fantômas contre Scotland Yard (André Hunebelle, 1966), la Chabannes inquiétante de Caroline Chérie (Denys de La Patellière, 1967) et la Simone Escarguel coquette de Borsalino (Jacques Deray, 1969). La maturité durablement installée, Françoise Christophe avait su bifurquer avec à-propos vers les compositions plus âpres (Les Pyramides bleues, Arielle Dombasle, 1987) ou plus cocasses (Les Amies de ma femme, Didier Van Cauwelaert, 1992), sans jamais totalement se départir de cette classe innée qui était un peu, depuis ses lointains débuts, sa marque de fabrique… (lire la suite).

DVD’s Part Two

Plaisir très vif encore que notre récente découverte du rarissime Casabianca (Georges Péclet, 1950), dont la Cinémathèque de Porto-Vecchio, partenaire de la première heure ou presque de notre projet éditorial, a généreusement mis à notre disposition le DVD, commercialisé voici bientôt deux ans. Plaisir d’abord, la chose est suffisamment exceptionnelle pour être ici signalée, de manipuler un objet qui pourrait servir d’exemple à bon nombre d’éditeurs : copie irréprochable, boni passionnants, livret succinct mais fournissant à la fois des éléments de générique bien plus détaillés et précis que tout ce qui se fait ailleurs (surtout si l’on songe aux vulgaires copié-collés d’IMDB somptuairement diffusés en 4ème de jaquette par les éditions LCJ et bon nombre de leurs consœurs ou au tout-zéro supplément offert, à prix de vente quasi égal et budgets de production bien moins conséquents, par la collection « Films à la demande » de la Gaumont) et des documents à caractère historique. Plaisir encore que de découvrir, près de soixante-dix ans après les fais, une vision alternative de l’histoire de la Résistance à l’écran, rendant enfin justice aux maquisards corses un peu négligés parla mémoire collective. Plaisir enfin de découvrir avec Georges Péclet, ex-second rôle renoirien passé de l’autre côté de la caméra au dernier tiers des années 40, un faiseur habile, doublé d’un solide artisan, un peu hâtivement – comme tant d’autres – balancé dans les poubelles de l’amnésie cinématographique, mais méritant assurément révaluation… La suite ici et l’extrait vidéo qui va avec, .

DVD’s Part One

Invité hier soir en compagnie de sa metteure en scène Catherine Hiegel sur le plateau, au reste passablement ennuyeux de Laurent Ruquier sans Zemmour et Naulleau mais avec Nounouille et Coconne, afin d’évoquer leur revisite du Bourgeois gentilhomme, François Morel a pu exprimer, de manière cursive, tout le bien qu’il pensait de son adaptation cinématographique par Jean Meyer. Nous aussi, qui avons pu la découvrir, au moment du bouclage du volume 4 de notre Encyclopédie des Longs Métrages, grâce à l’obligeance de René Chateau. D’autres sorties, bien plus récentes, de sa formidable collection, à l’instar de la Valse royale de Jean Grémillon (1935), gagneraient assurément, elles aussi, à être chroniquées, que nous ne chroniqueront pas, n’ayant malheureusement pas pu y accéder sur copie (lire la suite).

Encyclopédie des Longs Métrages français 1929-1979, Volume 4

L'aventure éditoriale de l'@ide-Mémoire se poursuit et le quatrième tome de notre ENCYCLOPEDIE DES LONGS METRAGES FRANCAIS 1929-1979 est paru le jeudi 15 décembre 2011, qui répertorie 120 films décrits, annotés et parfois commentés, de BOB LE FLAMBEUR (Jean-Pierre Melville, 1955) à BYE BYE BARBARA (Michel Deville, 1968).

Cette inventaire se veut exhaustif, qui décline en 272 pages chefs-d'oeuvres de Cinémathèques et chefs-d'oeuvres tout court, séries B, films inédits en salles, oeuvres à caractère érotique et pornographiques, et accorde d'office le même traitement à BOUDU SAUVE DES EAUX qu'à BOBO JACCO, à BONNE CHANCE! qu'à LA BONZESSE, à BORSALINO AND C° qu'à BORDEL SS, à BUFFET FROID qu'aux BROUTEUSES INFERNALES...

Renoir, Guitry, Duvivier, Melville, Chabrol, Blier et les autres, sont donc de la partie, mais aussi Jean Boyer et Jess Franco, Emile Couzinet et José Benazeraf, Maurice Boutel et Jean Rollin, Jacques Deray et François Jouffa, René Gilson et Walter Bal, mais encore Mitchell Leisen et Sydney Pollack, qui transitèrent eux aussi par les studios français ...

Pour la première fois depuis la parution du Tome 1, en décembre 2009, le taux de visionnage sur copie des films répertoriés a dépassé le seuil symbolique des 90%. Les génériques technique et artistique ont pu ainsi être remis à jour de façon de plus en plus précise et détaillée, les résumés être établis à partir d'éléments concrets, les chroniques et critiques rédigées sur la base de visions ou de re-visions récentes plutôt que sur d'anciennes impressions...

Une équipe éditoriale élargie, où le noyau dur constitué depuis le début de l'aventure (Christophe Bier-Raymond Chirat-Armel De Lorme) s'étoffe peu à peu, notre Encyclopédie ayant ouvert ses colonnes à un jeune journaliste belge, Alan Deprez, et reproposé au très éclectique Jean-Pierre Bouyxou de rempiler dans le statut honorifique d'invité d'honneur qu'il occupait déjà lors de la parution du volume 2.

Outre les habituels flyer-bon de commande et index alphabétique des 120 films inventoriés (116 longs métrages, 4 courts métrages incontournables), vous pouvez parcourir les notules des six premiers films présentés.

Rendez-vous au Volume 5 (Du C... DE MARILYNE à LE CAVE SE REBIFFE) d'ici quelques mois, et en attendant...

Bonnes et heureuses fêtes de fin d'année !!

Pour L'Encyclopédie des Longs Métrages français 1929-1979,

Armel De Lorme, directeur de publication.

Stéphane Boudin, chargé d'édition.

Christophe Bier, Raymond Chirat, Alan Deprez et Jean-Pierre Pecqueriaux, contributeurs permanents.

J-7

Plus que sept jours, montre en main, avant la sortie, le jeudi 15 décembre, du volume 4 de L’Encyclopédie des Longs Métrages français 1929-1979, qui traitera d’exactement 120 films, présentés, commentés, longuement chroniqués dans certains cas, et même « play listés » par Christophe Bier, Raymond Chirat, Jean-Pierre Pecqueriaux, Jean-Pierre Bouyxou en invité d’honneur, l’auteur de ces lignes, bien sûr, et puis Alan Deprez, enfin, qui a rejoint l’équipe éditoriale l’espace de quelques critiques circonstancées, en attendant la reconduction plus que probable de son CDD au sein de L’@ide-Mémoire. Si l’on ne présente plus Christophe Bier, surtout depuis la sortie de son indispensable somme consacrée au cinéma érotique parue au printemps dernier, et encore moins Raymond Chirat, qui, mine de rien, continue son petit bonhomme de chemin et s’apprête à célébrer son 90ème anniversaire, signalons à ceux de nos visiteurs qui l’ignorent encore que notre petit dernier a vingt-cinq ans, nous vient de Belgique, tourne lui-même des films lorsqu’il ne visionne pas ceux des autres, adore le « Bis », écrit fort bien et achalande régulièrement en chroniques pertinentes et avisées sa rubrique Le Loup derrière la Bergerie sur le site www.cinemafantastique.net. Quoi d’autre ?? Les bon de commande, index des films et fichier PDF des premiers films chroniqués sont d'ores et déjà disponibles. Armel De Lorme.  

Robert Party

Finalisation oblige du volume 4 de notre Encyclopédie des Longs Métrages français 1929-1979 oblige, c’est un hommage cursif qui sera rendu à Robert Party (1924-2011), artiste récemment disparu dans sa 88ème année, et dont on ne dira jamais assez à quel point le cinéma hexagonal l’a trop peu et trop mal utilisé. Stature de commandeur, allure de condottiere, regard adamantin, présence hors norme, Robert Party méritait mieux de la profession, assurément, qu’une filmographie riche seulement d’une petite vingtaine titres, dont on trouvera le détail ici. Mais il connut, sur les planches, un parcours long et éclectique qui l’emmena de Jean Vilar période Avignon à Robert Hossein époque Palais des Congrès – le contraire eût peut-être mieux valu, tant pis… – et sut marquer d’une empreinte bien réelle l’âge d’or de la Télévision, de ses balbutiements en Noir et Blanc à la privatisation de TF1. (lire la suite).

Denise Provence

Annonce via le comédien Jean-Marc Cozic de la disparition, dans sa 91ème année, de Denise Provence, actrice assez inégalable en son genre, qui savait fort bien faire rimer « anguleuse » avec « savoureuse », « acidité » avec « légèreté » et « élégance » avec « truculence ». Meilleure amie à la ville de Danielle Darrieux, qu’elle croisera plusieurs fois à l’écran, petit ou grand, et qui révélera lors d’un Vivement dimanche de sinistre mémoire que sa camarade était atteinte, depuis des années, de la maladie d’Alzheimer, elle restera dans un coin de la mémoire des cinéphiles comme la coprotagoniste drôle et racée à la fois d’un nombre assez impressionnant de vaudevilles filmés, peu ou prou périssables, et peut-être plus encore comme une tardive mais authentique excentrique dans la grande tradition de Chirat et Barrot… (lire la suite).

V4 sur mes souvenirs

 

Depuis le temps qu’il en était question… Le volume 4 de L’Encyclopédie des Longs Métrages français 1929-1979, dont la sortie est retardée depuis trois mois pour cause de visionnages de dernière minute, est en cours de finalisation, et sera, c’est confirmé, disponible un peu avant les fêtes de fin d’année. Où il sera question de 120 films, de Bob le Flambeur (Jean-Pierre Melville, 1955) à Bye Bye Barbara (Michel Deville, 1968), en passant par Bobby Deerfield (Sydney Pollack, 1976), Bouche cousue (Jean Boyer, 1959), Boudu sauvé des eaux (Jean Renoir, 1932), Boule de Suif (Christian-Jaque, 1945), La Bourse et la Vie (Jean-Pierre Mocky, 1965), Branquignol (Robert Dhéry, 1949), Brigitte et Brigitte (Luc Moullet, 1965) et Les Bronzés font du ski (Patrice Leconte, 1979), le tout agrémenté d’une trentaine de films érotiques, d’une poignée de courts métrages et même de critiques circonstanciées pondues avec amour, passion, érudition et même conviction par Christophe Bier, Raymond Chirat, Alan Deprez et l’auteur de ce qui a précédé. Le lien renvoyant à la page Facebook de L’@ide-Mémoire se trouve toujours ici, le bon de commande sera bientôt disponible, et pour notre premier extrait « en images » du Volume 4, un simple clic au bon endroit devrait suffire. Comme d’habitude, vous pouvez compter sur nous pour vous tenir informés en temps et en heure de la bonne marche des opérations. À très vite. AdL

Intermission Part Two

Anne Pigalle est une chanteuse comme chaque décennie ne semble en produire – tous pays confondus – que, allez, soyons fous et arrondissons au chiffre supérieur, trois ou quatre. Mettons trois. Un album mythique (Tout pourrait être si parfait / Everything Could Be So Perfect, 1986) – décliné en versions anglaise, française et franco-britannique – essentiel à tout happy few pour qui les honteuses années 80 ne se limiteraient pas à d’affligeantes lambadas, un slow pourri de Peter et Sloane ou un prime time sur France 3 animé par Isabelle-Karen-Morizet-Chéryl, plus tard le souvenir pérenne d’un rendez-vous manqué aux allures de concert à la Cité U annulé en dernière minute, plus récemment un coup de cœur rare pour la triple et très érotique résurrection discographique 2010/2011 de la Dame, l’envie encore d’aller prendre des nouvelles fraîches de Londres quelques mois après les émeutes que l’on sait et la sortie de scène définitive de Wino, les prétextes ne manquaient pas de consacrer à l’interprète de He ! Stranger notre deuxième itv en ligne. Entrez dans la danse, comme la principale intéressée le dit – et le chante – si bien.  

Une rentrée Marie France

Un nouvel opus discographique d’ores et déjà très attendu en compagnie des Belges de « Phantom », un projet de spectacle autour de ses mille et une vies, une présence remarquée au dernier défilé HC de Stella McCartney, une promotion récente au titre de Chevalier des Arts et des Lettres, une participation d’ores et déjà attendue au prochain festival « Chéries-Chéris », la rentrée 2011/2012 s’annonce plus que jamais éclectique, riche et foisonnante pour l’ex-égérie de Marguerite Duras et d’Alain Pacadis.

Membre, aux côtés du comédien Pascal Cervo (Saltimbank, Dernière Séance) et de la chorégraphe, réalisatrice et actrice Blanca Li (Gazon maudit, Le Défi), du Jury Longs Métrages du festival précité, Marie France fera en outre l’objet, le samedi 8 octobre, d’une soirée d’hommage au Forum des Images, aux allures de « triple programme », prétexte notamment à voir ou à revoir deux pépites du cinéma alternatif des années, le quasi inédit Les Noms du père (Geneviève Hervé, 1974) et le très déroutant Les Intrigues de Silvia Couski (Alfino Arrieta, 1972), dont le générique seul pourrait justifier une revisite. (lire la suite).  

Denise Gence

Disparition à l’âge de 87 ans de Denise Gence, sociétaire honoraire de la Comédie-Française et comédienne moitié-magnifique, moitié-unique en son genre, dont la plus belle histoire d’amour fut censément le théâtre, mais qui laissera de toute évidence un souvenir pérenne auprès de plusieurs générations de cinéphiles et téléphiles. Abonnée, dès son entrée au Français en 1946 (elle y restera quarante ans), aux vieilles filles, duègnes, viragos, gorgones, harpies et mégères de tout poil, ce qui est assez exceptionnel en soi dans le cas d’une actrice de 22 ans, Denise Gence avait trouvé, dès la décennie suivante, un prolongement de son emploi-type à l’écran, petit ou grand. « Chouette » inquiétante et ignoble de la première adaptation télé des Mystères de Paris (Marcel Cravenne, 1961), Julie Tison rugueuse et pathétique du Chevalier de Maison Rouge (Claude Barma, 1962) et de sa version cinéma distribuée dans la foulée, elle endossa par la suite avec humour et probité les mères fouettardes et les petites bourgeoises obtuses nées, un siècle auparavant, sous la plume de la comtesse de Ségur, grande sadique devant l’Éternel s’il en fut, se parant pêle-mêle – dans les trois cas pour le mythique Théâtre de la Jeunesse – du knout et des vertugadins de Mme Papofski (Le Général Dourakine, Yves-André Hubert, 1963), du réticule bon genre et des rubans froufroutants de Mme Delmis (La Sœur de Gribouille, Yves-André Hubert, 1964), de cravache cinglante et du violon grinçant de Mme Bonbeck (Les Deux Nigauds, René Lucot, 1966), créatures plus expertes les unes que les autres dans l’art et la manière de faire marcher à la baguette, d’un seul et même mouvement, chiens, chats, enfants, domestiques ou quiconque ayant eu la malchance insigne de tomber sous leur coupe. (lire la suite)

Paulette & Yvette

Les vacances d’été poussées jusqu’à leurs dernières limites, force est quand même de reprendre du collier… Une interview sur le feu depuis plusieurs mois – la deuxième réalisée pour le présent site, et à laquelle nous tenions beaucoup – sera très prochaînement mise en ligne, et, en attendant, l’internaute «qui passait par là» pourra toujours relire en boucle l’hommage cursif rendu par Raymond Chirat à Paulette Dubost dans les colonnes du premier volume de L’Encyclopédie des Comédiens (2006) et la filmographie revisitée, publiant du vivant de la dame, qui va avec… Forte de cent ans de présence ininterrompue sur Terre, la «vice-doyenne» des actrices françaises s’en est allée il y a quelques jours, laissant dans les mémoires cinéphiles le souvenir double, lui bien présent, de la coquette Lisette (La Règle du jeu, Jean Renoir, 1939) et de la gourmande Fernande (Le Plaisir, Max Ophuls, 1951), que n’effaceront ni une filmographie objectivement en dents de scie, ni l’image pénible mais pérenne d’un plateau télé mi-déprimant, mi-désastreux, au printemps 2010, chez Michel Drucker, rempailleur souriant. Son aînée de cinq semaines Yvette Lebon, toujours bon pied bon œil semble-t-il à 101 ans et cinq semaines, sera quant à elle à l’honneur, pas plus tard que ce soir, dans le très attendu L'Occupation intime d'Isabelle Clarke et Daniel Costelle diffusé à 22h40 sur TF1, où il lui sera donné de revenir sur les heures troubles de l’Occupation. Mieux vaut tard que jamais. 

Tirages et Retirages

Une chose promise reste toujours une chose due, ou devrait le rester quoi qu’il advienne. Suite à une croissance exponentielle – incroyable mais vrai – des demandes, le premier volume de l’Encyclopédie des Longs Métrages français & francophones 1929-1979 (De À belles dents à L’Ampélopède), fraîchement sorti des presses de notre nouvel imprimeur vient – enfin – de refaire surface !!

Où il est question, d’Adieu… Léonard ! (Pierre Prévert, 1943) à L’Amour en fuite (François Truffaut, 1978), d’À bout de souffle (Jean-Luc Godard, 1959) à L’Affaire du Collier de la Reine (Marcel L’Herbier, 1945), de L’Amour qu’il faut aux femmes (Adolf Trotz, 1932) à Alice ou la Dernière Fugue (Claude Chabrol, 1975), de 262 longs métrages passés au crible par Christophe Bier, Raymond Chirat, Gilles Grandmaire, Italo Manzi et l’auteur de ces lignes.

Le PDF des premières notules est toujours accessible ici, le bon de commande et l’accès Priceminister respectivement et , et nous nous faisons, au passage, un devoir de rappeler aux visiteurs de ce site que c’est en se procurant nos publications en vente directe plutôt qu’en s’adressant à de trop gourmands libraires qu’ils soutiendront utilement, dans la durée, notre projet éditorial.

Celles et ceux qui auront raté les premiers épisodes – et même les autres – en sauront plus en cliquant ici, la sortie du Tome 3 ayant récemment constitué le prétexte à une interview long drink habilement menée par notre confrère Alan Deprez (www.cinemafantastique.net), qui devrait incessamment sous peu rejoindre l’équipe de L’@ide-Mémoire. Aux dernières nouvelles, il ne serait pas le seul… Un peu de patience encore : le Volume 4 (De Bob le Flambeur à Bye Bye Barbara), actuellement en phase de relecture, paraîtra à la mi-septembre !! AdL

Anne Alvaro

Comédienne rare et exigeante, révélée par Wajda, Ruiz et Romain Goupil, justement récompensée en 2001 pour sa prestation dans le choral Le Goût des autres (Agnès Jaoui, 1999) par un César de la Meilleure Actrice dans un second rôle, la magnifique Anne Alvaro fera l’objet d’un hommage, lui aussi mérité, lors des prochaines (et imminentes) Rencontres « Femmes-comédiennes » de Puget-Théniers, rejoignant ce faisant les 18 camarades qui l’ont précédée, depuis le milieu des années 90, dans cette manifestation voulue et imaginée par l’association « Souvenance de cinéphiles ». Après Myriam Boyer, Mylène Demongeot, Dora Doll, Andréa Ferréol, Annie Girardot, Claude Jade, Macha Méril, Magali Noël, Catherine Rouvel, Martine Sarcey, Agnès Soral, Marthe Villaloga, Hélène Vincent, Marina Vlady et quelques autres, il sera donc question, deux journées durant, du parcours éclectique de cette artiste lumineuse, généreuse et touchante, dont l’internaute trouvera la filmographie ici, là où le cinéphile des Alpes-Maritimes ou le vacancier en goguette, bien plus heureux dans les deux cas, pourront revisiter sur pièces et en images deux décennies et demie ans de cinéma alvarien.

Rencontres « Femmes-comédiennes » de Puget-Théniers, vendredi 22 et samedi 23 juillet 2011. Renseignements auprès de Jean-Louis Milla aux : 04.93.05.09.26 et 06.88.44.18.42.

L'autre Maria Mancini

Histoire de célébrer dignement la sortie de l’indispensable Dictionnaire des Films français pornographiques & érotiques 16 et 35 mm de Christophe Bier et ses vingt-six contributeurs (dont Grégory Alexandre, Sérène Delmas, Pierre-Arnaud Jonard, Hervé Joseph Lebrun, Italo Manzi, Jean-François Rauger et même l’auteur de ces lignes), disponible depuis trois semaines sur le site de son éditeur, et afin de prolonger l’ambiance de folie qui a régné, samedi dernier à la Cinémathèque française, le temps d’une Nuit de la Grande Chaleur, qui pourrait bientôt faire des petits, nous avons décidé de rendre hommage à notre manière, entre notules et filmos, à une poignée d’égérie du porno seventies dans ce qu’il avait de plus éminemment fréquentable. (lire la suite...)  

Grille(s) de visionnage(s)

En prévision de la suite de l’Encylopédie des Longs Métrages français & francophones 1929-1979, je recherche activement – entre autres films – copies sur support DVD de cinq longs métrages de Max Pécas réalisés au cours des années 70, dont celui diffusé hier soir à 23 heures sur Paris Première : Je suis une nymphomane (1970), Je suis frigide, pourquoi ? (1972), Club privé pour couples avertis (1973), Sexuellement vôtre (1974) et Les 1001 Perversions de Felicia (1975). Si vous en possédez des copies en bon état, n’hésitez pas à me le faire savoir par mail (aide-memoire@club-internet.fr) ou par téléphone (06 88 57 46 32). Armel De Lorme. 

J - 4

Après une mise entre parenthèses de plusieurs mois, l'équipe éditoriale (Armel De Lorme, Stéphane Boudin, Christophe Bier, Raymond Chirat, Italo Manzi & Jean-Pierre Pecqueriaux) de L'ENCYCLOPÉDIE DES LONGS MÉTRAGES FRANÇAIS & FRANCOPHONES 1929-1979 reprend du service, dont le 3ème volume sera disponible à compter du mercredi 8 juin 2011, toujours chez L'@ide-Mémoire Éditeur.

Présentés, résumés, commentés et parfois annotés, 206 longs métrages produits au cours du premier demi-siècle du Parlant en France figurent au menu, dont vous pouvez consulter (format PDF) l'index alphabétique des titres, les six premières notules, ainsi que le flyer avec bon de commande.

Rendez-vous en septembre pour la parution du Volume N° 4.

Pour l'@ide-Mémoire - ENCYCLOPÉDIE DU CINÉMA FRANÇAIS

ARMEL DE LORME, rédacteur en chef, éditeur & auteur principal,

STÉPHANE BOUDIN, coéditeur,

CHRISTOPHE BIER (Dictionnaire des Films français pornographiques & érotiques 16 et 35 mm), RAYMOND CHIRAT (Histoire du Cinéma français 1908-1970), ITALO MANZI & JEAN-PIERRE PECQUERIAUX, contributeurs réguliers.

J – 21

 

C’est drôle, la vie, parfois : plus les journées rallongent, plus le temps semble nous filer entre les doigts. Relectures et corrections de dernière minute obligent, c’est à regret que nous avons suspendu la mise à jour de ce site pour mieux nous consacrer à la finalisation du Volume 3 de notre Encyclopédie des Longs Métrages 1929-1979, tout en continuant activement à visionner les derniers titres non revus à ce jour des deux tomes suivants. La date de parution de ce nouvel opus, sous-titré  « De B… comme Béatrice au Bluffeur » est d’ores et déjà confirmée – ce sera le mercredi 8 juin - et les PDF des dix premiers films seront, comme pour les tomes précédents, mis en ligne à titre gracieux quelques jours avant la sortie nationale. Au passage, nous rappelons aux lecteurs, réguliers ou occasionnels, de ce site que si les publications de L’@ide-Mémoire (cinq références à ce jour, dont deux en cours de réédition) ne sont proposées qu’en vente directe ou par le biais des plates-formes habituelles, ce n’est pas parce que les librairies spécialisées nous boudent, mais bien parce que les marges d’usage exigées par la plupart d’entre elles ne sont pas, en terme de survie économique, compatibles avec la démarche d’un petit éditeur autonome qui n’a et n’aura jamais les moyens économiques ou logistiques de Gallimard. Et donc, avec ou sans, enfin, plutôt sans, nos chères (ô combien !) librairies de cinéma, mais toujours avec le noyau dur constitué autour de ce projet éditorial par Christophe Bier, Raymond Chirat, Jean-Pierre Pecqueriaux et l’auteur de ces lignes, l’aventure continue, plus palpitante que jamais… À suivre.  

Encyclopédie Volume 3 & Éroticodico

Plus qu’une petite dizaine de films à revoir sur copies DVD pour le meilleur (Bande à part, La Bande du Rex, Les Belles Manières…) ou pour le pire (Bastien, Bastienne : que ne ferait-on pas pour ses lecteurs ?) et ce sera bon, les 206 titres rassemblés sur le Volume 3 de L’Encyclopédie des Longs Métrages français 1929-1979 auront été, à une petite quarantaine d’exceptions près, visionnés ou revisionnés, le tout avec exactement une semaine d’avance sur le calendrier initialement prévu. Ce troisième tome (« De B… comme Béatrice au Bluffeur ») entrera donc – pour un mois – en phase de relecture à compter du 9 mai, et, dûment confié à notre nouvel imprimeur (parce que bon, Global Rouge, ça va bien cinq minutes), paraîtra aux Éditions de L’@ide-Mémoire le 10 juin, et il est d’ores et déjà possible de le précommander via un simple courriel de réservation à l’adresse qui suit : aide-memoire@club-internet.fr. Piqûre de rappel indispensable en attendant ce jour faste : Le Dictionnaire des Films français érotiques & pornographiques 16 et 35 mm de Christophe Bier, arrive dans les bacs la semaine prochaine. Nous n’oublions pas pour autant les disparus récents, de Marie-France Pisier à Denise Bonal en passant par Bob Asklöf, Philippe Le Mercier et Serge Nubret, leurs notules-hommages seront mises en ligne incessamment sous peu. À très vite !! Armel De Lorme.  

Dora Doll

Décédée sans héritiers directs en 1998, la créatrice de L’Aigle à deux têtes avait fait, avant de mourir, le choix de léguer la totalité de ses biens aux comédiens en grande précarité. Et c’est, une douzaine d’années après ce (beau) geste, parce qu’elle a pu être alertée à temps par la romancière et ex-comédienne Frédérique Hébrard que l’association UCTM-Foyer Edwige Feuillère essaie de trouver aujourd’hui une solution pérenne aux difficultés financières croissantes rencontrées par Dora Doll. Bien que justifiant de plus de sept décennies d’activité professionnelle, l’ex-interprète de Jacques Becker (Touchez pas au grisbi), Jean Renoir (French Cancan, Elena et les hommes) et Paul Vecchiali (Cœur de hareng, Once More) ne bénéficie, comme la plupart des comédiens de sa génération, que d’une retraite modeste, qui ne lui permet plus de faire face, en particulier, au coût d’une assistance sociale lui permettant de se déplacer. La doxa veut que les artistes soient d’imprévoyantes cigales vivant très au-dessus de leurs moyens (généralement élevés) sans présumer du lendemain. La réalité, pour les comédiens ayant débuté leur carrière il y a soixante ou soixante-dix ans est autre : les cotisations sociales n’étant, en ce qui les concerne, devenues obligatoires qu’au cours des années 70, les contrats honorés à l’étranger n’étant que très rarement pris en considération, bon nombre d’entre eux ont, dans la pratique, beaucoup travaillé et très peu cotisé. À titre indicatif, au moment de leur disparition respective, Howard Vernon et Jean Marais ne touchaient du GRISS, pas encore devenu le Groupe Audiens, que l’équivalent en francs, assez somptuaire de 700 € mensuels. Tsilla Chelton, actrice célébrée, primée, unanimement reconnue, justifiant de plus de 60 ans d’activité ininterrompue, déclarait sur un plateau télé, il y a deux ou trois ans, percevoir environ 1.000 € de retraite par mois (un peu moins que le SMIC net), ce qui suffirait presque à l’inscrire parmi les privilégiés et les nantis du show-biz. Dans le cas de Dora Doll, 92 ans, l’appel a – heureusement – été entendu et une chaîne de solidarité a commencé à se mettre en action : la comédienne Annick Roux donnera au studio Raspail, vendredi 29, une représentation de son spectacle chanté Ça tourne pas rond au bénéfice de sa camarade, une autre comédienne a, d’ores et déjà, fait savoir son désir de l’imiter, tandis que celles et ceux, plus anonymes, se sentant concernés pourront faire parvenir leurs dons à l’adresse suivante : UCTM-Foyer Edwige Feuillère, 45, rue de Trévise, 75 009 Paris, en précisant « pour Dora Doll ». En tant qu’association d’utilité publique, l’UCTM est en mesure de délivrer les reçus fiscaux correspondants. Dora Doll est et restera l’une des comédiennes les plus magnifiques de sa génération. Merci pour elle.  

Jean-Claude Darnal

Y avait longtemps… Disparition, dans sa 81ème année, de l’auteur-compositeur-interprète douaisien et comédien occasionnel Jean-Claude Darnal, croisé au grand écran chez Jean Rouch (La Punition, 1960) et Jacques Doniol-Valcroze (La Dénonciation, 1961), au petit dans une poignée de téléfilms. On rappellera que sa chanson la plus célèbre, Quand la mer monte, donna au début des années 2000 son titre au premier et très beau long métrage de Yolande Moreau, et que Jean-Claude Darnal était l’époux, à la ville, de l’actrice d’origine allemande Uta Taeger (Aimez-vous Brahms ?, Trois Enfants… dans le désordre, Le Dossier 51…), le père de la chanteuse et comédienne Julie Darnal et celui de Thomas Darnal, ex-claviériste et sampleur de la Mano Negra.  

Diamonds are a girl’s best friends

Une ravissante aventurière (Perrette Pradier, bien meilleure comédienne et inifiniment mieux filmée que chez Robert Hossein à la même époque) s’éprend d’un apprenti voleur canaille et sexy (Paul Guers, au sommet de sa séuction), l’un comme l’autre convoitant un diamant de prix, le Nabab, que la demoiselle est parvenue à subtiliser à son richissime protecteur (O.E. Hasse, honnête sans plus) mais que, quelques jours auparavant, sa conquête a été chargé de dérober pour le compte d’un mystérieux commanditaire qu’il n’a jamais rencontré à visage découvert. Une vulgaire copie du fameux brillant entre à son tour dans la danse, et si on ne sait pas toujours au juste qui, de la belle Amenita, qui de son joli voyou, a le vrai – et donc le faux – diamant en sa possession, on devine très vite, en revanche, l’identité du personnage tirant depuis le début les ficelles de cet étrange ballet amoureux aux allures de quadrille : un homme, une femme, deux diamants dont un parfaitement bidon. Bidon, le film ne l’est pas, qui, totalement invisible depuis sa première sortie en salles, il y aura bientôt cinquante ans, tient plutôt bien la route un demi-siècle plus tard, et évoque sur le mode mineur le Sacha Guitry de Bonne Chance !, du Roman d’un tricheur et de L’Accroche-cœur… (lire la suite).  

Jeune Cinéma (Bis)

Le numéro double 336/337 de Jeune Cinéma enfin arrivé, on se délectera de son générique, goûtu à souhait, sur lequel deux cinéastes résistants, Carlo Lizzani et Nico Papatakis bénéficient, ce qui est mérité dans les deux cas, de la part du lion. Où il sera en outre largement question, en long, en large et en travers, du troisième long métrage d’Isild Le Besco (Bas-fonds, 2010) et de l’exil argentin de Pierre Chenal, mais aussi de la France de Raymond Depardon, mais encore de la réédition chez Carlotta DVD du City Girl de Murnau et du Liliom de Borzage, inifiniment plus abouti que celui de Fritz Lang (nous sommes bien d’accord), mais toujours de Jean Grémillon, éternel mal aimé du Cinéma français malgré Vecchiali et les deux Noël (Bursch et Herpe). Cerise sur le gâteau, un dossier circonstancié consacré par Bernard Chardère au scénariste-dialoguiste Charles Spaak et faisant la part belle à d’inédites mais incisives notes, d’une méchanceté assumée, épinglant pêle-mêle Victor Francen (« Malhonnête homme et parfait imbécile ») et Jean Marais (« Très célèbre et mauvais acteur »), Martine Carol (« Pour moi, elle n’était pas jolie ; en revanche, elle était bête et méchante. Fort légère, elle eut un surnom : l’étoile à matelas ») et Michèle Morgan (« Grande présence physique, totale absence spirituelle. Dieu qu’elle était bête »), lorsqu’elles ne renvoient pas sine die Gina Lollobrigida (« Une vache avec de beaux yeux et une grosse poitrine qu’on mène au studio plutôt qu’au pré. Pour le talent : aucun ») à ses verts pâturages. C’est drôlissime, odieux, parfois injuste et disproportionné, mais en ces temps de mainmise omniprésente du politiquement correct sur la parole publique, où – à moins de faire partie du Gouvernement et de s’en prendre de préférence aux Musulmans de France – on ne peut plus balancer la moindre saloperie sur son prochain, ça fait du bien. Mine de rien. 

Intermission

Parisienne d’origine mais résidente britannique à l’année (ou presque), Anne Pigalle a beau n’avoir que très peu, en définitive, travaillé pour le grand écran, tout ce qu’elle touche, depuis plus d’un quart de siècle, est comme nimbé d’un parfum persistant de celluloïd, tel qu’en témoignèrent en leur temps les neuf chansons du kulte Everything Could Be So Perfect (1985). Comptant probablement comme l’un des albums les plus inspirés et les plus passionnants jamais enregistrés en France tout au long des aléatoires années 80, au même titre que les premiers Taxi Girl ou l’indétrônable The No Comprendo (Les Rita Mitsouko, 1986), ce premier opus possédait en outre une dimension résolument cinématographique, renforcée par une poignée de clips, visibles ici et , flirtant plus que volontiers avec le court métrage expérimental. (lire la suite...)

Tanches d'avril

Avril 2011 commence semble-t-il un peu mieux que mars ne s’est achevé : l’inénarrable mais terrifiant (et réciproquement) Frédéric Lefebvre fait la joie des internautes depuis que l’on sait que Zadig & Voltaire (du même ?) est son livre de chevet, deux dictateurs africains de plus, et non des moindres, sont sur le départ, et la subtile Elsa Fayer (Gérard 2010 de « l’animatrice que les chaînes se refilent comme un herpès à chaque rentrée ») pareillement, qui va pouvoir reprendre à zéro sa quête de CDI, ou même de CDD de plus de douze mois consécutifs, au sein du PAF. Presque aussi chanceux, dans leur malheur, que leur très SCF (sans chaîne fixe) amie potiche-speakerine-chroniqueuse, les huit wannamachins de Carré VIIIP, rangé aux profits et pertes un peu plus tôt que prévu, reprendront selon toute probabilité le chemin du Pôle emploi le plus proche, où l’on ne manquera certainement pas de réorienter les deux tiers d’entre eux vers le stage d’alphabétisation élémentaire qui s’impose. Adieu donc, veaux, vaches, cochonnes et lait d’ânesse, vous nous manquerez. Ou pas. À L’@ide-Mémoire, nous nous consolerons de votre retour définitif à l’anonymat, dont vous n’auriez probablement jamais dû chercher à sortir, en revoyant sans modération aucune le touchant Sans lendemain (Max Ophuls, 1939), le suffocant Reflets dans un œil d’or (John Huston, 1966) ou le dérangeant Pays de Cocagne (Pierre Étaix, 1969) – tous les trois multidiffusés sur Cinéclassic en ce moment – et l’hommage circonstancié en dix films rendu à Catherine Deneuve par la chaîne TCM, l’inégalable Théorème (Pier Paolo Pasolini, 1968) rediffusé sur France 2 dans la nuit de mardi à mercredi, ou le presque aussi épatant Extérieur, nuit (Jacques Bral, 1979) programmé ce soir à 21 heures sur TV5. Gérard Lanvin à ses quasi débuts dans le cinéma d’auteur, André Dussollier pas encore devenu le comédien parangon, volontiers pesant, de Jean-Michel Ribes et d’Alain Resnais, Christine Boisson, magnétique déjà, dans ce qui reste probablement à ce jour l’un de ses meilleurs rôles au grand écran, cela fait, au final, trois raisons pour le prix d’une, de voir ou de revoir ce film ovniesque, justement léopardisé lors de l’édition 1980 du Festival de Locarno 1980. Alors que la bru so chic de la grande Tina Turner, la fille – russe ou quoi que ce soit d’approchant – de Jean-Marc Maniatis, la marchande de lait d’ânesse et de lingerie sexy, la cagole chantante d’Alès s’exprimant comme Mireille Mathieu et les autres s’apprêtent à rendre, un peu par la force des choses, qui son éphémère couronne, qui son diadème devenu trop petit au regard d’une tête beaucoup trop prématurément enflée, les vraies reines – Edwige, Silvana, Liz, Catherine, Christine – ne s’en laissent pas conter, dont on pourra, pour peu que l’on aime veiller tard, voir et revoir ça et là quelques-unes des incursions au grand écran les plus inoubliables. Pour toutes ces raisons : Happy April !!

Deux inconnus connus

Alors que se boucle, lentement mais sûrement, le troisième volume de notre Encyclopédie des Longs Métrages français et francophones 1929-1979, nous vient le sentiment que – peut-être – Internet et ses internautes pourront nous aider, mes contributeurs et moi, à mettre enfin un nom sur chacun de ces visages à la fois connus et anonymes. Familiers mais, à ce jour, totalement dépourvus d’identité. Impeccable en garçon de café comme en agent de police, Monsieur X… (photo du haut) cumule au bas mot trois ou quatre décennies d’activité cinématographique ininterrompue, que l’on croise aussi bien dans Feux de joie (Jacques Houssin, 1938) que dans L’Arbre de Noël (Terence Young, 1969), dans Madame de… (Max Ophuls, 1953) que dans Cartouche (Philippe de Broca, 1961). Monsieur Y… (photo du bas), presque aussi prolifique, se voit quant à lui gratifier de quelques répliques dans Le Gang des pianos à bretelles (Gilles A. de Turenne, 1952) ou dans Reproduction interdite (Gilles Grangier, 1956), mais aussi d’un gros plan dans Moulin Rouge (John Huston, 1952), mais encore d’innombrables figurations ça et là, invité au gala d’Opéra des Belles de nuit (René Clair, 1952) comme la réception mondaine de Yoyo (Pierre Etaix, 1964), policier goguenard dans plusieurs volets des Enquêtes du Commissaire Maigret et des Cinq Dernières Minutes. Alors ? Des suggestions ? Des pistes ? Des idées ? Faute de rubrique « commentaires » sur ce site, qui n’est pas un blog (ceci expliquant cela), postez-les à l’adresse suivante : aide-memoire@club-internet.fr, et, comme on dit… reparlons-en !! AdL  

Jo Charrier

Décès dans sa centième année – et dans la plus absolue discrétion – du musicien et comédien Georges « Jo » Charrier, mockyen « première période » croisé notamment dans Snobs ! (1961) et Un drôle de paroissien (1963) mais qui se fit essentiellement connaître, à la fin des années 40, comme violoniste-fantaisiste dans l’orchestre de Jacques Hélian, pépinière de talents en devenir, de Francine Claudel à Ginette Garcin en passant par le très multidisciplinaire Zappy-Max. Indépendamment de ses deux incursions chez Mocky, on se souviendra de lui, entre autres apparitions discrètes à l’écran, comme de l’employé hébété des Pépées font la loi (Raoul André, 1954), polar cocasse, ou du chauffeur de taxi bougon de Que la bête meure (Claude Chabrol, 1969), thriller psychologique de la meilleure eau. La Télévison des années 70 et 80 fit par ailleurs volontiers appel à lui, qui le vit se faufiler, généralement en queue de générique, dans Graine d’Ortie (Yves Allégret, 1973), Les Faucheurs de marguerites (Marcel Camus, 1973), divers épisodes des Cinq Dernières minutes version Cabrol/Ménardeau et même, exceptionnellement promu tête d’affiche pour la seule et unique fois de sa carrière, dans un volet de l’interminable, miteuse et pathétique ô combien série Cas de divorce (Lecourbe contre Lecourbe, 1991).  

Purple Eyes

Comment passer sous silence, sur ce site consacré au cinéma français, la disparition de l’un des derniers mythes vivants (plus maintenant, hélas) hollywoodiens ? Le portrait de la magnifique actrice que fut Dame Elizabeth Taylor (1932-2011) n’est plus à faire, et les hommages abondent un peu partout sur la toile. Alors ? Alors rappeler l’humour étonnant/détonnant de l’ex-Mrs. Richard Burton, qui la vit endosser avec panache le rôle de la belle-mère de la famille Pierrafeu ou faire en sorte d’arriver avec quinze minutes de retard à son propre enterrement. Rappeler aussi sa conception somme toute assez rare de l’amitié, qui la vit faire montre d’une fidélité indéffectible à l’égard de Michael Jackson ou accompagner dans son dernier combat son ancien partenaire de Geant, victime d’un sale virus. Rappeler enfin que Dame Elizabeth Taylor fut, à l’échelle mondiale, la première personnalité issue du monde du spectacle à avoir entrepris une croisade de chaque instant contre le SIDA, et que si elle n’avait pas ouvert la brèche outre-Atlantique, Line Renaud et Barbara n’auraient probablement pas pu agir de même en France quelques mois plus tard. Relire enfin le portrait émouvant que lui consacre Rupert Everett dans son livre de souvenirs (Tapis rouges et autres peaux de bananes, 2008). Prompt à égratigner, avec ou sans tendresse, les unes et les autres, de Catherine Deneuve à Nastassja Kinski, de Joan Collins à Josée Dayan, le comédien et mémorialiste avait su remiser provisoirement au placard son exquise langue de pute et trouver les mots justes pour portraiturer l’autre reine Elizabeth, amoindrie mais toujours souveraine, telle qu’il avait pu la croiser le temps d’une fête d’anniversaire.  

Hélène Surgère

Décès encore de la magnifique Hélène Surgère, un an et quelques semaines à peine après son entrée en tant que pensionnaire à la Comédie-Française dont elle était devenue dans le même temps la doyenne par l’âge et la « benjamine » des recrues par le fait. Appelée au sein de la grande maison afin d’y interpréter la nourrice des Trois Sœurs de Tchekhov, elle s’y était offert, de son propre aveu, le luxe d’une seconde jeunesse, forte cependant d’une carrière longue et fournie répartie sur exactement un demi-siècle. La suite et la filmographie ici, comme d’habitude.  

Nelly Benedetti

Deuxième quinzaine de mars dédidément très faste pour la Camarde, vivement avril ! Disparition, dans sa 90ème année, de la comédienne Nelly Benedetti, à la ville Mme Dominique Paturel, dont les téléphages se rappelleront qu’elle interpréta Marguerite de Navarre au petit écran (Qui a tué Henri IV ?, Stellio Lorenzi), avant de prêter ses traits à l’héroïne du premier en date d’une longue série d’épisodes de la série Commissaire Moulin (Ricochets, Alain Dhénault, 1976), puis à l’ardente bohémienne des Beaux Messieurs de Bois-Doré (Bernard Borderie, id.), les nostalgiques du cinéma de Truffaut - qui rime avec « il en faut » – auront un léger pincement au cœur à l’évocation de la Franca fiévreuse et passionnée de La Peau douce (Truffaut, 1963), les accros du doublage réentendront pêle-mêle les voix de Cyd Charisse, Jean Simmons, Rossana Podesta, Eva Marie Saint, Angie Dickinson, Janet Leigh, Ursula Andress ou Anne Bancroft dans cinquante ou soixante films qu’il serait fastidieux d’énumérer, et les historiens que nous savons être, parfois, tant il est vrai que la chose est plus gratifiante que de copier-coller le travail des autres, se souviendront qu’elle avait fait, juste avant la Seconde Guerre mondiale, partie de la même promotion au Conservatoire National d’Art dramatique, que Paula Dehelly, Clarisse Deudon, Germaine Lafaille et Maria Casarès. Voilà qui ne nous rajeunit pas, ma bonne dame…

Nadia Barentin

Disparition dans sa 75ème année, des suites d’une longue maladie, de la mère supérieure de Louis La Brocante, produit télévisuel quant à lui inférieur, et pas qu’un peu… Actrice impeccable, volontiers cocasse lorsque les circonstances l’exigeaient, fine et subtile en toutes circonstances, Nadia Barentin avait débuté à l’écran au mitan des années 60 en prêtant ses traits à la bouquetière maligne et avisée de Merveilleuse Angélique (Bernard Borderie, 1964), avant de s’imposer, la maturité venue, comme une compagne de route récurrente du Splendid première période, de l’épouse cocue, en châles de laine et sabots suédois, du chef de la communauté post-hippie des Babas-cool (François Leterrier, 1981) à la dame du vestiaire compatissante du Mariage du siècle (Philippe Galland, 1985). Servante discrète mais émérite d’auteurs contemporains « hauts de gamme », de Jean-Claude Grumberg à Roland Dubillard, Nadia Barentin, valeur sûre et attachante des planches fut en outre, côté théâtre, mise à l’honneur, en 1979, par le Syndicat de la Critique pour son interprétation dans La Maison des cœurs brisés de George Bernard Shaw et Autour de Morin de Robert Pinget. Merci, Madame.  

Michel Fortin

Comédien solide et attachant, Michel Fortin reste comme de nombreux artistes de sa génération un incontournable du cinéma hexagonal des années 70, décliné sous toutes ses facettes, de la comédie populaire poids lourd (Les Aventures de Rabbi Jacob, Gérard Oury, 1973) au film d’auteur dans l’air du temps (Bof ! Anatomie d’un livreur, Claude Faraldo, 1970 ; Une femme, un jour…, Léonard Keigel, 1974), du brûlot ravageur ou s’efforçant de l’être (Calmos, Bertrand Blier, 1975 ; Buffet froid, Blier, 1979) au blockbuster raté (Le Bon et les Méchants, Claude Lelouch, 1975), de la chronique familiale fleurant bon le thym et la farigoulette (Confidences pour confidences, Pascal Thomas, 1978) au film érotique soft fleurant bon le stupre (Les Bijoux de famille, 1974). (lire la suite...)

Roger Desmare

Disparition, dans sa 91ème année, du comédien, poète, peintre et mime Roger Desmare parfois orthographié « Desmares », troisième couteau familier aux spectateurs de Michel Deville – il en faut – et, plus encore aux téléphages des années 70. Ébouriffé et décalé, on se rappellera de lui comme du garçon de café maladroit de La Rue sans loi (Marcel Gibaud et Léon Mathot, 1950), du cordonnier serviable de Dernier Domicile connu (José Giovanni, 1969) ou du petit actionnaire râleur et revendicatif embobiné par Robert Lamoureux au dernier tiers de L’Apprenti salaud (Michel Deville, 1976). La filmographie télé de l’ancien compagnon de route et de cabaret du Mime Marceau, courant de la deuxième saison de Rocambole (Jean-Pierre Decourt, 1964) à L’Age vermeil (Roger Kahane, 1984) en passant par Bergeval père et fils (Henri Colpi, 1977) ou Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau (René Lucot, id.), est à proprement parler impressionnante, dont IMDB donne un aperçu incomplet, mais fidèle et circonstancié. Piqûre de rappel ici et lien vers le site de l’artiste .  

L'autre Annie

Disparition de la productrice, manageuse et ex-comédienne Annie Fargue (1935-2001), dont le long compagnonnage amoureux, amical et professionnel avec Michel Polnareff avait fini par occulter les activités passées de comédienne sous la direction de Duvivier (L’Affaire Maurizius, 1953), Resnais (La guerre est finie, 1965 ; Je t’aime, je t’aime, 1967) et Clouzot (La Prisonnière, 1967) à l’écran, aux côtés de Gérard Philipe (Nucléa, Henri Pichette, 1952), d’Anouk Aimée (Sud, Julien Green, 1953) sur les planches. Volontiers décriée par les Polnareffiens – Fabien Lecœuvre l’accusera, en 2007, d’avoir tout mis en œuvre pendant des années pour faire le vide autour du chanteur – mais adorée par l’homme qui pleurait des larmes de verre (et lui rendit, quelques heures après sa disparition, hommage sur sa page Facebook), Annie Fargue restera surtout comme la productrice surinspirée qui sut, la première, transposer la comédie musicale US en France, de Hair (feat. Julien Clerc et Vanina Michel) à Godspell (feat. Dave, Daniel Auteuil et Armande Altaï) en passant par Oh Calcutta ! ou le très controversé Jésus-Christ Superstar (feat. Daniel Beretta). Celles et ceux qui voudront en savoir plus sur les longues années-Polnareff d’Annie Fargue pourront se reporter aux Mémoires de l’interprète du Bal des Laze, d’Holiday et de Lettre à France (Polnareff par Polnareff, Grasset, 2004), celles et ceux qui préferont s’en tenir à sa filmographie pourront cliquer ici.  

Shapes and Colours

Tout finit par arriver à qui sait attendre, le tout est de vivre assez longtemps : bloqué, semble-t-il pour des questions de droits, depuis la nuit des temps, inédit en VHS comme en DVD, l’indispensable Loin de Manhattan (Jean-Claude Biette, 1980) débarque – enfin ! – sur le câble, pour le plus grand bonheur des fans, dont nous sommes, de Jean-Claude Biette première période. Où il sera question d’un peintre qui a mystérieusement cessé de produire pendant huit ans, d’un critique d’art dévoré par la curiosité et l’ambition, d’une galeriste d’art envoyée réparer le fiasco d’une interview ratée et finissant par s’éprendre de sa « victime », de comparses assez incroyables et d’un casting de très grande tenue, où ne manquent, et ce n’est pas plus mal, que les pénibles Noël Simsolo (enfin, si, on l’y apercevrait quand même quelques secondes) et Valérie Jeannet. Bon, et aussi Patachou et Tonie Marshall, ce qui est  déjà plus regrettable. Les nostalgiques de la grande époque « Diagonale » sauront s’en consoler en retrouvant à l’écran, 80 minutes durant, l’impeccable Howard Vernon au sommet de sa forme (et de sa haine viscérale, à la ville, à l’endroit de son principal partenaire masculin, ce qui profite au film), la touchante ô combien Sonia Saviange et sa sensibilité à fleur de peau, l’ébouriffante Laura Betti et sa délicieuse folie tout en retenue, l’impressionnante Michèle Savin (il n’y en avait qu’une, Biette semble l’avoir inventée), le décoiffant Michel Delahaye, l’hallucinant – déjà ! – Piotr Stanislas, le fragile Emmanuel Lemoine, les Bouvet mère et fils, et pas mal d’autres, d’ailleurs plus que pas mal. Loin de Manhattan est assurément l’un des films français les plus beaux, les plus intelligents, les plus tendres, les plus iconoclastes et les plus drôles tournés à l’aube des années 80, ceux qui ont eu la chance de le découvrir sur grand écran savent déjà pourquoi, les autres pourront toujours vérifier la véracité de nos dires sur CinéCinéma Club à dater de ce soir… À propos, vous reprendrez bien un peu de bleuade et de tarte aux lentilles broyées ?  

L’autre Catherine

C’est un peu marre, toutes ces morts, on n’arrive plus à suivre, et à cette cadence, il sera bientôt plus simple de lister/filmographier les comédiennes vivantes plutôt que celles récemment disparues. Deux semaines après la brune Maria Schneider, deux semaines avant Annie Girardot et Jane Russell, le hasard, assez chien sur ce coup-là, a voulu que la blonde Catherine Jourdan (1948-2011), ex-égérie des deux Alain – Robbe-Grillet et Fleischer – s’éclipse sur la pointe des pieds, de surcroît en pleine rétrospective Jacques Baratier, ce qui ne constituera pas, assurément, la raison la plus stupide au monde d’espérer une réédition rapide de L’Araignée de satin (1985) en dvd, blu-ray ou quelque format que ce soit. Sinon, on pourra toujours se rabattre au mieux sur l’impeccable Le Samouraï (Jean-Pierre Melville, 1967), au pire sur l’ineffable Quatre Charlots mousquetaires (André Hunebelle, 1973) et son « codicille » même topo À nous quatre, Cardinal ! (Hunebelle, 1973). Et pour la filmo, comme d’hab’, il suffira de cliquer ici.  

Annie Girardot

1931-2011

Les marchands de vin, patrons de distillerie et autres petits producteurs viticoles sont tristes, les amoureux du septième art encore plus. Michèle Alliot-Marie dûment renvoyée à ses foyers (et à sa très opaque fondation), la semaine semblait pourtant bien partie, et puis non ! Annie Girardot, comédienne immense et magnifique comme on n’en fait que trois ou quatre par siècle, s’en est allée, elle aussi – mais pour d’autres raisons – et ce sont aussitôt des centaines d’images qui défilent : Annie Girardot revue et à peine corrigée par Claude Véga, Annie Girardot jurant par tous les saints du Paradis n’avoir jamais eu aucun problème avec l’alcool, jamais, face à Patrick Sabatier éberlué (et on ne dira, précisément, jamais assez à quel point le savoir-mentir, surtout lorsque les circonstances l’exigent, reste le B-A-BA du métier de comédienne), Annie Girardot en larmes lors d’une Nuit des César assez inoubliable… Et puis Annie Girardot radieuse et belle au premier tiers de Mourir d’aimer… (André Cayatte, 1970), Annie Girardot irrésistible de drôlerie et de classe tout au long du quatrième et dernier sketch d’Amours célèbres (Michel Boisrond, 1961), Annie Girardot poignante, du début à la fin, dans Le Mari de la femme à barbe (Marco Ferreri, 1963), Annie Girardot rivalisant de roublardise et d’autorité avec Jean Gabin et Lucienne Bogaert dans l’avant-dernière séquence de Maigret tend un piège (Jean Delannoy, 1957), Annie Girardot élevant par sa seule présence l’incroyable, lourdingue et pathétique Déclic et des claques (Philippe Clair, 1964) au rang de chef-d’œuvre incompris, Annie Girardot âpre jusqu’à l’insoutenable dans le long flashback de Partir, revenir (Claude Lelouch, 1984), preuve cinématographique par neuf que si les bons comptes font souvent les bons amis, les mauvais films font parfois les grands rôles, Annie Girardot, enfin, immortalisée comme rarement actrice l’aura été par le regard, élégantissime et juste s’il en fut, de Luchino Visconti (Rocco et ses frères, 1960). Annie Girardot vient de s’absenter, définitivement cette fois, et contrairement à Michèle Alliot-Marie, elle ne reviendra pas par la porte de service d’ici un mois ou deux. Le contraire eût peut-être mieux valu. Les plus chanceux (ou les plus âgés) garderont plus que probablement intact le souvenir mêlé de Dorine et de Frosine, d’une Marilyn Monroe plus fragile que nature (Après la chute, Arthur Miller, 1965) et d’une éblouissante Madame Marguerite (Roberto Athayde, 1975 et 2001/2002), les autres pourront toujours se rabattre sur les films, ils ne manquent pas, Bertrand Blier et Claude Lelouch battre leur coulpe et regretter publiquement ne pas l’avoir davantage fait tourner (qui les en a jamais empêchés ?). Annie est partie, l’itinéraire Girardot reste, qui court de Vivre pour vivre (Lelouch, 1966) à Merci la vie (Blier, 1990), du « kulte » Érotissimo (Gérard Pirès, 1968) au méconnu La Vie continue (Moshe Mizrahi, 1980), de Trois Chambres à Manhattan (Marcel Carné, 1965) et sa Française expatriée à La Pianiste (Michael Haneke, 2000) et son ébouriffante mère-épave. Et comme il n’existe pas encore à ce jour, sauf erreur de notre part, de « Prix Annie Girardot », le mot de la fin – mais pas de la soif, manquerait plus que ça – qui s’impose sera le suivant : à la bonne vôtre, Madame, et merci pour tout. AdL

NB : Pour des raisons purement techniques, la (longue) filmographie cinéma d’Annie Girardot et les liens vidéo correspondants ne seront mis en ligne que d’ici quelques jours, ce dont nous prions, par avance, les fidèles de ce site de bien vouloir nous excuser.

Marco Perrin

Pour une fois qu’hommage sur L’@ide-Mémoire ne rime pas avec nécro… C’est par la blogosphère que nous venons à prendre la mise en chantier d’un documentaire concerné à Marco Perrin, disparu des écrans du jour au lendemain, il y aura bientôt presque trente ans, par l’un de ses admirateurs. Sincère et surmotivé, Jérémy Kaplan a su, par sa ténacité, convaincre le comédien, absent des planches comme des studios depuis un AVC survenu en 1983 et retiré dans le Sud-Ouest parisien, de prêter son indispensable concours au projet, précédé ou rejoint, selon les cas, par Bertrand Blier, Brigitte Chamarande, Joël Séria et Henri Tisot (lire la suite...).

Louise Dhour

Jean Rollin, réalisateur " kulte " et paresseux – les deux choses n’ayant jamais été absolument incompatibles en soi – qui bavait volontiers sur le cinéma de Godard tout en ayant passé pas loin d’un demi-siècle à refaire pas le même film mais presque (un boudin, un nain, un clown, un ou une vampire, une horloge, un cercueil, la mer, un boudin, un nain, un clown, un ou une vampire, une horloge, etc.) avec des fortunes diverses, savait parfois, force est de le reconnaître, s’entourer d’interprètes passionnants. En témoigne la présence récurrente ou pas, selon les cas, dans son abondante et inégale filmographie, de Michel Delahaye et Jacques Robiolles, buveurs de sang géniaux (Le Frisson des vampires, 1970), de R.J. Chauffard, gardien du temple impavide (La Vampire nue, 1969), de Paul Bisciglia, paysan sanguinaire (Les Raisins de la Mort, 1977), de Bernard Musson, sorcier ébouriffé (La Fiancée de Dracula, 1999), de Marie Laurence, religieuse émouvante (La Fiancée de Dracula, id.), des incroyables Jean Aron, Willy Braque et Maurice Lemaîte, ou encore de la captivante Dominique Grousset, présente par intermittence du début (Requiem pour un vampire, 1971) à la presque fin (La Nuit des Horloges, 2006). Loin du pénible Thomas Smith (La Fiancée de Dracula), de l’insupportable Jacqueline Sieger (Le Viol du vampire, 1967) ou de l’éteint – et un peu flapi – Jean-Loup Philippe (Lèvres de sang, 1974), Louise Dhour, dont un site ami consacré au cinéma bis a été le premier a signaler sa disparition, était de ces artistes méconnu(e)s, rares au propre comme au figuré, dont le souvenir semble réservé aux seuls initiés. Et c’est dommage. La suite, les filmographies cinéma et télévision, ainsi qu’une galerie d’affiches, sont rassemblées ici. 

Robert Liensol

Disparition aussi, consécutive à une mauvaise chute survenue à son domicile parisien, de Robert Liensol, doyen – depuis le décès, il y a quelques mois, de la centenaire Jenny Alpha – des comédiens antillais. Co-fondateur il y a plus d’un demi-siècle, avec Darling Légitimus et Georges Hilarion, de la première compagnie de théâtre composée d’acteurs noirs, « Les Griots », Robert Liensol s’était notamment illustré à leurs côtés lors de la création, en octobre 1959, de la pièce de Jean Genet, Les Nègres, mise en scène par Roger Blin. Incontournable du cinéma de Med Hondo, qui le fit débuter au grand écran, et dans le même temps pilier solide de la galaxie Christian Lara, c’est à ce dernier qu’il dut, à la toute fin des années 70, le rôle-titre – l’un des plus importants de sa longue carrière – de Coco La Fleur (1978), prélude à d’ultérieures retrouvailles « de celluloïd », dont la dernière en date, Pani Pwoblem (en post-production à l’heure où nous rédigeons ce bref hommage), sera peut-être, par la force des choses, la plus émouvante. L’hommage circonstancié rendu à Robert Liensol, quelques heures après sa disparition, par Christian Lara est accessible ici et sa filmographie l’est en cliquant .

Christian Le Guillochet

Après Laurent Terzieff (1935-2010), c’est une autre figure à jamais liée à l’histoire du Théâtre du Lucernaire qui vient de éteindre, en ce mois de février frileux. Cofondateur, il y a quarante ans, avec son épouse, la comédienne Luce Berthommé (1945-2004), et l’ex-interprète des Tricheurs de ce lieu unique en son genre, créé rue d’Odessa avant de se voir détruit et « reconstruit » rue Notre-Dame des Champs, Christian Le Guillochet, restera bel et bien l’homme de tous les combats (lire la suite...).

Jeannette Batti

À l’instar de son époux Henri Génès, disparu en 2005, Jeannette (Janette à ses débuts) Batti était une comédienne solide – à tous les sens du terme – dont le seul tort fut de s’être laissé dévorer toute crue par le ban et l’arrière-ban des plus mauvais cinéastes des années 40 et bien après, de Jean-Paul Paulin à Bernard Launois, en passant par René Jayet, Michel Gérard et les deux Jean (Loubignac et Laviron). Perdus au beau milieu d’une filmographie en dents de scie à faire pâlir de jalousie Alice Sapritch, Paul Préboist, Patrick Topaloff et Sim eux-mêmes jusqu’au fin fond de leurs tombes respectives, on retiendra néanmoins, appréciés dans les trois cas à leur juste valeur, son incursion éclair dans la sphère Duviver (La Fête à Henriette, 1952), son passage furtif au sein de la galaxie Guy Gilles (Le Clair de terre, 1969) et l’image, bien plus pérenne de la Marinette de La Traversée de Paris (Claude Autant-Lara, 1956) (lire la suite...).

Rien, voilà l’ordre

Tandis que nos camarades tunisiens et égyptiens nous apportent sur un plateau la preuve par neuf qu’il est parfaitement possible, avec un peu (beaucoup) de bonne volonté, de virer des chefs d’État incompétents en l’espace de quelques semaines, pendant que Patrick Poivre d’Arvor et Michèle Alliot-Marie rivalisent à seule fin de savoir lequel ou laquelle des deux parviendra à se débarrasser enfin de son écharde dans le pied – ou de sa valise pleine d’enclumes, c’est selon, – sur l’explication la plus tirée par les cheveux, et que TF1 – la chaîne dont le fils de Jean-Pierre Castaldi et Catherine Allégret est depuis hier soir l’animateur le plus érudit – nous martèle en boucle que Marthe Mercadier (on achève bien les chevaux) est une star (!!), la marchande de verres Atoll Adriana Karambeu aussi et le néo-philosophe André Manoukian pareillement, nous commençons à nous dire, à L’@ide-Mémoire, que la vie, la vraie, pourrait bien être ailleurs. En Tunisie, donc, en Égypte, peut-être bientôt en Algérie, et – pour ceux qui, un peu comme nous, n’ont pas la carte permettant de parcourir le Nord de l’Afrique en jet privé – entre les pages d’un livre de Philippe Azoury (À Werner Schroeter qui n’avait pas peur de la mort, Capricci, 2010) à offrir à tous ses amis ou via une plongée en apnée dans l’œuvre filmée de Jacques Baratier, telle qu’on peut la redécouvrir en ce moment, au choix, dans les fauteuils de la Cinémathèque française ou sur CinéClassics (lire la suite...).  

Tura ! Tura ! Tura !

 

Au lendemain même de la disparition précoce de Maria Schneider, c’est une autre actrice au magnétisme rare et au curriculum-vitæ cinéma parfois sulfureux, l’Américano-Nippone Tura Satana (10/07/1938-04/02/2011), qui vient de se faire prématurément la malle sans crier gare. Ses bios officielles nous rappellent qu’avant de devenir ad vitam æternam la plus sublime des karatéchattes jamais imaginée par un cinéaste, la captivante ô combien Tura Tura Luna Pascual Yamaguchi, future Satana, prit en son très jeune temps la tête d’un gang de filles, fut mariée par ses parents à l’âge de treize ans après avoir subi un viol collectif alors qu’elle n’en n’avait que neuf (on ne sait ce qui est pire), posa régulièrement devant l’objectif de l’ex-acteur-réalisateur Harold Lloyd devenu sur le tard un photographe coquin réputé, connut un flirt plus que prolongé avec Elvis Presley (auquel elle apprit à bouger son bassin en cadence au propre comme au figuré) à la fin des années 50 et prêta, au début de la décennie suivante, son physique avantageux à la prostituée asiatique d’Irma la Douce revue et corrigée par Billy Wilder (1960), devenu au passage l’un de ses meilleurs amis. Russ Meyer, à qui elle doit d’être définitivement passée à la postérité, rapporta dans un livre d’entretiens paru dans les années 80 que lorsqu’elle dut renoncer à gagner sa vie comme gogo-danseuse et comédienne, l’ex-bikeuse sadique de Faster Pussycat ! Kill ! Kill ! (1965) passa avec succès un diplôme d’infirmière, à la plus grande joie – ou la plus grande frayeur, selon les cas – des malades parfois à peine sortis de réanimation (ou du coma) et voyant débarquer à leur chevet une bombe eurasienne en blouse blanche arborant un badge comportant pour seule et unique inscription « Nurse Satana ». Au cours de la seconde moitié des années 2000, Myspace, Facebook et Youtube – liens ici, ici et – avaient familiarisé les fans ultimes, disséminés aux quatre coins de la planète, avec l’image d’une grosse dame aux yeux bridés et à (plus que jamais) très forte poitrine, adorée des gays et n’ayant rien perdu de son humour ravageur ni de sa grande lucidité. Definitively Varla.  

Viva Maria !

Disparition dans sa 59ème année (c’est fou comme le temps passe vite, parfois) de Maria Schneider, comédienne rare qui connut dans la même temps la consécration et le déclin, ce qui était mérité dans un cas, particulièrement injuste dans l’autre. On a beaucoup reparlé sur la toile, au cours des 48 heures écoulées, des blessures de l’actrice, abîmée – euphémisme – par Marlon Brando durant le tournage du Dernier Tango à Paris (1972), du comportement jugé démissionnaire par la principale intéressée de Bertolucci durant le tournage, d’un grand sentiment d’injustice aussi vis-à-vis de son géniteur, qui ne fit jamais publiquement mystère des liens du sang les unissant tout en s’abstenant de la reconnaître légalement (lire la suite...). 

J - 100

Autant dire que le plus long et le plus dur (sans jeu de mots) est passé : plus que cent petits jours – moins qu’il n’en n’aura fallu au petit homme préféré de notre confrère Jean Tulard et de l’actuel président de la République pour reperdre son trône – avant la sortie du tant attendu Dictionnaire des Films Érotiques & Pornographiques 16 et 35 mm concocté depuis des années par le très érudit et très éclectique Christophe Bier, devenu éditeur pour les besoins de la cause et entouré de l’équipe de choc que l’on sait. Projet choral plus encore que collectif, le fameux dico, dont l’éphémère revue CinÉrotica avait, en son temps, partiellement livré la première mouture, se prévaut à l’arrivée d’une vingtaine de signatures – et d’autant de points de vue – de marque, l’ours rassemblant pêle-mêle transfuges de la défunte Saison Cinématographique et contributeurs réguliers de L’@ide-Mémoire (à commencer par l’auteur de ces lignes et l’indispensable Italo Manzi), programmateurs de cinémathèques et contributeurs réguliers de presse écrite, spécialistes pointus des « sous-genres » et inconditionnels du cinéma « bis » sous toutes ses formes (lire la suite...).

G le Maudit

Dans le top 70 de la colossale Encinéclopédie de Paul Vecchiali, il occupe la deuxième place du podium, juste après Max Ophuls, immédiatement avant Duvivier, loin devant le trio de tête Renoir-Guitry-Pagnol. Paradoxe : on lui doit quelques-uns – huit au moins – des plus beaux films (Maldone, Gardiens de phare, La Petite Lise, Gueule d’Amour, L’Étrange Monsieur Victor, Remorques, Le ciel est à vous, Pattes-Blanches) de l’histoire du Cinéma français, toutes époques confondues, et seuls trois titres (Gueule d’Amour, hélas en version caviardée (!), Remorques et L’Étrange Mme X) sur la quinzaine que comporte l’œuvre sont aujourd’hui disponibles au format DVD. À dire vrai, parlerait-on encore aujourd’hui de « Jean Grémillon, cinéaste », n’eût été le formidable travail entrepris à son propos par une poignée de cinéphiles convaincus, de Noël Burch (et Geneviève Sellier) à Noël Herpe, en passant par Vecchiali précisément, dont un texte assez magnifique en son genre, datant de 1981, sert de préface à l’ébouriffante anthologie de textes et propos éditée parue à l’Harmattan en novembre dernier ? (lire la suite…).  

Janine Souchon

Second rôle solide et figure emblématique de la production « grand public » des années 70, Janine Souchon fut toutes proportions gardées au cinéma de Claude Pinoteau ce que Pauline Carton fut en son temps à celui de Sacha Guitry. Truculente et bougonne, abonnée aux emplois ancillaires qu’elle savait, le cas échéant, pimenter d’acidité, et faisant montre en toutes circonstances d’une réelle subtilité de jeu, elle marqua d’une empreinte bien réelle des personnages généralement hauts en couleur, plus proches en définitive de l’eau-forte que de la caricature (lire la suite...).

Betty Stockfeld

Invitée d’honneur quasi attitrée du cinéma français de la seconde moitié des années 30, la comédienne d’origine australienne Betty Stockfeld (1905-1966) savait mieux que toute autre mêler savamment et suavement élégance et fantaisie, confondre étroitement glamour et pétulance et rendre attachantes les créatures les plus apparemment superficielles nées sous la plume de Sacha Guitry, Jacques Deval ou Yves Mirande. Codédicataire, avec Elvire Popesco et Mila Parely, du premier volume de L’@ide-Mémoire paru en 2006 (et bientôt réédité), c’est en toute logique que la capiteuse mais subtile interprète de la Margaret Brown d’Ils étaient neuf célibataires a refait son apparition dans le Ceux de chez lui ou le Cinéma de Sacha Guitry et ses interprètes, portraiturée dans les deux cas par un Raymond Chirat ne tarissant pas d’éloges. La preuve ici

Georges Staquet

Disparition dans sa 79ème année d’un comédien solide, probe et généreux en la personne de Georges Staquet – parfois orthographié Stacquet – dont, par manque de temps (hélas), on rappellera qu’il fut des feuilletons télévisés à succès de Claude Barma, de Belphégor (1964) en Rois maudits (1972), qu’il entreprit au milieu des années 60 un compagnonnage intermittent mais réparti sur exactement deux décennies avec Jean-Luc Godard (Bande à part, 1964 ; Pierrot le Fou, 1965 ; Week-end, 1967 ; Je vous salue, Marie, 1984) et qu’on le croisa aussi bien dans Ogro (Gillo Pontercorvo, 1979), film d’accès difficile, que dans le multirediffusé Le Maître d’école (Claude Berri, 1981), où il figurait le père de Coluche. Bonne route à vous, Monsieur.

Philippe A et Josette K

L’autre livre qui a accompagné ces trois jours passés loin de Paris est à la fois la chronique d’une période, n’est ni tout à fait un roman, quoi qu’en ait son très élégant auteur, ni tout à fait un recueil de souvenirs, mais bel et bien la chronique, élégante mais lucide et sans fard, de trois décennies ou presque de vie intellectuelle se confondant de bout en bout avec celle d’une famille française. Pour ceux qui l’ont fréquenté de près, c’est surtout un magnifique portrait en creux du regretté Philippe Arnaud (1951-1996), éclairant en termes choisis et délicats la complexité du personnage, éminemment attachant, et les multiples zones d’ombre, volontiers entretenues, que pressentaient ses proches, mais n’en levant pas pour autant complètement le voile – qui l’aurait pu, fût-ce au sein de sa famille ? – sur les paradoxes inhérents, et presque « constitutionnels », propres à l’auteur des meilleurs essais jamais consacrés à Robert Bresson, à Sacha Guitry et à la Rencontre au cinéma. Lorsqu’il n’allait pas bien, Philippe Arnaud n’avait pas son pareil pour s’esquiver sur d’élégantes et facétieuses pirouettes, dont l’une suffisait à le dépeindre entre mille. « Je ne vois pas pourquoi on raconte partout que Bob [Bresson] est un cinéaste froid et austère. Je suis allé chez lui, j’ai fait un tour dans sa salle de bain, elle est beaucoup plus chaleureuse qu’on ne l’imagine : sa baignoire possède un robinet d’eau froide et un autre d’eau glacée ! ». Le (beau) livre de Claude Arnaud refermé, on comprend mieux pourquoi, près de quinze ans après la disparition (?) accidentelle de Philippe dans les eaux de ce littoral corse qu’il adorait depuis l’enfance, le fantôme de Josette Khannibal, le double féminin et revêche qu’il avait inventé à seule fin de dissuader importuns et fâcheux, continue de hanter autant les murs d’une Cinémathèque française dont il avait su, entre grande érudition, curiosité inétanchable, générosité de chaque instant et humour vif-argent, devenir un élément plus indispensable encore qu’incontournable. Son aile indubitable en nous.

Claude Arnaud, Qu’as-tu fait de tes frères ?, Éditions Grasset, 2010, 370 p., 19 €.

Philippe Arnaud, Les Paupières du visible – Écrits de cinéma, Éditions Yellow Now, 2001, 256 p., 12,50 €. 

Philippe Arnaud, … Son aile indubitable en moi, Éditions Yellow Now, 1996, 64 p., 7,50 €.

Philippe Arnaud, Robert Bresson (préface d’Alain Bergala), Éditions Cahiers du Cinéma, 1988, réédité dans la collection « Petite Bibliothèque des Cahiers du Cinéma », 9,97 €.  

La si jolie vie de...

Trêve hivernale oblige, l’auteur de ce qui suit est descendu se gaver de foie gras (Brigitte, si tu nous lis…) et de vieil Armagnac dans le Sud-Ouest, laissant son abonnement au câble à Paris et des montagnes de DVD en instance de visionnage itou, mais pas ses livres (et puis quoi encore ?). Entre la dinde aux marrons et le magret de canard aux cèpes, il s’est donc, accessoirement, repu des souvenirs goûtus de Sylvie Joly, qui se lisent vite, qui se lisent bien, et qui ont le mérite, surtout, de rappeler que la dame, cantonnée (mais avec quel panache !) aux seconds rôles par le grand écran, a bel et bien été, sur les planches, l’une des piliers one woman show « à la française », annonçant avec deux décennies d’avance Valérie Lemercier et Florence Foresti, ce qui est assez formidable en soi, mais aussi Anne Roumanoff et Muriel Robin, ce qui prouve que l’enfer est décidément pavé de bonnes intentions. Ou l’on verra donc pêle-mêle Bernadette Chodron – bien porté – de Courcel, future Mme Jacques Chirac, encore adolescente mais déjà très bien coiffée, aider la future humoriste à rattraper des cours régulièrement séchés, la grande mais lucide Mireille (articulez mon petit) suggérer perfidement à la débutante Charlotte Julian de s’en retourner à Perpignan le plus rapidement possible, la non moins grande Zouc, dépeinte sous un jour somme toute assez inattendu, soumettre les programmateurs télé des années 70 au dilemme-dictat (somme toute assez inélégant) « c’est Sylvie Joly ou moi », l’immense (?) Madeleine Robinson pourrir au quotidien la vie de ses partenaires de théâtre (air connu), ou encore Jean-Pierre Marielle, paniqué au vu de l’accueil de Calmos (Bertrand Blier, 1975) lors de sa sortie en salles, hurler sur tous les toits, ou presque, ses craintes voir sa carrière définitivement foutue. C’est, en revanche, avec une infinie pudeur, mais sans langue de bois, que la grande Sylvie expédie en quelques lignes, à la toute dernière page, la révélation de la maladie – la même que Jean-Paul II, ce qui en jette et pas qu’un peu – qui l’éloigne depuis deux ans de la scène comme des plateaux de tournage, et c’est peu dire que nous n’en attendions pas moins d’elle. Absolument. Absolument.

Sylvie Joly, C’est votre vrai nom ?, Éditions Flammarion, octobre 2010, 351 p., 19,90 €.

www.sylviejoly.com  

L’œil du (petit) malin

Le principal talent de Claude Chabrol a été, pendant cinquante ans, de faire croire qu’il était un grand, voire un très grand cinéaste, là où il se rangeait, de toute évidence, du côté des petits maîtres et des faiseurs volontiers habiles : il est loin d’être le seul (Truffaut même combat), et, tous domaines confondus, chaque époque a les grands artistes, généralement proclamés à la va-vite et pour de mauvaises raisons, qu’elle mérite. La truculence, toute sympathique soit-elle, la facilité à enchaîner les tournages, la capacité à se façonner dans la durée un personnage public identifiable et populaire, mi-érudit, mi-bon vivant, le fait même d’avoir participé, dans une autre vie, à l’émergence de la Nouvelle Vague, capital pérenne aux yeux des historiens, n’ont jamais suffi en soi à faire le talent, et le génie encore moins. Au moment de sa disparition, somme toute encore récente, vestales et pleureuses de profession, étrangement frappées d’amnésie collective quant au fait qu’il n’avait pas tourné un seul film à peu près potable depuis Betty (1991 : ça date un peu), ont même cru devoir agiter à son propos – la grand messe officielle organisée en l’honneur du défunt sur le parvis de la Cinémathèque française les y autorisait – le spectre de Buñuel, ce qui dénote au choix une fâcheuse propension à l’exagération ou une méconnaissance profonde de l’œuvre du grand Luis : la doxa, encore et toujours. Il n’empêche… Toute foutraque ait-elle pu être, la filmographie abondante (trop ?) du « grand Charles » – qui rime avec « tu parles » – recelait bel et bien d’authentiques pépites, et ce sont, on s’en réjouira, ces pépites-là que les programmateurs de Cinéclassics ont choisi de remettre à l’honneur, le temps d’un cycle, qui permettra de voir et de revoir jusqu’à plus soif Les Biches (1967), La Femme infidèle (1968), Le  Boucher (1969) et, surtout l’hallucinant-halluciné La Rupture (1970), films passionnants constituant à eux quatre une sorte de parenthèse enchantée dans l’œuvre prolifique de Chabrol, et dont il n’est peut-être pas exagéré de dire qu’ils doivent beaucoup, rétroactivement, à l’indicible présence de Stéphane Audran.    

Bernard-Pierre Donnadieu

Nous reviendrons dès que faire se peut sur la disparition récente, dans sa 62ème année, de Bernard-Pierre Donnadieu, comédien intègre et rare emporté par un cancer lundi matin. En attendant des jours plus fastes, la filmographie de cet ancien élève de Robert Hossein, lauréat de prix d’interprétation au Festival de Madrid et d’Oporto pour sa prestation dans L’Homme qui voulait savoir (George Sluizer, 1988) et d’un FIPA d’or du Meilleur Acteur pour son interprétation du syndicaliste du téléfilm Jusqu’au bout (Maurice Failevic, 2005) est disponible ici.  

Le dernier des Branquignols (ou presque)

Disparition, à l’âge - tout de même - respectable de 91 ans, du comédien, chanteur d’opérettes et ex-« Branquignol » Robert Destain, dont les nostalgiques de la comédie populaire telle qu’elle se pratiquait au cours des années 50 et 60, n’oublieront ni le hussard chantant entrevu dans l’avant-dernier tableau d’Ah ! Les Belles bacchantes… (Jean Loubignac, 1954), ni la folle chiffons hystérique par lui composée tout au long du Couturier de ces dames (Jean Boyer, 1956), ni le baron guindé complimentant Louis de Funès/Septime pour la bonne tenue, la carte de choix et le service impeccable de son Grand Restaurant (Jacques Besnard, 1966).

Photo extraite de La Zizanie (Claude Zidi, 1977), Studiocanal DR.

Un enfant du siècle

Les destins itinérants font souvent les grands hommes, et tous les Nikos (heureusement) ne se nomment pas Aliagas. Né en Éthiopie de parents grecs, Nico/Nikos Papatakis fut longtemps le compagnon de route d’André Breton, de Sartre et des Prévert, sous la houlette desquels il effectua ne débuta pas à l’écran, mais presque : dans le foutraque Voyage-surprise (Pierre Prévert, 1946), barbu comme un jeune faune et sexy en diable, il composait non sans humour un soldat d’opérette amoureux fou d’une reine naine et sadique – Piéral, jouant sa participation de bout en bout sur le mode Marguerite Deval – par lui traitée comme si elle était Greta Garbo ou Marlene Dietrich en personne(s). Le producteur inspiré d’Un chant d’amour (Jean Genet, 1950) puis de Shadows (John Cassavetes, 1959), le Pygmalion génial de la brune Juliette Gréco, qu’il fit débuter à « la Rose Rouge », puis de la blonde Christa Päffgen, qui fut sa compagne et lui emprunta son pseudonyme de « Nico », firent peu à peu oublier l’ancien partenaire à l’écran de Tino Rossi (Le Gardian, Jean de Marguenat, 1945), comme le réalisateur, sincère et engagé, occulta par la suite quelque peu le souvenir de l’ancien prévertien, un temps marié à la toute jeune Anouk Aimée. Disparu à 92 ans, Nico Papatakis aura, au final, traversé le siècle avec bien plus d’élégance et d’à-propos que bon nombre de Français de souche (et non des moindres), peut-être parce que son éthique le plaçait d’instinct du côté des plus faibles et des marginaux. Brice, Éric et les autres, si vous nous lisez…

Bonne chance !

Nos amis d’ISI Print ont accompli des prodiges, et le premier tirage de Ceux de chez lui ou le Cinéma de Sacha Guitry et ses interprètes – Volume 1 vient de nous être livré avec 24 heures d’avance (alléluïa…). Les premiers envois partiront demain après-midi, et l’occasion nous a semblé trop belle pour ne pas remercier ici, avant d’aborder la finalisation et les corrections du Volume 2, l’ensemble des personnes nous ayant permis, à Raymond Chirat, à Italo Manzi et à moi, de mener cette première partie de l’aventure à terme : Stéphane, cheville ouvrière du projet depuis le premier jour, Christophe Bier, dont le blog figure depuis peu parmi les liens « amis » et dont nous attendons impatiemment la sortie du Dictionnaire des Films français érotiques & pornographiques en 16 et 35 mm chez Serious Publishing début 2011, René Chateau qui nous a gracieusement autorisés à reproduire en première de couverture le visuel, extrait du film Bonne Chance ! (1935), que nous avions choisi, Thabory Fernatos et Jean-Pierre Pecqueriaux, cinéphiles éminents et filmographes comme on n’en fait plus, Christian Léciagueçahar dont le défunt ou presque Coin du Cinéphage ne devrait plus tarder à renaître de ses cendres, les lecteurs, enfin, présents et futurs, des deux premiers tomes de L’Encyclopédie des Longs Métrages 1929-1979, dont la fidélité nous touche et le nombre croissant nous réjouit. En ce qui nous concerne, il est encore un peu trop tôt pour dire si nous éditerons en premier lieu le troisième volume de l’Encyclopédie ou le second tome consacré aux « guitryens », mais une chose est d’ores et déjà acquise, c’est qu'un nouvel arrivage de L’@ide-Mémoire est d'ores et déjà prévu pour le printemps 2011.

Rendez-vous donc dans trois mois pour les moins pressés, par courrier, courriel ou téléphone pour les plus impatients, et pour les uns comme pour les autres, sur ce site que nous continuerons d’alimenter régulièrement en attendant nos prochaines publications. Joyeuses fêtes de fin d’année à tous, et à l’attention plus particulière de celles et ceux qui n’ont pas encore eu le privilège rare de les visionner, les deux piqûres de rappel qui s'imposent : l’intégrale DVD Pierre Étaix est disponible depuis plus d’un mois, à consommer sans modération, du superbe Le Soupirant (1962) au sublime Yoyo (1964) en passant par l’étonnant/détonnant Pays de Cocagne (1969), et la quasi-totalité de l’œuvre filmée de Sacha Guitry l’est toujours chez Gaumont DVD et aux Éditions René Chateau. À très vite… Armel De Lorme.

Photo : Sacha Guitry et Jacqueline Delubac dans Bonne Chance ! (Sacha Guitry et Fernand Rivers, 1935), Éditions René Chateau DR.  

Sacha Guitry, quatrième

On a longtemps écrit – c’était un tort – que Jacqueline Delubac ne savait pas jouer, qu’elle avait le regard vide et qu’elle donnait toujours un peu, face à la caméra, le sentiment de ne pas tout à fait comprendre le sens de ses répliques. Des baffes. Au moment précis où les portraits des comédiens guitryens offerts aux internautes s’apprêtent à passer le relais à ceux, bien plus nombreux, proposés dans notre dernier opus papier (Ceux de chez lui ou le Cinéma de Sacha Guitry et ses interprètes), il nous donc a semblé opportun de clore (provisoirement) cet hommage on line sur un clin d’œil à l’exquise « Jacquot », comédienne de grande classe et de grand talent, dont le seul tort, en son temps, fut peut-être d’avoir ou deux ou trois décennies d’avance dans sa manière, irrésistible et unique, de jouer la comédie. La suite ici   

Sacha Guitry, troisième

Comédien assez magnifique en son genre, bien que venu sur les planches un peu par accident, le grand Claude Dauphin (Legrand était du reste son véritable patronyme) méritait bien un hommage double. C’est donc, en marge du texte qui paraîtra dans Ceux de chez lui ou Le Cinéma de Sacha Guitry et ses interprètes, un inédit signé Raymond Chirat que nous avons choisi pour faire suite aux portraits déjà en ligne de Magali Noël et d’André Lefaur, rappelant au passage qu’il est toujours possible de se procurer aux Éditions René Chateau le rare mais intense Cyrano de Bergerac de Fernand Rivers (1945), dont Claude Dauphin – infiniment supérieur ce faisant au déjà pénible Gérard Depardieu – interprétait le rôle-titre. Entre classe et panache, comme il se doit.

Yann Gonzalez

Il n’a réalisé pour l’heure que quatre courts métrages, dont trois multiprimés, mais a probablement, alors même que nous achevons la rédaction de ce chapô de circonstance, bouclé le tournage du cinquième, prépare en parallèle son premier long, d’ores et déjà très attendu, et compte assurément, depuis deux ou trois ans, parmi les jeunes cinéastes les plus prometteurs de sa génération. Yann Gonzalez, à l’opposé de la majeure partie de ses pairs, cite plus volontiers Jean Rollin « première période » et Dario Argento que Claude Sautet et Jean-Loup Dabadie, ce qui suffit en soi à faire de lui quelqu’un d’éminemment fréquentable. Il a, bien avant le pénible Pascal Thomas, fait débuter Julien Doré à l’écran, révélé la troublante Kate Moran, imposé le magnifique Salvatore Viviano, alternative jeune, gay et classieuse à Fabrice Luchini, et, dans les trois cas, on ne lui en saura jamais assez gré. Il a un vrai regard – au sens non galvaudé du terme – de cinéaste, où lucidité, causticité, remise en question permanente et poésie visuelle font bon ménage, et ressemble assez, au final, à ce qu’à L’@ide-Mémoire, nous attend(i)ons d’un réalisateur français des années 2010 : un jeune homme moderne, curieux, sensible et insolent, revendiquant haut et fort, comme Olivier Assayas en son jeune temps, une culture pop rock plutôt chiadée, mais parfaitement capable, ce faisant d’aller traîner ses guêtres du côté de chez Cocteau ou de Pasolini. Au final, le monde en chantier permanent de Yann Gonzalez, s’il fait rimer comme aucun autre viscéralité et légèreté, altérité et âpreté, doit davantage aux images traumatiques et aux petits maîtres de la série B qui peuplèrent ses visions d’adolescent cinéphile et cinéphage qu’à l’univers formellement maîtrisé mais un rien cul-serré de François Truffaut – véritable tarte à la crème de deux ou trois générations au moins de réalisateurs passés par les fourches caudines des facs de cinéma –, ce qui, là encore, suffit à vous poser un réalisateur bien plus intéressant que la moyenne. Nous sommes donc très fiers d’étrenner les plâtres de notre rubrique « entretiens » par une itv long drink de ce garçon monstrueusement doué, où il sera plus que de raison question de transgression(s) et de culture gothique, de cannibalisme et d’amitié, de Nicole Brenez et de Nicole Stéphane, de Marie France et de Maud Molyneux, de Danielle Darrieux et de David Lynch. Moteur !  

Sacha Guitry, deuxième

À la suite de Magali Noël, et à deux semaines de la parution du premier volume du Cinéma de Sacha Guitry et ses Interprètes, c’est un portrait (encore) inédit estampillé Raymond Chirat que l’@ide-Mémoire offre à ses (futurs) lecteurs. André Lefaur, créateur « historique » sur les planches du rôle-titre de Topaze, représentera ici ses huit camarades d’Ils étaient neuf célibataires (Sacha Guitry, 1939), qui de Victor Boucher à Saturnin Fabre, en passant par Max Dearly, Aimos, Sinoël, Gaston Dubosc, Georges Morton et Anthony Gildès, figureront, les uns comme les autres, dans la version papier.  

Charles Charras

Décès du comédien, adaptateur, poète, homme de radio et metteur en scène Charles Charras, disparu à Shanghai dans sa 91ème année. Secrétaire et factotum de Charles Dullin de 1946 à 1949, par la suite professeur au cours d’art dramatique portant le nom de ce dernier – il y aura notamment pour élèves Jean-Louis Trintignant, Jean-Claude Drouot, Pierre Richard, Pierre Santini, Romain Bouteille et Robin Renucci –, Charles Charras avait intégré en 1953 la Compagnie Jacques Fabbri, aux côtés de laquelle il avait pris part, onze ans plus tard, au film choral Les Pieds dans le plâtre (Jacques Fabbri et Pierre Lary, 1964). Rappelé au grand écran par son ex-élève Pierre Richard, au début de la décennie suivante, Charles Charras apparaît furtivement parmi les recruteurs en blouse blanches aperçus au début des Malheurs d’Alfred (1971), avant de se prodiguer dans plusieurs réalisations de Roger Coggio, aujourd’hui invisibles pour la plupart. Charles Charras tirait, on en doute un peu, une fierté bien plus légitime de son parcours long et fourni sur les planches, et pouvait revendiquer à juste titre une activité presque aussi importante, à partir du milieu des années 60, au petit écran. La dernière fois que nous nous sommes parlés par téléphone, au printemps dernier, Charles Charras évoquait avec une impatience assz indicible son prochain voyage en Chine, sans présumer, comme c’est souvent le cas, du fait que ce serait aussi le dernier. Rideau.

Sacha Guitry, première

Afin de fêter comme il se doit la publication de notre première somme consacrée aux comédiens depuis 2006, et en attendant la parution imminente du troisième volume de L’Encyclopédie des Longs Métrages français 1929-1979, mise en ligne du premier des quatre portraits extraits de Ceux de chez lui offerts aux lecteurs de ce site. C’est donc la magnifique Magali Noël qui ouvrira le bal.  

 Julien Guiomar

Disparition dans sa 83ème année de Julien Guiomar, comédien assez irremplaçable en son genre et véritable chaînon manquant entre les « excentriques » des années 30 et les grands seconds rôles (provisoirement) remis au goût du jour par le cinéma français des années 70. Démesuré et drolatique, impeccable dans les bourgeois bornés comme dans les salauds ordinaires et les pires crapules, il faisait partie de cette minorité d’allumés géniaux mais classieux capables, à l’instar de Pierre Brasseur ou de Saturnin Fabre en leur temps, de conférer un cachet bien réel à des œuvres en manquant parfois cruellement...

Ceux de chez lui

Les meilleures promesses sont généralement celles que l’on tient : parution début décembre du premier des deux tomes de L’@ide-Mémoire – Encyclopédie des Comédiens consacrés par l’auteur de ce qui suit et aussi par les indéboulonnables – et partant indispensables – Raymond Chirat et Italo Manzi aux interprètes de Sacha Guitry à l’écran.

Le générique de la première partie  (difffusé ici au format PDF) rassemblera entre autres (« cités dans l’ordre alphabétique – et avec quelle gratitude ») : Aimos, Arletty, Françoise Arnoul, Jean-Pierre Aumont, Brigitte Bardot, Jean-Louis Barrault, Pierre Bertin, Bernard Blier, Jeanne Boitel, Victor Boucher, Pierre Brasseur, Pauline Carton, Georges Chamarat, Jean Chevrier, Aimé Clariond, Henri Crémieux, Suzanne Dantès, Janine Darcey, Danielle Darrieux, Claude Dauphin, Jean Davy, Max Dearly, Jean Debucourt, Lise Delamare, Jacqueline Delubac, Sophie Desmarets, Marguerite Deval, Émile Drain, Huguette Duflos, Jacques Dumesnil, Maurice Escande, Saturnin Fabre, Fernandel, Jacques François, Fréhel, Jeanne Fusier-Gir, Jean Gabin, Josseline Gaël, Daniel Gélin, Mona Goya, Fernand Gravey, Geneviève Guitry, Jeanne Helbling, Romuald Joubé, Robert Lamoureux, Yvette Lebon, André Lefaur, Meg Lemonnier, Charlotte Lysès, Jean Marais, Georges Marchal, Lana Marconi, Mary Marquet, Nicole Maurey, Marguerite Moreno, Michèle Morgan, Gaby Morlay, Magali Noël, Claude Nollier, Mila Parely, Simone Paris, Giselle Pascal, Raymond Pellegrin, Mireille Perrey, Gérard Philipe, Marguerite Pierry, Jean Poiret, Elvire Popesco, Micheline Presle, Suzy Prim, Yvonne Printemps, Raimu, Madeleine Renaud, Noël Roquevert, Louis Seigner, Michel Serrault, Michel Simon, Sinoël, Cécile Sorel, Betty Stockfeld, Maurice Teynac, Jean Tissier, Alice Tissot, Pierre Vaneck, Howard Vernon et Jean Weber… présentés, déclinés, commentés en 156 portraits-filmographies, dont plusieurs seront mis en ligne, ainsi que le sommaire complet, au cours des semaines précédant la parution.

Ceux de chez lui ou le Cinéma de Sacha Guitry par ses interprètes – Volume 1 (De Pauline Carton à Howard Vernon), par Armel De Lorme, Raymond Chirat et Italo Manzi, L’@ide-Mémoire, 2010, 156 portraits/filmographies, 520 pages.

Sortie le 9 décembre 2010, diffusion exclusive via l'@ide-Mémoire et Priceminister, et pour toute précision, l’adresse e-mail et le numéro de téléphone sont ici.

En voiture, Simone

Ultimes finalisations des derniers portraits du Cinéma de Sacha Guitry par ses interprètes oblige, c’est un hommage rien moins que symbolique qu’en attendant des jours plus fastes nous rendrons à l’exquise Simone Valère, disparue ce 11 novembre dans sa 90ème année, et dont nous nous bornerons à rappeler, dans les grandes lignes, qu’elle fut deux décennies durant (1946-1968) une infatigable compagne de route pour les Renaud-Barrault aux côtés de son éternel fiancé Jean Desailly (1920-2008), rencontré en pleine Occupation sur le tournage du Voyageur de la Toussaint (Louis Daquin, 1942) – mais épousé en 1998 seulement –, par la suite une directrice de théâtre avisée et, dans le même temps, l’interprète d’une quarantaine de films, longs et courts répertoriés ici.  

Claudine Berg

Disparition dans sa 76ème année de la comédienne et actrice Claudine Berg, dont nous réactualisons ici le portrait-filmographie publié en 2006 dans le premier volume de notre Encyclopédie des Comédiens de Théâtre, Cinéma et Télévision.

Raymond Bernard

Réalisateur phare du Muet (Le Miracle des loups, 1924 ; Tarakanowa, 1929) et des dix premières années du Parlant (Les Croix de bois, 1930 ; Les Misérables, 1932 ; Les Otages, 1938), Raymond Bernard reste l’archétype de l’auteur à part entière – jouant à niveau égal avec Jean Renoir, pour n’en citer qu’un seul – ayant fini par accepter, face aux difficultés croissantes rencontrées dans l’exercice de sa profession, d’abdiquer toute ambition artistique au bénéfice (?) de la seule efficacité. Auteur en 2001 d’une très circonstanciée étude consacrée à Julien Duvivier, Éric Bonnefille récidive en livrant le premier véritable ouvrage de référence jamais consacré à ce cinéaste à éclipses dont l’Occupation et ses lois connement antisémites devaient précipiter le déclin, suivi film à film des premières bandes Gaumont tournées à la fin de la Première Guerre mondiale (Le Ravin sans fond, 1917) aux comédies semi-fauchées et presque anachroniques réalisées en pleine éclosion de la Nouvelle Vague (Le Septième Commandement, 1957 ; Le Septième Ciel, 1957). Entre recours systématique aux archives, refus du didactisme facile et traitement fouillé de la production cinématographique bernardienne dans ses recoins les plus oubliés (Amants et Voleurs, 1935 ; Le Jugement de Dieu, 1949), Fresques et Miniatures fait figure de modèle du genre, dont on ne déplorera la portion congrue accordée à la filmographie stricto senso – rien moins que symbolique et relevant un peu du foutage de gueule – que pour mieux louer la bibliographie exhaustive publiée en annexe, sorte d’exemple à suivre parce que, précisément, très rarement suivi. Cinéaste essentiel, Raymond Bernard méritait bien un hommage en bonne et due forme : c’est chose faite désormais, et nous ne sommes pas les derniers à nous en réjouir. ADL

Raymond Bernard : Fresques et Miniatures, Éric Bonnefille, Éditions L’Harmattan (Collection Champs visuels), 2010. 338 pages. N° ISBN : 978-2-296-11501-9. Prix public : 32,50 €.

Santa-Relli

Disparition, dans sa 97ème année, de la comédienne Santa-Relli (1914-2010), dont le souvenir à l’écran restera à jamais lié à la « jeune vieille fille en mal de mari » ouvrant le bal macabre de Cécile est morte ! (Maurice Tourneur, 1943) et à la peu aimable patronne de loterie foraine qu’elle composait avec justesse et probité tout au long de Jour de fête (Jacques Tati, 1947). Son portrait, à peine retouché, tel qu’il parut au printemps 2006 dans notre Encyclopédie des Comédiens de Théâtre, Cinéma et Télévision, est ici, accompagné comme il se doit de la fimographie et de la galerie d’affiches qui vont généralement avec.  

Bernard Musson

 

Bouclage du premier volume consacré aux interprètes de Sacha Guitry à l’écran oblige, le temps nous manque pour rendre hommage autant qu’il l’aurait mérité (de son vivant aussi) à Bernard Musson, comédien probe, artiste attachant et homme exquis croisé au détour de quelques trois cents films l’ayant vu personnifier au choix – mais toujours avec finesse – flics bornés, butlers hébétés et cléricaux véreux, en attendant, en toute fin de parcours, le sorcier ébourriffant-ébouriffé de La Fiancée de Dracula (Jean Rollin et Jean-Noël Delamarre, 1999). Rencontré à l’automne 1999, il était longuement revenu, à cette occasion, sur le tournage de La Vache et le Prisonnier (Henri Verneuil, 1959), dont il était, à l’époque, l’unique interprète masculin encore vivant, et plus longuement encore sur les six longs métrages par lui tournés sous la direction de « Don » Luis Buñuel, qu’il ne vénérait pas mais presque. Les trois heures d’enregistrement réalisées à cette occasion, au cours desquelles il avait été largement question de Fernandel et de Jean Gabin, forcément, mais tout autant de l’incroyable Muni et de la tribu des « Sanfreniers » chère à Jean-Paul Le Chanois, ont malencontreusement disparu lors d’un déménagement – too bad – mais le souvenir et le respect sont sont intacts onze ans après, que nous avons voulu entretenir du moins par la mise en ligne d’une filmographie entièrement revisitée (nettoyée entre autres de certains titres d’œuvres dont le principal intéressé demeure aujourd’hui encore indûment crédité) et celle du lien renvoyant directement au fichier PDF de ses (réjouissants) souvenirs d’acteur.

The Strawberry Girl

Entre pénurie d’essence, manifs aux relents de tirs de flashballs et froidure généralisée jusque dans le procès de Virginie Labrosse, dite la Reine du Surgelé, un texto reçu en début de semaine nous réchauffe un peu (beaucoup) le cœur et même l’épiderme : Christine Boisson va bien, elle se repose au soleil et, ce faisant, reprend du poil de la bête (de scène, aussi). En dépit de la politesse généralement requise à l’encontre des comédiennes lorsqu’elles sont belles, captivantes et monstrueusement douées, notre équipe a choisi de déroger, pour une fois, aux bonnes manières et, partant, de l’embrasser fort. Pas comme du bon pain – on ne va pas exagérer non plus – mais l’intention y est, et la filmographie qui va avec également.

Initials MF

Notre Brigitte nationale (76 ans aux prunes) semble désormais vouloir briguer à la succession de l’époux de Carla Bruni – dite l’actrice aux 35 prises pour une unique scène muette – et l’expression « tomber de Charybde en Scylla » prend soudain tout son sens. De son côté, la toujours so chic Marie France, après avoir rendu en concerts et en album un hommage classieux et touchant à la future présidente des Français (lol, comme on dit) et à son répertoire chanté, illumine de sa présence rare un clip tourné au coin du feu par Jérôme Reybaud (www.lalalala.org), où il est plus qu’ailleurs question de sable, de coquillages et de bateaux. La Madrague ? Bien mieux : Une histoire de plage, ballade pour guitare-voix tendre et subtile, cosignée en son temps par Gérard Bourgeois (L'Homme en habit rouge), Jean-Max Rivière et Yanni Spanos, et devenue, l’espace d’un disque et de quelques dates, l’une des plus belles chansons en langue française interprétées sur scène comme en studio au cours dernières années. La preuve en images ici.  

Plus belle la vie (vraiment ?)

Plus proche de l’usine à produits dérivés que de la série HBO, PBLV (humour) est un peu au cinéma de Robert Guédiguian ou du regretté Paul Carpita ce que Slam, autre horreur estampillée France 3, est à Ce soir (ou jamais) ou au ciné-club de Patrick Brion : une sorte de truc improbable et lassant à la BO affreuse, peuplé de bout en bout d’acteurs hautement approximatifs et aussi excitant, visuellement parlant, qu’un gros plan de dix minutes sur le visage d’Arlène Boulin-Prat, que l’on regarde (ou pas) entre un spot Stéradent et une pub Juvamine, histoire de se conforter (ou non) dans l’idée qu’il est moins dangereux d’habiter une favela des faubourgs de Rio, une zone de non-droit en Mauritanie, un village afghan sous domination talibane, ou même la bande de Gaza, qu’un quartier semi-résidentiel de la Cité phocéenne. Il n’empêche : c’est dans cette… fiction (pas mieux) que la toujours formidable – et toujours péchue – Pascale Roberts confirme, à 77 ans bien tassés, qu’il n’est jamais de retraite pour les braves, et c’est là, encore, que la grande Colette Renard (1924-2010) a retrouvé, sur le tard, six saisons durant, une notoriété égale au moins à celle qui fut la sienne à l’époque – un peu lointaine – d’Irma la Douce et de Julie la Rousse. Hommage en titres, dates, affiches et liens vidéo ici.

Les Cent Ans de Bécassine

 

Depuis le temps qu’on en parlait, ayé : Paulette Dubost vient de passer le cap hautement symbolique des cent ans, et c’est avec un enthousiasme non dissimulé que nous lui souhaitons un deuxième siècle aussi heureux, pimpant et bien rempli que le premier l’aura été. L’occasion était, en tous les cas, trop belle pour ne pas reproduire dans le texte le bref hommage à elle consacrée par Raymond Chirat dans le chapitre d’ouverture du premier tome de L’@ide-Mémoire – L’Encyclopédie des Comédiens, croquant en une quinzaine de lignes celle qui fut, au gré des tournage, la Pauline de Dans les rues (Victor Trivas, 1933) et la Louise du Bonheur (Marcel L’Herbier, 1934), la Ginette d’Hôtel du Nord (Marcel Carné, 1938) et la Lisette de La Règle du jeu (Jean Renoir, 1939), la Fernande du Plaisir (Max Ophuls, 1951) et la Virginie de La Fête à Henriette (Julien Duvivier, 1952), la Madame Diogène de Viva Maria ! (Louis Malle, 1964) et la Madame Bijou du Dimanche de la vie (Jean Herman, 1965), mais aussi une Rosière des Halles (Jean de Limur, 1935) bien moins sage qu’il n’y paraissait de prime abord, mais encore une Bécassine (Pierre Caron, 1939) ne manquant ni de sel, ni de saveur, ni de bon sens, mais surtout une Joséphine discrète et fidèle, dévouée et empressée, veillant comme une maman de substitution sur la santé déclinante et les coups de blues itératifs de la comtesse de Landsfield déchue et fatiguée (Lola Montès, Max Ophuls, 1955). La suite ici, entre filmographie exhaustive, galerie d’affiches et liens vidéo choisis.  

L'autre Paulette

Alors que la France entière, désormais informée (merci Paris-Match) de son addiction à la marmelade de gingembre et de ses rendez-vous quotidiens avec sa préparatrice de peau (grands dieux), son maître nageur privé (happy girl) et sa conseillère vestimentaire, s’émerveille (au moins) de l’état de santé absolument florissant d’une Marie Zinzin Liliane Bettencourt pétant le feu, et tandis que Paulette Dubost, un siècle entier aux prunes, continue de trottiner cahin-caha vers son centenaire imminent, l’autre Paulette – elles s’étaient furtivement croisées au générique du beau mais raté Jour des Rois (Marie-Claude Treilhou, 1990) – vient de partir sur la pointe des pieds à l’âge, tout de même respectable de 96 ans, dont l’écrivain Mathieu Riboulet, moins courtisan dans l’âme qu’Arnaud Bizot, certes, mais bien plus inspiré, vient de brosser de manière exquise et circonstanciée le portrait pour Libération. Évoquant avec à-propos « l’incroyable compacité de Paulette Bouvet, l’absolu de son imperturbable présence dès qu’elle apparaît dans un plan, son engagement total et le tranchant souverain, papal, avec lequel elle débite le texte qu’elle a à jouer », rappelant aux fondus de cinéma le grand naturel avec laquelle la dame servait, au choix, de la « bleuade » maison et d’itératifs « C’est dément ! » à ses visiteurs tout au long du magnifique (et jamais réédité) Loin de Manhattan (Jean-Claude Biette, 1980), l’auteur d’Avec Bastien nous a donné envie de rendre à notre tour hommage à la maman de Jean-Christophe Bouvet en exhumant tel quel (ou presque) le portrait que nous lui avions, pour notre part, consacré dans le premier volume de L’@ide-Mémoire, il y a cinq ans de cela. C’est fou comme le temps passe…  

Un jour, Lara...

Disparition, cinq jours à peine après son 88ème anniversaire, du comédien, directeur de production et réalisateur occasionnel Jean Lara (1922-2010), croisé il y a une dizaine d’années lors du tournage assez catastrophique d’un portrait documentaire consacré à Roland Lesaffre, dont par simple charité chrétienne, les croyants excessivement pieux que nous sommes tairont le nom des autres protagonistes (une productrice – grand mot – sorcière, une ex-actrice abonnée aux productions érotiques et un réalisateur respectable – par l’âge au moins – actuellement occupé, aux dernières nouvelles, à faire produire son dernier opus par le notoirement très démocrate et très généreux Omar Bongo). Jean Lara, comme Roland Lesaffre, était un homme affable, courtois et accessible, volontiers disposé, pour peu qu’on le questionne, à revenir sur son curriculum-vitæ d’acteur, bien plus fourni, plus éclectique et plus circonstancié qu’on était en droit de le supposer, où le jeune marié futur père du Diable au corps (Claude Autant-Lara, 1946), le résistant bon teint du Père Tranquille (René Clément, id.) et le Pierre Gabard des Dernières Vacances (Roger Leenhardt, 1947) faisaient bon ménage avec le Louis XV hiératique de La Tour, prends garde ! (Georges Lampin, 1957) et le Renaud de Lourmes ferraillant du Masque de fer (Henri Decoin, 1962). Les Melvilliens se rappelleront le rédacteur de presse décidé de Deux Hommes dans Manhattan (1962), les Borowczyk…iens se souviendront l’avoir furtivement croisé, le temps d’un plan ou deux, au détour de La Marge (1975), et pour les autres titres, ce sera ici. As usual…  

Lady Jenny

Chanteuse de jazz et chantre de la « créolitude », comédienne et résistante, Jenny Alpha était la femme de tous les combats et toutes les rencontres : exceptionnellement longue, sa route aura croisé celles de Joséphine Baker et de Duke Ellington, d’Aimé Césaire et de Léopold Sédar Senghor, de Julius Amédé Laou et de Med Hondo, mais aussi, plus fugitivement, celle de Jean-Pierre Mocky. Dans Noir comme le souvenir (1994), elle incarnait – à 84 ans – une très drôle, très avisée et très sexy Fidélia, apportant, mine de rien, une salutaire bouffée d’oxygène au climat censément glauque d’un polar étouffant à souhait. Jusqu’au bout, elle aura fréquenté assidûment plateaux de tournages, scènes de théâtre et même studios d’enregistrement – son dernier disque remontant à 2008 –, ce qui constitue, si besoin est, la preuve éclatante qu’on peut être à la fois une très vieille dame et l’exact contraire de Liliane Bettencourt : à traversée du siècle égale ou presque, le fossé était immense qui séparait la doyenne des comédiennes françaises en exercice du prototype pathétique et réjouissant de Mamie Zinzin. L’actuel maire de Paris a, pour sa part, rendu légitimement hommage, lors d’un déplacement récent aux Antilles, à «une pionnière dans le domaine des arts (…) qui a fait de sa vie un combat pour que la femme noire y ait toute sa place». Pas mieux : le cinéma français ne serait pas tout à fait ce qu’il est sans Darling Légitimus, partie en 1999, et Jenny Alpha, jeune centenaire fraîchement disparue, dont la filmographie et la galerie photos sont ici, agrémentées des liens vidéo qui s’imposaient. Merci de vous, Madame.  

What’s New Pussycat ?

Le Hasard, parfois facétieux, a voulu que Clive Donner (1926-2010) disparaisse quelques jours à peine après la récente rediffusion sur Arte de son très ovniesque et très réussi What’s New Pussycat ?, tentative assez unique dans toute l’histoire du Parlant de renouer l’espace de deux heures avec les origines du burlesque. Les mauvaises langues diront que c’est de l’avoir revu dans une VF absolument immonde – où à de rares exceptions près les comédiens de langue française ne se doublent pas eux-mêmes, ce qui ressemble à une mauvaise blague –, les fans conserveront le souvenir mi-psyché, mi-mouillé d’une Paula Prentiss joyeusement borderline oscillant entre numéros de strip-teases, lectures de poèmes politiques et tentatives de suicides ratées (Would you excuse me for a minute ? I’m going into the bathroom to take an overdose of sleeping pills), d’une élégantissime Capucine émergeant d’un placard magique après avoir laissé ses sous-vêtements aux mains d’un lubrique Peter Sellers déguisé en Nana Mouskouri, d’une Ursula Andress encore mince – presque aussi nue que dans Dr. No – fuyant une meute de « threatful men » collés à ses basques (ou quoi que ce soit d’approchant), voire d’un Woody Allen encore capable, en ses jeunes années, de ne pas faire et refaire indéfiniment le même film. (lire la suite).  

Cheers

Son destin cinématographique aura croisé ceux de Marc Allégret, Max Ophuls, Tino Rossi, Charles Trenet, Roger Duchesne et Sacha Guitry, elle aura connu l’avènement du Parlant et traversé l’Occupation sans trop d’encombre ni de privations au bras un chouia protecteur de Jean Luchaire, guinché en tout début de carrière avec Jean Gabin mais été à 42 ans l’incarnation la plus somptueuse – avec Lana Turner – de Milady de Winter telle que l’imagina Dumas père, avant de partager avec un mari producteur succès d’estimes et naufrages artistiques sans équivalents ou presque. Retour en titres et en dates sur la si jolie vie (si bien remplie) et, surtout, sur la si jolie filmographie d’Yvette Lebon, ex-plus beau regard de toute l’histoire du cinéma français et jeune centenaire depuis quelques heures. Cheers Yvette !!

Gueule de raie

Démarche de sarcelle et voix de seringue option vinaigrette, ni vedette à part entière, ni second rôle, rarement tête d’affiche au théâtre mais omniprésente à l’écran l’espace de six décennies, l'irremplaçable comédienne mascotte de Sacha Guitry, disparue il y a exactement 36 ans, méritait bien qu’on lui consacre une monographie. C’est un jeune universitaire de 76 ans à la plume particulièrement alerte, Yves Uro, qui s’y est collé, après avoir exploré jusqu’à plus soif toutes les sources écrites possibles et imaginables, de la correspondance intime de la principale intéressée – consultable à la BNF – aux petits carnets dans lesquels elle notait absolument tout. Où l’on apprendra, entre autres choses, que Pauline Carton, si elle revendiquait volontiers, selon l’humeur du moment, un « nez en pomme de terre écrasée », une « gueule de raie » et un « visage s’apparentant à celui du pou » (les trois n’ont jamais été incompatibles), déployait surtout des efforts incroyables pour s’enlaidir, fut lauréate du Prix Fémina de Poésie en 1903, ne débuta pas à l’écran – filmographie manuscrite à l’appui – en 1915 mais bien en 1907, officia informellement comme script-girl sur le tournage des premiers Guitry par elle tournés et sut cultiver des amitiés durables avec certaines des épouses de celui auquel elle était la seule à donner du « Monsieur » plutôt que du « Maître ». On regrettera un peu, à l’arrivée, le postulat éditorial ayant conduit à n’accorder aux photos extraites de pièces ou de films que la portion congrue, mais on appréciera comme il se doit la présence de nombreux fac-similés, peu ou prou inédits, attestant des talents méconnus de la dame pour la caricature, comme on appréciera la revisite circonstanciée de son imposante filmographie (non, Pauline Carton n’a pas joué que des bonnes, des cuisinières et des concierges) et le portrait en creux d’une personnalité bien plus complexe – et accessoirement bien plus rock and roll – que ses rôles à l’écran ne le laissaient supposer. On l’aura compris : si ce n’est pas l’ouvrage de cinéma-bonne surprise de l’été, cela y ressemble tout de même furieusement, et pour la preuve en images et en chansons, c’est ici, ici, ici et même que cela se passe.

Pauline Carton – Itinéraire d’une actrice éclectique, par Yves Uro, Éditions L’Harmattan (Collection Champs visuels), 2009. 174 pages. ISBN : 978-2-296-10570-6. Prix public : 16,50 €.

Bruno Crémer

Décès (et encore un, allez !) du très populaire Bruno Crémer (1929-2010), dont quarante-quatre ans d’activité cinématographique ininterrompue et une reconversion au petit écran habilement négociée au moment où le septième art commençait à se désintéresser de lui, ont fait un peu oublier qu’il avait été, en son temps, le créateur de Pauvre Bitos ou le Dîner de têtes (1956-1957) puis de Becket ou L’Honneur de Dieu (1959), dans les deux cas sous le haut patronage de Jean Anouilh. En attendant le portrait (ou pas), la filmographie cinéma est ici, où l’on constatera, non sans effarement, que ni le succès critique et public de Sous le sable (François Ozon, 2000), ni le prix d’interprétation obtenu, l’année suivante, pour sa performance dans Mon père (José Giovanni, 2000) ne lui permirent de retravailler durablement au grand écran. Ce qui prouve, si besoin est, que les producteurs sont des ingrats, mais cela, on le savait déjà plus ou moins.

Philippe Avron

Il y avait, ce n’est pas nouveau, quelque chose d’infiniment rare, pour ne pas dire d’unique, chez Philippe Avron, artiste discret décédé comme en catimini dans la nuit du 30 au 31 juillet, quelques jours à peine après les premières représentations de sa dernière création en Avignon, où il avait (juste retour des choses ?) attrapé le virus de la scène et quasiment débuté un demi-siècle auparavant. Quelque chose de rare, d’unique et d’infiniment précieux, donc, que le cinéma français n’a pas toujours su voir, préférant lui réserver la portion congrue, comme cela est souvent le cas avec les comédiens trop notoirement issus des planches. On prendra garde, pourtant, de ne pas oublier qu’il sauva en leur temps, par sa seule présence à l’écran, les tristes Fêtes galantes commises par un René Clair en bout de course (1965) ou le très moyennement drôle et assez barbant La Revanche (Pierre Lary, 1981), voire qu’il constituait, le temps d’une scène ou deux, sous le col roulé et la barbe de trois jours d’un étudiant philosophe prêt à refaire le monde pour peu qu’on lui paie un demi, une sorte de contrepoint chic, classieux et décalé au pathétique Jean Lefebvre d’Un idiot à Paris (Serge Korber, 1966). Pour le reste, il ne serait peut-être ni complètement crétin ni tout à fait inutile de rééditer en dvd l’un des rares longs métrages de fiction dont il ait jamais occupé la tête d’affiche, le très insolite Fifi La Plume (Albert Lamorisse, Henri Gruel et GeorgesGoetz, 1964), imaginé en son temps par l’auteur du Voyage en ballon et passé honteusement inaperçu au moment de sa sortie en salles.  

Raoul Billerey

Disparition – c’est marre – du comédien, cascadeur et maître d’armes Raoul Billerey, longtemps pilier, aux côtés d’Antoine Baud, Claude Carliez et Guy Delorme, du carré de bagarreurs-bretteurs qui, d’Hunebelle en Borderie, firent les beaux soirs du cinéma de cape et d’épée hexagonal de la fin des années 50 et du début de la décennie suivante, voire d’innombrables séries B policières tournées le plus souvent à la va-vite. Depuis, de puissantes, compositions dramatiques chez Alain Cavalier (Thérèse, 1985) ou Jean-Loup Hubert (Le Grand Chemin, 1986 ; Après la guerre, 1988) lui avaient permis de s’imposer – au propre comme au figuré – comme l’un des seconds rôles français les plus solides de sa génération, au choix Ch’ti rugueux (L’Enfance-nue, Maurice Pialat, 1967) ou crémier bourru scotché à sa table à dessin et à son pentographe (La Petite Voleuse, Claude Miller, 1988). Malgré l’âge, il ferraillait encore, pour peu qu’on l’en prie, dans Perceval Le Gallois (Éric Rohmer, 1978) ou La Fille de d’Artagnan (Bertrand Tavernier, 1993), incarnation quasi rêvée du Gornemant de Goort imaginé par Chrétien de Troyes ou du Porthos, blanchi sous le harnois mais toujours prompt à jouer de la rapière, tel qu’il apparaissait tout au long du Vicomte de Bragelonne. Respect.  

Georges Wod

Disparition, le même jour que Véronique Silver, du comédien, metteur en scène, professeur d’art dramatique et directeur de théâtre d’origine polonaise Georges Wod, incarnation subtile et souvent impressionnante du « traître idéal » que l’on adore détester, du salaud « portant beau » et du fourbe fini. Resté pour les cinéphiles l’avocat plus ou moins marron de Le Juge Fayard, dit Le Shériff (Yves Boisset, 1976) et l’inquiétant Bohr de Litan, Mocky halluciné (1981), pour les téléphages, le très sinistre et très barbu marquis de Coulteray dirigeant d’une main de fer la secte des buveurs d’hémoglobine du grand-guignolesque La Poupée sanglante (Marcel Cravenne, 1976), dans l’espoir un peu fou de prolonger les jours d’une épouse anémique, Georges Wod était avant tout un immense homme de théâtre aussi admiré que controversé (la marque des grands), ayant partagé non stop ses activités entre sa patrie d’adoption – la France – et sa terre d’élection – la Suisse – durant un peu plus d’un demi-siècle. Et pour ce qui est de l’essentiel, comme d’habitude, c’est ici et pas ailleurs que cela se passe.  

Véronique Silver

 

Après Martine Sarcey, c'est une autre figure emblématique de la galaxie Vecchiali-Biette-Guiguet-Davila-Frot Coutaz, qui disparaît à son tour (été de merde !), en la personne de Véronique Silver, tandis qu'à quelques contrariétés d'ordre auditif, familial et financier près, la presque nonagénaire Liliane Bettencourt, elle, se porte comme un charme, ce qui prouve, si besoin est, que le monde est vraiment mal fait. De naissance picarde, Véronique Silver, avait dû attendre la quarantaine pour se faire, lentement mais sûrement, une place au grand écran, dont le patronyme reste à tout jamais lié au rôle de la Madame Jouve - hommage discret au romancier du même nom - de La Femme d'à côté (François Truffaut, 1981), prélude, 17 années plus tard à la narratrice sereine des Passagers (Jean-Claude Guiguet, 1998)… (lire la suite).

Cécile Aubry

Disparition encore (décidément…) de l’éphémère et délicate (ex-) jeune première Cécile Aubry, révélée par Henri-Georges Clouzot (Manon, 1948), prise un temps sous contrat par la Fox (The Black Rose, Henry Hathaway, 1949), revue, sitôt rentrée en France, chez Christian-Jaque (Barbe-Bleue, 1951) et devenue à 25 ans, comme dans les contes de fées, l’épouse du fils du Pacha de Marrakech, avant d’effectuer la reconversion que l’on sait dans l’écriture de romans à succès et la réalisation de feuilletons télévisés des années 60 et 70 adaptés de ses propres ouvrages et tous peu ou prou interprétés par son fils Mehdi (El Glaoui). Pour l’essentiel, en titres et en images, c’est ici que ça se passe.

Sacha Briquet

La disparition d’Édith Piaf occulta en son temps celle de Jean Cocteau (et pourtant…), le décès récent de Michael Jackson celui de Farrah Fawcett, ainsi en sera-t-il probablement du prolifique Sacha Briquet, découvert sans vie par sa femme de ménage – on ne pas vraiment à quand remonte exactement sa mort, probablement au début de la semaine précédente – à son domicile normand le jour même, pas si lointain que ça, qui vit Bernard Giraudeau perdre définitivement son combat contre le crabe. Si, aux yeux d’une génération entière d’ex-téléphiles en culottes courtes, il reste à tout jamais Albert Travling (Travelling ?), le très fourbe et très méchant imprésario qui rêvait d’exhiber Casimir, préalablement mis en cage, dans les foires du monde entier et loin de l’île aux Enfants, mais chantonnait si bien le Tango de l’Amitié avec Marie-Noëlle Chevalier/Mlle Futaie (regrets éternels), les Nouveaux-Vagues et leurs admirateurs garderont quant à eux le souvenir amusé du soupirant BOF de la Lucile Saint-Simon des Bonnes Femmes (Claude Chabrol, 1959), du polytechnicien puceau des Godelureaux… (Chabrol, 1960) bavant sur le décolleté de Bernadette Lafont ou du fossoyeur crétinou d’Ophélia (Chabrol, 1961) s’improvisant acteur de film muet… (la suite ici).

La Minute Nécessaire de Monsieur Encyclopède

Sortie différée – pour cause de copies film "rentrées" à la toute dernière minute – et néanmoins avérée du deuxième tome de L’Encyclopédie des Longs Métrages français de fiction 1929-1979, voulue, imaginée, rédigée et même un peu éditée par le créateur et principal animateur de ce site, entouré, pour l’occasion, de Christophe Bier (Dictionnaire des Longs métrages français érotiques et pornographiques en 16 et 35 mm), Raymond Chirat (Histoire du Cinéma français 1908-1970), Gilles Grandmaire (Stars deuxième), Italo Manzi (Correspondance avec Manuel Puig) et, très accessoirement, mais pas si accessoirement que cela non plus, de quelques cinéphiles formidables… Où il sera éminemment question de Sacha Guitry, Robert Bresson, Marcel Pagnol, Alain Resnais, Philippe Garrel, Marguerite Duras, Henri-Georges Clouzot, Robert Siodmak, Maurice Tourneur, Jean Vigo, Billy Wilder, Marcel Carné, Julien Duvivier, Fédor Ozep, Carlo Rim, Marc Allégret, Luc Moullet, Claude Sautet, G.W. Pabst, Edgardo Cozarinsky, Raymond Bernard, Fernando Arrabal… au prisme de 226 longs métrages, vus, revus, présentés, résumés, annotés et – parfois même – commentés. Le PDF des sept premières notules est accessible ici, le bon de commande , le volume 1 est toujours disponible en cliquant au bon endroit, et pour les commentaires d’usage, rendez-vous sur notre page facebook (qui, entre nous soit dit, a besoin d’un sérieux coup de fouet). Pour le reste, plus que vingt mois (c’est long, vingt mois) à tenir avant les Présidentielles 2012, douze semaines (c’est long, trois mois) à patienter avant de voir l’intégrale DVD Pierre Étaix tourner en boucle sur nos graveurs de salon qui, de mémoire de graveurs de salon, n’auront jamais rien vu d’aussi beau, mais quatre petits jours seulement (c’est court, quatre jours) avant la sortie officielle de ce Volume 2, si bien soutenu par nos confrères, et parfois amis, de Jeune Cinéma, d’Objectif Cinéma et du Coin du Cinéphage. Reparlons-en à partir du Jeudi 22 Juillet, si le cœur vous en dit (et même aussi dans le cas contraire).

Bernard Giraudeau

 

Bouclage du deuxième volume de notre Encyclopédie des longs métrages de fiction 1929-1979 oblige, c’est un hommage cursif que nous rendrons – en attendant des jours sinon meilleurs, du moins nettement moins overspeed – au comédien, réalisateur, scénariste, producteur et homme de plume Bernard Giraudeau, décédé hier matin dans un hôpital parisien, emporté dans sa 64ème année par un cancer qu’il avait su porter avec pudeur et dignité, courage et élégance sur la place publique, remettant en cause, en de multiples occasions, la faible place accordé aux malades "déclarés" par les industries du Cinéma et de la Télévision. Une sorte d’exemple en soi, rien de moins.

Pierre Maguelon

 

Disparition, dans sa 77ème année, du comédien Pierre Maguelon, victime d’une hémorragie cérébrale survenue alors même qu’il participait au Festival de Théâtre de Saint-André (Pyrénées-Orientales) dont il était l’invité d'honneur. Too bad. Natif du Tarn, l’acteur avait entamé une longue et prolifique carrière à la fin des années 50, sous le pseudonyme de Petit-Bobo, conservé jusqu’au milieu de la décennie suivante. Rapidement passé du cabaret – où il se liera d’amitié avec un autre Méridional à moustache, le Sétois Georges Brassens, dont il assurera en outre les premières parties – au studio, Pierre Maguelon, archétype de l’acteur toujours impeccable, se sera illustré au final dans une cinquantaine de petits rôles au grand écran, enchaînant sans lasser les Français moyens tantôt débonnaires, tantôt obtus, parfois les deux à la fois… (lire la suite).

Landru

Arte – la dernière chaîne de télévision française à avoir diffusé, à l’aube des années 90, des films de Pierre Étaix – aime le Cinéma, et l’a prouvé abondamment depuis 1992. Arte aime le prolifique Claude Chabrol et l’a prouvé récemment en diffusant coup sur coup le très couillu Que la bête meure (1969) et le très âpre Betty (1991). On n’en sera dès lors que plus surpris d’avoir pu (re)découvrir son Landru (1962) dans une version tronquée de près d’une demi-heure par rapport au métrage original, d’où ont totalement disparu, pêle-mêle et sans véritable logique, les personnages interprétés par Catherine Rouvel (meilleure encore que chez Renoir) et Huguette Forge, le Clemenceau décati campé non sans humour par Raymond Queneau et le Georges Mandel silhouetté avec truculence par Jean-Pierre Melville. À sa sortie, voici 47 ans, le Landru de Chabrol et Sagan avait fait l’objet d’un procès de la part de Fernande Segret, la dernière maîtresse attitrée du "cuisinier" (présumé) de Gambais, heurtée par la vision donnée d’elle par les auteurs et la comédienne (l’immense Stéphane Audran) lui ayant prêté ses traits. Peut-être les familles respectives d’Andrée Babelay, de Mandel et de Clemenceau, ont-elles exigé des coupes près de cinq décennies après le tournage ? Peut-être Chabrol a-t-il lui-même demandé la diffusion d’un digest de son film original ? Peut-être, simplement, les très érudits programmateurs d’Arte n’ont-ils jamais, en toute bonne foi, entendu parler de la version intégrale, pourtant diffusée à maintes reprises sur leurs consœurs hertziennes et, fin 2005, sur Paris Première. La question est posée, bien malin qui saurait y répondre. Pour ce qui est de nous, faute d’avoir pu retrouver sur la toile un extrait en ligne des fameuses séquences interprétées par l’autre Catherine du Cinéma français, nous avons choisi d’exhumer – ce sera notre surprise de juillet – un reportage de l’INA donnant la parole au grand Charles (Denner, pas le très résistant et très pontifiant mari de la vieille Yvonne), qui trouvait là son premier rôle important au grand écran. C’est ici que ça se passe, et pour la fiche technique et artistique du film, ce sera .

Laurent Terzieff

Décès, deux semaines après la disparition de Nathalie Nattier, d’un autre comédien français d’origine slave, au final sous – et pas toujours très bien – utilisé par le cinéma français. Révélé du jour au lendemain par le succès phénoménal des très surévalués Tricheurs (Marcel Carné, 1958), dès lors voué aux bad boys de pure convention auxquels auraient simplement manqué le Las(z)lo Benedek de L’Équipée sauvage, l’Elia Kazan de Sur les quais ou le Nicholas Ray de La Fureur de vivre, le très incandescent Laurent Terzieff n’aura en définitive tourné dans son pays natal qu’une poignée de films (La Prisonnière, La Voie lactée, Les Hautes Solitudes, Détective…) à la mesure de son immense talent, mieux servi au demeurant par l’Âge d’or du cinéma transalpin que par un Claude Autant-Lara sur le déclin (Le Bois des Amants, 1960), un Alex Joffé à la ramasse (Les Culottes rouges, 1962) ou une Véra Belmont péniblissime (Rouge Baiser, 1984). Les Garçons (Mauro Bolognini, 1959) valaient assurément bien mieux que Les Tricheurs, le glacé-brûlant Vanina Vanini (Roberto Rossellini, 1961) sut admirablement mettre en valeur une solarité presque sous-jacente que d’autres – et pas toujours des moindres – n’avaient pas forcément su déceler à l’époque derrière la séduction hors norme du beau ténébreux, l’incroyable Médée (Pier Paolo Pasolini, 1969), où il silhouettait en deux scènes un très sexy Centaure, confirma que l’acteur, né de ce point de vue dix ou quinze ans trop tard, était probablement " fait " pour les personnages de Cocteau avec plus d’évidence encore que Jean Marais, le sublissime et déroutant Ostia (Sergio Citti, id.) lui permit de prouver, si besoin était, qu’animalité, sensibilité et cérébralité font souvent très bon ménage chez les artistes d’exception. (La suite ici…).

La plus belle fille du monde

Disparition dans la plus absolue discrétion de notre amie Nathalie Nattier, décédée dans sa 87ème année à l’hôpital de Lagny-sur-Marne le 19 juin dernier. La femme, délicieuse, drôle et plutôt bonne vivante, était, dans le privé, l’exact l’opposé de la tragique Malou des Portes de la Nuit, qui lui valut ses plus belles "unes" de magazines, avant de la précipiter sic transit gloria mundi du sommet de l’affiche et des productions de prestige dans la série B et les emplois plus légers auxquels elle avait, paradoxalement, toujours aspiré. Retour ici, entre photos et confidences, sur l’étonnant – et somme toute méconnu – parcours d’une femme fatale qui se rêvait (peut-être) actrice comique et sut (assurément) faire montre d’humour jusqu’aux dernières heures d’une longue existence plutôt bien remplie.

Rezvani Bis

Pour les unhappy few qui, contrairement au staff de l’@ide-Mémoire, à nos confrères de www.lalalala.org et, accessoirement, à Marie-José Nat ou Bernard-Henri Lévy, n’étaient pas présents dans la salle des Trois Baudets, au soir du 2 juin, l’hommage à Serge Rezvani imaginé pour la seconde fois par Marie-Rose Guarnieri, de la Librairie des Abbesses, a constitué comme prévu – ce malgré l’absence d’Anna Karina - un mix parfait entre happening chic et instants, souvent improvisés, de beauté fulgurante (lire la suite).

Martine Sarcey

Disparue quelques jours à peine après sa cadette de sept mois Ginette Garcin, l’immense Martine Sarcey aura, elle aussi, marqué d’une empreinte indéfectible plus de six décennies de cinéma, de théâtre et de télévision, dont la probité de comédienne restera à tout jamais associée à la Jeanne Fortier de La Porteuse de pain (Marcel Camus, 1972), malheureuse mais jamais larmoyante, éprouvée mais toujours partante pour célébrer sur trois ou quatre notes le temps des cerises et le merle moqueur. À une tristoune nécrologie de circonstance, nous avons préféré la mise en ligne du portrait, rédigé de son vivant, que nous lui avions consacré, il y a quelques années, dans le premier volume de notre Encyclopédie des Comédiens. C’est donc ici que cela se passe.

Ginette Garcin

Le décès récent, des suites de la rechute d’un cancer de l’intestin, de Ginette Garcin, comédienne multifacettes appréciée au Boulevard comme à Chaillot, remarquée chez Audiard et Lelouch mais consacrée par Jean Yanne et Nelly Kaplan a provoqué une sorte d’onde de chocs chez le téléspectateur 2.0, sensible depuis des années à sa verve, sa gouaille et à son franc-parler. On pourra certes regretter à juste titre la disparition, désormais définitive, de la Jeanne de Famille d’accueil (ciel) et de la Mme Cotte de Père et Maire (feuilleton décidément maudit), de la Mamma de Marc et Sophie ou de la Maryvonne d’Imogène, mais pour ce qui est de nous, c’est davantage à la comédienne de théâtre, de cinéma et de music-hall qu’iront nos pensées, en souvenir de la choriste débutante de l’Orchestre Jacques Hélian et de l’habilleuse levant la jambe presque aussi haut que Liliane Montevecchi chez Jérôme Savary (Mistinguett, la dernière revue, 2001), de la bistrote-campeuse du dérangent Dupont Lajoie (Yves Boisset, 1974) et de la concierge désabusée du surprenant Charles et Lucie (Nelly Kaplan, 1979), de la matriarche de Cousin, cousine (Jean-Charles Tacchella, 1975) et de la trapéziste-replâtreuse d’arbres du Pays bleu (Tacchella, 1976), de la chanteuse des rues passée au fil des ans de la scène du Lido à l’esplanade de Beaubourg de Les Uns et les Autres (Claude Lelouch, 1980) à la scripte chanteuse de Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil évoquant – sans rire - ce qu’aurait été sa vie si elle n’avait pas connu Jésus. Respect donc.

L’autre Serge

Touche-à-tout génial s’il en fût, Serge Rezvani (ex-Cyrus Bassiak) a plus-que-flirté non sans succès avec le théâtre, le roman, la peinture, tout en s’imposant dans la durée comme l’un des auteurs de chansons – et quelle chansons ! – les plus éminement "cinématographiques" de l’histoire de la variété haute couture. Aussi ne sera-t-on pas surpris du défilé ininterrompu de comédiennes chantantes s’apprêtant à venir lui rendre hommage en paroles et musique sur la scène des Trois Baudets ce mercredi 2 juin (20h30), à l’issue d’une séance de rencontre-dédicace avec le public : les toujours jeunes et pimpantes Jeanne Moreau et Vanessa Redgrave dûment excusées, ce sera aux belles Mona Heftre (Change pas demain, Thérèse, Capitaine Achab), Dani (La Nuit américaine, L’Amour en fuite, À mort la Mort !, Fauteuils d’orchestre), Helena Noguerra (Dans Paris, L’Arnacœur), Arielle Dombasle (Pauline à la plage, Les Pyramides bleues, L’Arbre, le Maire et la Médiathèque, Le Temps retrouvé, Nouvelle Chance), Anna Karina (Vivre sa vie & autres petits films sans importance) et à la plus-que-belle Marie France (Les Intrigues de Silvia Couski, J’irai comme un cheval fou, Le Jardin des Hespérides, Je vous hais petites filles) à peine sortie du double tsunami Phantom feat. Jacques Duvall/Brigitte Bardot, que reviendra le soin de remettre au goût du jour (si besoin est) Le Tourbillon (Jules et Jim), Embrasse-moi (Peau de banane), Jamais je ne t'ai dit que je t'aimerai toujours (Pierrot le Fou), La Ligne de chance (idem), La Peau Léon, J’ai la mémoire qui flanche et autres incunables du grand Serge. Comme un peu de testostérone n’a jamais fait de mal à personne, surtout par temps de crise, Alain Chamfort, Thibault Derien, Philippe Katerine seront également de la partie (ce qui est bien), alors même que les dames Jaoui Agnès, Kiberlain Sandrine et Robin Muriel, très justement pénalisées pour avoir massacré de conserve Barbara sur scène lors d’un Châtelet de triste mémoire, semblent ne pas avoir été du tout sollicitées (ce qui est mieux). Pour ce qui est du communiqué de presse, il est accessible ici, et pour celles et ceux qui auraient la flemme de cliquer, le numéro réservations ci-après s’impose : 01 42 62 33 33. Crédit photo © Richard Dumas (D.R.).

Jeune Cinéma

Ce n’est pas parce que léminent Lucien Logette a exprimé en termes circonstanciés, dans les colonnes du dernier numéro de Jeune Cinéma, tout le bien qu’il pensait du premier volume de notre Encyclopédie des Longs Métrages sonores (désormais proposé à la vente sur Priceminister) que nous devions nous abstenir – au nom de quel refus du népotisme ou de quelle prétendue éthique ? – de lui dire à notre tour le plaisir que nous a procuré la lecture de cet arrivage de printemps. Où l’on revient à l’envi – aperçu non exhaustif – sur la jeune fille selon Éric Rohmer (pp. 7-13) et l’état des lieux des Festivals un peu partout en Europe (pp. 46-67), sur Pauline Carton qui – ce n’est pas absolument incompatible – se trouvait une " gueule de raie " et vient de faire l’objet d’une biographie écrite parue à l’Harmattan (pp. 135-137) et Eugène Ionesco dont on n’en finit pas de (re)découvrir les rapports amoureux-compliqués entretenus avec un Septième Art qui voulait bien de lui mais pas trop (pp. 98-100). À savourer sans modération, comme de juste.

Gérard du Cinéma, cinquième

Avec quatre nominations (pour 12 spectateurs Paris le premier jour d’exploitation, ce qui fait un rapport nombre de nomination/taux de fréquentation assez exceptionnel pour qu’on le signale), Le Baltringue était donné grand favori dans la course au Gérard du Cinéma 2010. Par chance (ou pas), c’est au final le fantastique (ou non) et épatant (humour) Cinéman qui, un peu beaucoup raflé la mise lundi dernier sur la scène du Théâtre Michel, confirmant ce faisant tout le bien-fondé de sa dithyrambique défense, au moment de sa sortie, par l’immense Bernard-Henri Lévy (critique de cinéma émérite et attaché de presse bénévole). Transition habile, tombant comme un cheveu sur la langue d’Isabelle Mergault, pour rappeler au passage que la jeune et ravissante Arielle Dombasle, désormais ex-æquo avec Isabelle Adjani, cinq fois césarisée, a décroché quant à elle son cinquième trophée consécutif, sobrement intitulé " Gérard de l’actrice dont le mari s’est tellement couvert de ridicule que ses réseaux ne lui permettent plus le moindre rôle, pas même un tapin dans un film de Lagaf’ ". Ce qui n’est du reste pas tout à fait exact, puisqu’à l’instar de Florence Cassez (mauvais exemple) ou d’Alizée, la belle est, depuis un an ou deux, extrêmement présente au Mexique. Le reste du palmarès, mettant notamment à l’honneur Marina De Van (" Gérard du titre gay " pour Ne te retourne pas), Carole Bouquet (" Gérard de Madame la Grande Actrice qui va s’encanailler dans une comédie de ploucs pour casser son image de vieille bourgeoise coincée du cul "), Anna Mouglalis (" Gérard de l’Acteur qui a un nom de maladie "), Sergi López (" Gérard de l’Acteur qui vient manger le pain des Français ") et Manu Payet (" Gérard de l’acteur dont on espère qu’il aura jamais de premier rôle quand on voit comment il se débrouille avec les seconds ") est accessible en images ici. Précision : comme de juste (et presque comme chaque année), aucun lauréat n’a jugé bon de venir chercher son parpaing doré ou de témoigner sa satisfaction d’une manière ou d’une autre, fût-ce par un simple envoi de texto. Quand on vous disait que les acteurs sont des ingrats…

Pierre Étaix, deuxième

Les informations arrivent encore au compte-gouttes, mais après un premier semestre mité par un hiver persistant, une très pathétique Ferme célébrités, une remontée avérée du Front National dans les sondages, une transformation du concours Miss France en Fort Chabrol cathodico-médiatique et – accessoirement – les agissements minables et mesquins de certain volcan islandais, il semble que 2010 devrait s’achever mieux qu’elle n’a commencé. En même temps, pire, on ne peut pas… Et donc, faisant suite à la projection cannoise du Grand Amour (1968), c’est bien une intégrale dûment restaurée qui, au terme d’un courriel reçu ce jour de l’association des Amis de Pierre Étaix, sortira en salles le 7 juillet, prélude à une sortie DVD en octobre. Il semblerait que Me Francine-Édelman, qu’un interminable bras de fer juridique opposait au cinéaste et à Jean-Claude Carrière l’ait eu finalement dans le cul (ce qui est bien) et que les cinéphiles dignes de ce nom aient – enfin ! – de bonnes raisons de se réjouir. Affaire à suivre…

Yann Gonzalez

S’il est vrai qu’il n’est de grand film qui ne s’adresse dans le même temps à l’intelligence, au cœur, au regard et à l’oreille, alors les trois courts métrages (sur quatre) rediffusés sur le câble du jeune, prolifique et monstrueusement talentueux Yann Gonzalez, pour en être courts n’en sont pas moins grands. Séance de rattrapage obligatoire donc sur Ciné Cinéma Club début mai, où, entre deux brins de muguet, on verra/reverra et bloc et jusqu’à plus soif, le très déconcertant et nonobstant très abouti Je vous hais, petites filles dans lequel de sublimes Marie France et Éva Ionesco se livrent de conserve à une revisite "moderne" du tandem Patsy/Edina qui fit en son temps les beaux soirs d’Absolument fabuleux (dimanche 2 mai à 15h15), suivi, à quelques jours d’intervalle, d’un mi-pasolinien mi-cocteauesque Les Astres noirs (feat. Julien Doré, déjà fait de toute évidence pour le cinéma) et d’Entracte, ode minimaliste à l’amour fou et authentique concentré, entre Fassbinder et Street Culture, de purs talents en devenir (mercredi 5 mai à 18h00). Cinéaste à suivre, donc, pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris.

Paul Bisciglia

Alors que - tellement plus classe que l’intervention (huée à sa juste valeur) du Ministre de la Culture réfutant, micro en main, le bien-fondé des propos tenus quelques instants auparavant par les intermittents du spectacle – l’hommage de circonstance rendu aux disparus de l’année lors de la dernière édition des Molières, rappelait ou annonçait, au choix, les récentes disparitions d’Anne Alexandre, Yves Arcanel, Marcelle Barreau, Madeleine Cheminat, Yvonne Clech, Claude Debord, Max Fournel ou Pierre Gallon, nous parvenait via le Coin du Cinéphage celle, fâcheusement passée sous silence, du prolifique Paul Bisciglia. Retour en dates et en films ici.

Surprise d'avril

Le Mauvais Rêve ou Johnny Version Cyberglam d’Andros le Berger du Fruit...

En 1967, l’inénarrable Joël Le Moigne réunit à l'affiche des – inédites en salles, on se demande bien pourquoi – Poneyttes le casting le plus censément hétéroclite et le plus hautement improbable de toute l'histoire du cinéma français, où l'on croise pêle-mêle Arlene Dahl (transfuge hollywoodien fatigué), Patrick Topaloff (regrets éternels), Sylvie Vartan, Carlos, Daniel Ceccaldi, Bruno Coquatrix, Paco Rabanne, Paul-Loup Sulitzer, Mei-Chen Chalais, Nicole Calfan, Marion Game, l’inévitable Dominique Zardi, le chanteur barbu Danyel Gérard, l'animateur radio Hubert, la future James Bond Girl Corinne Cléry, l'actrice X Alice Arno, André Aubert/Don Patillo imitant – mal – Salvador Dali en attendant de se colleter à Fernandel (n'en jetez plus...) et, cerise sur un gâteau crémeux jusqu'à l'étouffement, le colossal (au moins) Johnny Hallyday tout en play-back approximatif, jabot froufroutant, bouclettes dorées de pâtre grec et maquillage-hommage à Goldfinger : un immense moment de cinéma. Ou pas.

La chanson s'intitule (ça ne s’invente pas) Le Mauvais Rêve, porte plutôt bien son nom et, bizarrement, le mannequin-lunettes préféré des camionneurs ne la chante plus du tout depuis une quarantaine d'années. Là encore, on se demande bien pourquoi...

Promizoulin !

La vie est ainsi faite : il est des comédiens connus et parfois reconnus qui ne laisseront probablement aucune trace durable dans l’Histoire du cinéma (au hasard : Christophe Lambert, Michel Sardou, Élie Semoun, Franck Dubosc, Karine Dupray, Ophélie Winter, Sophie Marceau, Muriel Robin, Judith Godrèche…), et des figurants obscurs qui a contrario marqueront durablement les mémoires. L’immense Edmond Besnard, acteur-maison de la firme Eurociné et futur récurrent de Grosland, est de ceux-là, définitivement passé à la postérité au bénéfice d’une seule locution, plus efficace et plus probante dans son ébouriffante concision que la totalité de la filmographie de Mathilde Seigner, la discographie entière de David Guetta ou l’œuvre intégrale de Michel Audiard dans toute leur horreur respective.

Jacques Dacqmine

Son curriculum vitæ avait beau aligner (on excusera du peu) les noms d’Alain Resnais, Jean-Luc Godard et Roman Polanski, le principal titre de gloire cinématographique de Jacques Dacqmine a probablement été d’avoir, à trois reprises et, ce faisant, plutôt bien, donné un visage au fringant Gaston de Sallanches imaginé par Cécil Saint-Laurent, passant des bras de Marie Déa à ceux de Denise Provence mais revenant toujours à ceux de Martine Carol/Caroline Chérie. L’âge venant, l’ex-premier Prix de Conservatoire – issu de la même promotion que Maria Casarès, Jacques Charon, Sophie Desmarets, Daniel Ivernel et Alice Sapritch – et pensionnaire de la Comédie-Française, dont il avait démissionné au bout de quatre ans pour filer directement chez les Renaud-Barrault, s’était spécialisé non sans talent ni humour dans les notables compassés et les figures historiques grandes (Lyautey) ou petites (Charles X), aux antipodes des jeunes premiers qui le firent connaître ou du " De Ciz " de Partage de midi (lire la suite)…

Nana

Le gros problème avec Nana, c’est précisément Nana. Le personnage imaginé par Zola est doté, depuis près d’un siècle et demi, d’une telle dimension mythique – on pourrait presque à son propos parler d’aura – qu’aucune comédienne ne semble pouvoir s’y coller sans risques, et surtout pas Martine Carol. Tentative d'explications ici.

Mireille Balin vs. Viviane Romance

Pour beaucoup de monde en général et pour l’auteur de ces lignes en particulier, Tino Rossi (1907-1983) constitue une sorte de parangon du cinéma populaire des années 30, 40 et après dans ce qu’il peut comporter de plus délicieusement (ou pas) roucoulé et de plus impitoyablement ringard : photogénie à géométrie variable, jeu approximatif, absence totale d’intelligence du texte, voix chantée rétroactivement insupportable… D’où viens dès lors ce miracle d’intelligence, de précision et de beauté redécouvert il y a quelque jour grâce à Patrick Brion ? Naples au baiser de feu (Augusto Genina, 1937) est tout cela, et même un peu plus encore. Tentative d’explication ici.

Claude Debord

Disparition (ce n’est plus un site, c’est une nécropole) de l’auteur dramatique, comédien, parolier et metteur en scène de théâtre Claude Debord, pilier historique du Théâtre de la Huchette, où il a longtemps interprété le professeur psychopathe de La Leçon d’Eugène Ionesco, et fondateur-animateur de la Compagnie Comus, Momus & Cie. Homme "de planches" avant tout, il n’en avait pas moins composé quelques troisièmes couteaux cocasses pour le grand écran, à l’instar du professeur de Latin chahuté de L’Amour en herbe (Roger Andrieux, 1976) ou du contrôleur de train hébété de Tout feu, tout flamme (Jean-Paul Rappeneau, 1981). Et avait surtout, entre deux pièces, pris part à d’innombrables dramatiques télé historiques à tous les sens du terme, tour à tour Fouché de seconde époque de La Terreur et la Vertu (Stellio Lorenzi, 1964), Duc de Bourgogne du Roi Lear (Jean Kerchbron, 1964), Grand Inquisiteur des Cathares (Stellio Lorenzi, 1965), Chabot de Beaumarchais ou 600.000 Fusils (Marcel Bluwal, 1966) ou Villebresme des Rois maudits (Claude Barma, 1972).

Yvonne Clech

Sale temps pour les grandes dames. Après la disparition d’Anne Alexandre et des nouvelles pas franchement réjouissantes de l’immense Mila Parely, nous venons d’apprendre, via Christian Léciagueçahar du Coin du Cinéphage, le décès très discret d’Yvonne Clech, comédienne hors pair et actrice hors norme, dont la classe innée, saupoudrée d’un grain de folie salutaire, a conféré un cachet bien réel à plus d’une comédie du dimanche soir. Mélange assez unique en son genre de décalage et d’aristocratie, Yvonne Clech faisait partie de ces actrices à la fois inclassables et impeccables, capables au choix de tirer vers le haut la farce la plus prévisible ou d’élever l’absurde cinématographique au rang d’art majeur. Retour en dates et en titres.

Mila Parely

En dépit de ratés assez consternants, allant du grand (?) Charles Aznavour se livrant – à propos de la moumoute de Charles Boyer – à des apartés caméra dignes d’un cabot de troisième zone à une fâcheuse séquence " dîner de cons " dont Paulette Dubost, cent ans bientôt et une certaine propension à ne plus parler que de fric et de fesse, s’est retrouvée en quelque sorte l’invitée de choix, l’hommage circonstancié rendu par Michel Drucker à la toujours épatante Danielle Darrieux, quelques semaines avant la sortie annoncée du film Pièce montée, a été riche en moments assez magiques, ayant notamment permis d’entrevoir via de trop courts magnétos des extraits de films peu (Occupe-toi d’Amélie… !) ou pas du tout (Le Bal) visibles. C’est dire si notre plaisir, plutôt de l’ordre de l’indicible, s’est trouvé quelque peu gâché, à l’arrivée, par les mauvaises nouvelles données par l’invitée d’honneur quant à l’état de santé de Mila Parely, comédienne que, de Raymond Chirat à Italo Manzi en passant par l’auteur de ces lignes, nous adorons à L’@ide-Mémoire. Il semble qu’il soit désormais trop tard pour pouvoir raisonnablement espérer que l’élégantissime Mila sorte de sa nuit, mais rien n’interdit de se remémorer, tant qu’elle encore est parmi nous (et même si c’est de moins en moins vrai), la comédienne exceptionnelle, fine et sensible, belle et fantasque, qui assista de sa fenêtre à l’incendie du Reichstag, chanta outre-Atlantique avec l’orchestre de Rudy Vallee, faillit porter un enfant de Jean Marais, sut cultiver les rencontres avec les plus grands metteurs en scène et anima infatigablement, des années durant, les Rencontres cinématographiques de Vichy. Hommage.

Célyne, Karine, Velvet, Dominique et les autres...

Une quiche chasse l’autre : en remplacement de la blonde, nichonneuse et délicieuse Célyne Durand, dont l’actif cinématographique semble se limiter à une apparition non créditée dans Coluche, l’histoire d’un mec et un rôle un peu plus conséquent – en même temps, moins conséquent qu’une apparition non créditée… – dans... Le Baltringue (le film aux 102 spectateurs Paris/Région parisienne le premier jour d’exploitation), c’est une comédienne au curriculum vitae absolument vierge (la demoiselle, en revanche…) que le tandem infernal Endemol/TF1 vient de propulser fermière en Afrique. Enfin, peut-être pas complètement vierge : fraîchement débarquée d’Hollywood " où tout lui réussit " (on est prié de ne pas rire), Karine, la brune, encore plus nichonneuse que la précédente et résolument classe sœur d’Anthony Dupray (Premiers Baisers, Brigade Navarro, que du bon) aurait, aux dires des chargés de com’ d’Endemol, " figuré "  dans des épisodes d'Heroes, des Experts et de Prison Break, ce de façon évidemment aussi discrète (subliminale?) que sa consœur blonde dans le biopic d’Antoine de Caunes. C’est dire à quel point, alors même qu’Isabelle Adjani vient de se voir décerner son cinquième César, l’adéquation entre notre Encyclopédie virtuelle du Cinéma français et ce prototype d’un genre nouveau – la comédienne virtuelle – nous stimule depuis vendredi soir, comme nous stimule la présence, dans ce programme familial et éducatif aux audiences en berne, de la seule et unique représente connue d’un genre lui aussi très à part : l’actrice watersienne n’ayant pas encore travaillé avec l’immense John Waters, et c’est dommage. Aussi vrai que les (confortables) bourrelets de l'ébouriffante Velvet d’Amour ont, au moment de la sortie en salles du très insolite Avida (Gustave de Kervern et Benoît Delépine, 2005), provoqué des hauts-le-cœur chez les chroniqueurs fatigants-fatigués de Laurent Ruquier, nous les trouvons plus chic, pertinents et rock n’roll que le régime amincissant de la " fermière de remplacement n° 2 " Miss Dominique, dont la matière grise – ou ce qui lui tenait lieu de – semble avoir fondu en même temps que ses 70 kilos matière grasse portés disparus depuis l'an dernier : la preuve – et, par là-même, la surprise de mars – en images.

Anne Alexandre

Disparition, dans sa 90ème année, de la comédienne Anne Alexandre (1920-2010), ex-doyenne par l’âge – à défaut de l’avoir été par le nombre d’années d’activité – du Spectacle Ionesco, et authentique pilier du Théâtre de la Huchette, dont elle aura été, durant exactement un demi-siècle, l’un des éléments les plus solides et les plus présents, en même temps qu’une de ses figures les plus éminemment attachantes.

Serge Sauvion

Dans le foisonnant (mais très dispensable) Signes extérieurs de richesse, où il apparaissait fugitivement dans une cabine d’essayage, le visage mangé par un Borsalino, on le reconnaissait uniquement à son empreinte vocale, tant il est vrai que celle-ci avait déjà marqué durablement l’inconscient cinéphilique et télévisuel. Lui-même reconnaissait volontiers, non sans lucidité, s’être laissé prendre au piège doré du doublage, source de cachets conséquents mais aussi – de son point de vue – de frustrations d’ordre artistique. Par chance, la voix française du policier à l’imperméable froissé – celui qui fait un peu penser, en moins systématiquement aviné, au Jean-Louis Borloo des Guignols de l’Info – le plus célèbre du PAF ne fera oublier ni le flic ripou et tortionnaire des Assassins de l’Ordre, ni le concierge débonnaire des 400 Cents Coups de Virginie, ni surtout Charlie, le très hédoniste et très " bigame " commerçant itinérant du meilleur (et probablement unique bon) film de Joël Séria. Retour en titres et dates sur le parcours cinéma de Serge Sauvion (1929-2010), ex-partenaire de cabaret de Pierre Vaneck, comédien irremplaçable de l’aveu même de Bernard Queysanne qui sut l’imposer face à des producteurs frileux au générique de son Amant de poche, et – est-t-il encore utile de le rappeler ? – voix française de Peter Falk en général et de l’inspecteur Colombo en particulier.

Au royaume des Cieux

Le bouclage du volume 2 de l’Encyclopédie des Longs Métrages français de fiction 1929-1979 a été le prétexte à re-vision d’Au royaume des Cieux, œuvre (d)étonnante dans l’œuvre protéiforme de Julien Duvivier, où la plume d’Henri Jeanson mêle exceptionnellement tendresse et lucidité, et sur laquelle semble planer, par endroits, l’ombre géniale de Friedrich Wilhelm Murnau. Tentative d’explication et générique complet ici.

Surprise de février

C’est l’histoire d’un chef d‘État court sur pattes, teigneux, irascible, violent, coureur (et même volontiers queutard), fasciné par le tape-à-l’œil et ayant fait en sorte de nommer des membres de sa famille à des postes-clefs d’un régime franchement liberticide. Autant dire que de tels personnages ne peuvent exister qu’au cinéma… Youtube nous a permis de visionner la vision américaine (écourtée) du Napoléon de Sacha Guitry (1954), moins novateur mais plus amusant que celui d’Abel Gance, et dont le générique-fleuve, entièrement refait, pour la circonstance, sur le mode minimaliste, apparaît comme une curiosité en soi. L’habillage en a été entièrement repensé, le producteur prime sur l’auteur-réalisateur (on est en Amérique) et, au passage, les noms des deux seuls (ex-)Français d’Hollywood (Jean-Pierre Aumont – remplacé en tête de distribution par l’actrice italienne Anna Amendola – et Jean Gabin) figurant dans le film, ont purement et simplement disparu de l’affiche, un peu comme si les distributeurs US avaient voulu les sanctionner, avec quelques années de retard, d’avoir plus ou moins raté leur carrière américaine. Plus surprenante encore, l’absence au générique " made in USA " de Patachou (" Madame Sans-Gêne " dans le film), déjà consacrée – de Waldorf Astoria en Carnegie Hall – vedette de la scène Outre-Atlantique au moment où Napoléon fut distribué sur les écrans new-yorkais. However, c’est notre surprise de février et c’est par-ici que cela se passe…

Si Paris nous était conté...!

Il est, très paradoxalement, d’autres comédies historiques dont on croit avoir fait le tour, et puis non, dont chaque revision voit le plaisir augmenter d’un cran. Si Paris nous était conté…. ! en a déçu quelques-uns au moment de sa première sortie, mais – paradoxalement – ni François Truffaut, ni Jean-François Vilar, ni le rédacteur de ce qui suit, ici et maintenant.

François 1er

Il est des films qu’il ne faudrait surtout pas revoir, surtout lorsqu’on les a aimés étant enfant. François 1er, prototype très surévalué de la comédie drôle pas drôle, est de ceux-là, et l’explication se trouve ici.

Belle de jour

Le thème de la prostitution occasionnelle devait être à la mode à deux ans de la formidable explosion de Mai 68, encombrant héritage… Tandis que Godard, toujours en avance d’une révolution ou deux, brosse via Deux ou Trois Choses que je sais d’elle… une chronique aux accents documentaristes de la ménagère de banlieue complétant le budget familial en faisant des passes de 4 à 6, Buñuel, à l’instar de Kessel, déplace le fond du problème sur le terrain des 5 à 7 et des frustrations bourgeoises qui en constituent souvent l’origine : Séverine, incarnation absolue de la Parisienne rive Gauche, ne se prostitue pas pour l’argent, mais pour suppléer aux carences d’une existence à la fois confortable (elle ne manque objectivement de rien) et aliénante (sa vie de femme mariée ne lui a pas permis de se mettre en règle avec ses désirs les plus intimes). (lire la suite)

Georges Wilson

Annonce de la disparition, dans sa 89ème année, du comédien, scénariste, réalisateur occasionnel, metteur en scène de théâtre et professeur d’art dramatique Georges Wilson (1921-2010). Retour ici sur la soixantaine de rôles, petits et parfois grands – l’amnésique d’Une aussi longue absence, le bistrotier-garagiste de Chair de poule ou le Capitaine Haddock de Tintin et le mystère de la Toison d’Or – ayant jalonné au cinéma, entre France et Italie, le parcours d’un homme de scène au parcours assez unique en son genre, formé en son temps par Pierre Renoir et dont les premiers compagnons de route s’appelaient Jean-Pierre Grenier, Olivier Hussenot et Jean Vilar. Directeur du TNP et du Festival d’Avignon à la suite de ce dernier, entre 1963 et 1972, plus tard initiateur de l’ouverture de la salle Gémier au Théâtre National de Chaillot, de cet authentique monstre sacré avait effectué ses adieux (informels) aux planches en interprétant et en dirigeant, à l’automne dernier, Simplement compliqué de Thomas Bernhard sur la scène des Bouffes du Nord. Georges Wilson ou Une aussi longue – et fabuleuse – présence…

Valeska Gert

La reprise du préambule au portrait esquissé par Italo Manzi pour le second volume (à paraître) de L’@ide-Mémoire – Encyclopédie des Comédiens s’imposait, quelques semaines à peine après la diffusion au Cinéma de Minuit, du Journal d’une fille perdue (G.W. Pabst, 1929), autre incontournable s’il en fût, de la filmographie de Louise Brooks. Face à un Andrews Engelmann presque aussi terrifiant qu’elle, l’immense et assez incroyable Valeska Gert (1892-1978), composait, mi-belette, mi-crotale, une directrice de maison de redressement détestable à souhait, capable d’ériger en deux temps, trois mouvements, la méchanceté en vertu cardinale et le sadisme en Art majeur. Retour en dates sur la filmographie étonnante d’une actrice notoirement trigame, adepte forcenée du naturisme jusqu’à la fin de sa vie (elle mourut à 86 ans) et ayant su faire montre de suffisamment d’humour – ou de lucidité – pour avoir intitulé son autobiographie Je suis une sorcière, ce qui suffit en soi à forcer (triplement) l’admiration. Respect, donc, et pour la suite, c’est ici

Prix de beauté (Miss Europe)

La récente revision (merci Patrick Brion) des trois seuls longs métrages européens tournés par Louise Brooks, comédienne touchante et actrice magnétique s’il en fût, aura constitué l’occasion – entre autres choses – de refaire le point sur le plus méconnu des trois, Prix de beauté, film authentiquement bancal et pur chef-d’œuvre (lire la suite).

Tout l'or du monde

Les films se suivent et ne se ressemblent pas : quinze ans exactement après le magnifique Le silence est d’or, dont il a été précédemment question, René Clair, "jeune" académicien-français en déficit d’inspiration – ceci expliquant cela ? – signait avec Tout l’or du monde l’un de ses plus mauvais longs métrages, que même l’opus suivant, Les Fêtes galantes, ne parviendra pas à égaler en terme(s) de lourdeur et d’inutilité. Retour sur un (quasi) désastre, ici et maintenant…

Éric Elmosnino

Donné – le fait est suffisamment rare pour être souligné – avec quelques treize mois d’avance comme l’un des favoris dans la course aux César(s) 2011, le très au top et très bluffant Éric Elmosnino (Serge Gainsbourg, sors de ce corps !) en a surpris plus d’un en s’appropriant avec une aisance triplement déconcertante la personnalité, le physique et même l’empreinte vocale de l’homme à la tête de chou. Retour en dates (de circonstance) sur une filmographie riche d’une trentaine de titres, inaugurée il y a exactement 26 ans par un Michel Lang déjà démodé au moment de sa sortie, dans lequel débutait aussi l’humoriste pas drôle Franck Dubosc. Depuis, tous les deux ont suivi les chemins que l’on sait, l’un chez Albert Dupontel, Olivier Assayas et Bruno Podalydès, l’autre chez Élie Semoun et Fabien Onteniente, et bizarrement, à L’@ide-Mémoire, nous préférons (de très loin) le premier. On se demande bien pourquoi

Pierre Vaneck

Décès à l’âge de 78 ans du comédien de théâtre, cinéma et télévision Pierre Vaneck (1931-2010), artiste multifacettes passé, tant sur les planches qu’à l’écran, des emplois de jeunes premiers "gérardphilipiens" aux quinquagénaires et sexagénaires massifs, parfois rugueux, et dont la profession, dès l’annonce de sa disparition, a loué les réelles qualités humaines, l’immense professionnalisme et le refus (notoire) des mondanités comme des faux-semblants. Retour en dates sur le parcours d’un acteur rare et exigeant, discret et populaire qui, pour n’avoir jamais démérité à l’écran, n’en aura pas moins trouvé ses plus beaux rôles – et, partant, rencontré ses meilleurs auteurs – sur les planches, entre Festival(s) d’Avignon et créations de "prestige"... (lire la suite)

Marie France

De récitals intimistes en concerts à guichets fermés, Marie France a su s’imposer, depuis le début des années 90, comme l’interprète féminine la plus résolument inspirée et la plus furieusement éclectique du paysage musical français dans les catégories "pop-rock-variétés-chansons à texte". Et comme elle a passé l’essentiel du second semestre 2009 à revisiter entre chic et charme, l’univers passionnant d’une actrice passionnante, il nous a semblé judicieux d’ouvrir exceptionnellement nos colonnes à ce Marie France visite Bardot, où il a sera certes davantage question de chanson(s) que de cinéma (encore que…) mais qui a – ceci expliquant cela – assurément compté parmi les deux trois plus belles réussites scénographiques et (désormais) discographiques des six derniers mois. En attendant, comme il se doit, la suite

Renée Lebas

Renée Lebas (1917-2009) n’aura tourné en définitive que trois films, dont un en Allemagne, mais aura plus assurément que toute autre conféré ses lettres de noblesse à Marjolaine ou au Temps du muguet, incunables de la variété française "haut de gamme". Biographie succincte et filmographie express de celle que Charles Trenet surnommait à juste titre "la mère de La Mer" ici et maintenant.

Maxime Leroux

Disparition prématurée, dans sa 59ème année, du comédien de théâtre, cinéma et télévision – et ex-instituteur – Maxime Leroux (1951-2010), auquel le rôle récurrent du vétérinaire du Refuge avait permis, au cours de la seconde moitié des années 90, d’accéder via le petit écran aux emplois de tout premier plan. En attendant la visite plus approfondie d’une carrière protéiforme ayant, deux décennies durant, su conjuguer éclectisme et singularité, il nous a semblé opportun de dresser sans plus attendre la filmographie riche en points de repères – du médecin d’Agent trouble au prêtre fanatique de Chouans ! en passant par Claude Debussy dans l’ultra césarisé Camille Claudel – de cet artiste attachant et doué, au parcours atypique (lire la suite).

Le silence est d'or

Cinéaste s'il en fut du temps qui file et du regret de ce qui n'est plus, René Clair professe avec Le silence est d'or qu'en 1946, et contrairement à ce qu'affirmera un peu péremptoirement Simone Signoret par la suite, la nostalgie était bien encore ce qu'elle était au cours des mois ayant suivi la Libération. Retour circonstancié sur l'un des plus beaux films mis en chantier dans la France de l'immédiat après-guerre et, accessoirement, sur ce qui demeure la plus belle prestation de Maurice Chevalier au grand écran... (lire la suite).

La crise est finie

Les nombreux incidents liés à son tournage et le relatif (et incompréhensible) insuccès du film lors de sa sortie en salles, à l’automne 1934, n’y feront rien : La Crise est finie, œuvre bien dans l’air du temps, reste sans aucun doute l’une des meilleures – et assurément la plus gay friendly – comédies musicales mises en chantier durant l’entre-deux-guerres. Et la voix, déjà magnifique, de Danielle Darrieux (17 printemps), n’y est certes pas pour rien… (lire la suite).

Roger Pierre

Annonce du décès, dans sa 87ème année, du comédien, humoriste, réalisateur, auteur de livres et animateur télé Roger Pierre, figure incontournable du cinéma de papa des Trente Glorieuses et des années fastes de l’ORTF version Carpentier, dont seul Alain Resnais semble avoir su détecter, un chouia sur le tard, l’étonnant – et jusqu’alors sous-estimé- potentiel dramatique (lire la suite).

Pierre Étaix

Les mauvais procès font parfois les spectacles inespérés. Alors que le dernier (?) round d’un combat judiciaire l’opposant, ainsi que son coauteur Jean-Claude Carrière, à la société Gavroche Productions, semble vouloir retarder d’autant la redécouverte, très attendue, de l’œuvre cinématographique de l’immense Pierre Étaix, le scénariste et réalisateur de Yoyo redonne vie, différemment, à son film le plus emblématique. C’est à trois heures de Paris en TGV, plus précisément au Théâtre du Pont-Tournant de Bordeaux, que cela se passe (lire la suite).

Stéphanie Mathieu

Lorsqu’une grande – par la taille, le professionnalisme et, accessoirement, le talent – comédienne de théâtre débute au cinéma dans un petit rôle, le terme même de petit rôle est-il toujours d’actualité ? Réponse fin 2010 lors de la sortie en salles de la prochaine comédie de Charles Némès, intitulée Bout de ficelle mais blockbuster (à la française) annoncé, où Stéphanie Mathieu, non contente d’endosser la casquette de chorégraphe, effectuera, aux côtés de Fred Testot (autre valeur à suivre de près), ses (tardifs) premiers pas au grand écran. Celle qui fut des années durant l’égérie du metteur en scène de théâtre Xavier Lemaire, et sous la direction de Vincent Viotti, une époustouflante Veuve rusée, ne s’était, curieusement, jamais produite dans un long métrage de cinéma. Oubli (de la profession) réparé, et ce ne sont assurément pas les spectateurs du " théâtre musical " Filles de joie, régulièrement repris depuis sa création en 2003 (http://venuscargo.com/fdj.htm), ou les inconditionnels du travail scénographique de Michel Raskine, qui argueront du contraire…

Ursula Kübler-Vian

Décès dans une absolution discrétion de l’ex-danseuse et comédienne d’origine suisse Ursula Kübler-Vian (1925-2010), veuve du romancier, poète, dramaturge et pataphysicien Boris Vian, dont elle s’était attachée, depuis un demi-siècle, à faire vivre l’œuvre protéiforme s’il en fût, et actrice de cinéma & télévision à la beauté à la fois singulière et hiératique, croisée, notamment, chez Renoir, Kast et Varda… (lire la suite).

Éric Rohmer

Après le très vibrant et très cinéphilique hommage rendu par le Président de la République (le même qui emmerdait la Princesse de Clèves en 2006) quelques heures après l’annonce du décès du cinéaste, et par lequel on apprenait, entre autres "qu’Éric Rohmer avait créé le style rohmérien" (pas mieux), le silence est de rigueur. Notre hommage sera donc à l’image de "l’inventeur du style rohmérien" : élégant (dans la mesure du possible) et discret, puisque contrairement à son premier (et avouons-le très inattendu) fan de l’Élysée, Éric Rohmer, notoirement, ne goûtait pas plus que ça les interventions télévisuelles… En revanche, une sélection de liens Youtube nous a semblé l’évidence même, en conclusion de laquelle on trouvera comme de juste la première –et assez inattendue– surprise "@ide-Mémoire" de l’année… (lire la suite)

Esther Gorintin

Une comédienne capable de s’étonner, à l’âge (tout de même respectable), de 92 ans de ne se voir proposer que des rôles de vieille dame, était forcément quelqu’un de formidable. Nos amis – c’est-à-dire Christian Leciaguiçahar – du Coin du Cinéphage viennent de consacrer leur premier article de l’année 2010 à cette figure emblématique, unique et attachante du cinéma d’auteur à la française, discrètement disparue il y a quelques jours, à la veille son 97ème anniversaire (lire la suite).

Encyclopédie des longs métrages

Après une pause de près de quatre ans, le site de L'@ide-Mémoire renaît dans une mise en scène flambant neuve, au moment même où paraît le premier volume d’une Encyclopédie des Longs Métrages de fiction produits et/ou tournés en France entre 1929 et 1979, voulue et coordonnée par l’auteur de ce site, avec la participation de Christophe Bier, Stéphane Boudin, Gilles Grandmaire, Italo Manzi et Raymond Chirat qui en a également signé la préface. L’ensemble de notre projet éditorial, publié sur quatre ans, comportera 6000 entrées et le Volume 2 paraîtra début mars. En attendant, les dix premières notules sont consultables ici et la suite, .

Trois…

Deux…

Un…

 

... où il est (sera) question de cinéma, de théâtre et même aussi de chanson, entre rétro chic & culture(s) du XXIe siècle, selon l’humeur, l’actualité & les découvertes du moment.

... où l’excitation est grande parce que je voulais ce site depuis un bail et que rien n’est plus euphorisant (à part peut-être une vodka pamplemousse, une vodka pomme ou une vodka n’importe quoi) qu’une aventure qui démarre, toute modeste soit-elle.

... où l’envie se fait de plus en plus impérieuse d’ouvrir incessamment sous peu une rubrique interviews dont l’intention avérée est (sera) d’établir autant de passerelles entre musique et septième art.

... où celles et ceux d’entre vous qui pensez que Pasolini est bien plus rock qu’on ne le croit, qu’Anne Libert est une grande actrice, que Julien Doré a raison de faire du cinéma (et que Vincent Lagaf’ aurait mieux fait de s’abstenir), que Lucy Gordon n’aurait jamais dû partir, que le cinéma de Jacques Becker doit énormément à Pâquerette, Gaston Modot et Yette Lucas, que les comédies italiennes des années 60 sont un pur kif, que Carmen Maura est la plus grande actrice vivante au monde, qu’Élisabeth Wiener mérite amplement sa place au Top 10 des plus belles actrices du cinéma mondial, que Maria Schneider, Valérie Lagrange et Myriam Mézières devraient tourner plus souvent, qu’il faut réhabiliter d’urgence tous les premiers films de Jean-François Davy et ressortir tout Gregory La Cava en blue ray, qu’Anicée Alvina n’a pas eu tout à fait la carrière qu’elle méritait, qu’Éric Elmosnino est particulièrement grandiose chez Joann Sfar, qu’on devrait parler plus souvent de Muse Dalbray et de Maria Meriko, que Florence Foresti est une fille formidable et Marie France une sorte de miracle ambulant, que Marguerite de Morlaye, Edie Sedgwick et Édouard Francomme méritent une place dans le Tulard, que Félicité Wouassi possède une présence rare et un charisme hors du commun, que le cinéma de Luis Buñuel n’a pas pris une ride et le visage d’Arielle Dombasle non plus, qu’Anna Mouglalis est une comédienne à pleurer en plus d’être une actrice belle à tomber, que l’art ne saurait tolérer aucune barrière et que tout reste encore à réinventer, êtes – comme on dit – les bienvenu(e)s sur ce site.

Moteur !

Armel De Lorme, 20 janvier 2010.